Pourquoi les élections nous rendent-elles fous?

Brexit, victoire de Trump à la présidentielle américaine, campagne électorale française… En ce moment le vote fait la une de l’actualité aux quatre coins de la planète pour le meilleur… ou pour le pire.

Surtout pour le pire.

Au vu des réactions que ces événements, qui n’ont au final pas grand chose à voir les uns avec les autres, génèrent, un constat s’impose: les élections déchainent les passions et sont loin de faire ressortir le meilleur en chaque homme. Avant, pendant et après la campagne, chez les candidats autant que chez les électeurs, voire chez les observateurs extérieurs, c’est partout le mépris, la haine, le rejet, le désespoir, la peur et la colère qui triomphent.

Les réactions sont d’une telle ampleur qu’elles feraient presque penser à celles qui ont suivi les attentats terroristes en France: tout le monde réagit émotionnellement, se tire dans les pattes, on doit prendre des pincettes avec tout ce que l’on dit et l’insulte est facile.

Pourtant une élection et des attentats terroristes n’ont, sur le papier, rien de comparable. Comment un événement à l’occasion duquel on nous demande juste de donner notre avis – processus qui devrait être en toute logique réfléchi et rationnel – peut engendrer autant de réactions purement émotionnelles pour finalement ne plus se résumer qu’à du tapage, des guerres d’ego et de la violence verbale?

Pourquoi les élections nous rendent-elles fous?

Pourquoi nous transforment-elles en personnes haineuses, méprisantes et effrayées, alors que nous ne sommes pas comme ça le reste du temps?

Pour moi, c’est du à un phénomène que je résumerai en ces termes:

Illusion de démocratie VS Principe de réalité = Folie collective

Je m’explique:

Vous prenez un peuple et vous le faites baigner dans l’illusion qu’il vit dans une démocratie, qu’il a le pouvoir entre les mains et qu’il est maître du destin et des orientations politiques qu’il souhaite donner à son pays. Tout cela grâce au sacro-saint droit de vote pour lequel ses ancêtres se sont tellement battus qu’il ferait bien de leur faire allégeance pour le restant de son existence sans poser de questions.

Et puis, dans les faits, vous ne donnez pas tant de pouvoir au peuple. Dans les faits, le peuple en question ne voit s’ouvrir que tous les X années une minuscule fenêtre dans laquelle il ferait mieux de s’engouffrer s’il veut saisir sa chance d’influencer les prises de décisions de son pays. Et ce quand bien même ce choix qui lui est donné a été décidé à son insu et quand bien même aucune des options proposées ne le satisfait réellement. Et dans ce choix qu’il fera, au mieux par défaut, au pire par dépit – s’il le fait tout court – il ferait mieux de ne pas se tromper, car son avis ne lui sera plus demandé avant X autres années… voire plus jamais.

BONJOUR L’ANGOISSE.

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Donc en résumé, vous prenez une population à qui vous faites croire qu’elle est maître de son destin et dans les faits, vous vous arrangez pour qu’elle ne soit maître de rien du tout. Juste contrainte à faire un choix par défaut une fois de temps en temps et la fermer le reste du temps. Basta.

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Il n’est pas bien surprenant, si on envisage les choses sous cet angle, que cette façon de faire de la politique génère d’intenses frustrations et une incompréhension générale. Ne pas être maître de son destin, c’est désagréable. Mais ne pas l’être alors qu’on nous rabâche en permanence qu’on l’est, c’est schizophrène.

Il faudrait être masochiste pour accepter ce système. Et c’est ce que nous sommes. Il y a de quoi devenir marteau. Et c’est ce qui se passe.

Ce décalage entre l’illusion qu’on se crée de vivre en démocratie et la réalité des décisions qui nous échappent génère cette hystérie collective autour des élections qui représentent, année après année, notre seul espoir de reprendre les choses en main. Si la politique était quotidienne, fluide, directe, si on nous demandait régulièrement notre avis, si on avait le pouvoir d’être entendus dans nos besoins et nos aspirations, si on avait le droit à l’erreur, si on était directement impliqués dans les décisions, bref si on n’avait l’impression que les choses étaient entre nos mains, cette folie collective n’existerait pas.

Et nous n’aurions pas besoin de nous trouver en permanence des boucs émissaires. Une fois, ce sont les abstentionnistes (ces « égoïstes fainéants qui se foutent totalement du collectif »), la fois d’après, les votants (ce « gros tas d’ignares incultes qui ne savent pas voir plus loin que le bout de leur nez »), mais c’est toujours le peuple qui en pâtit. Bien sûr, cela doit forcément être de la faute de quelqu’un. Certainement pas celle du système de l’élection qui, lui, ne saurait tolérer la moindre remise en question.

Car c’est cela le plus tragique: nous sommes tellement attachés à notre illusion de vivre en démocratie, parce que nous avons le droit d’élire nos représentants, que nous sommes incapables de voir que c’est précisément cela qui est problématique.

L’élection est plus qu’une modalité de désignation de nos représentants. Elle est un symbole, la preuve incontestable que nous sommes un peuple libre, avancé, souverain.

Mais si c’est le cas, pourquoi avons-nous si peur?

Les élections nous font perdre la tête parce que nous avons l’impression qu’elles sont la seule fenêtre décisionnelle qui nous est offerte, et qu’elle ne s’ouvre pas souvent. Nous y plaçons donc tous nos espoirs. Nos espoirs en un avenir meilleur ET nos espoirs en le principe même de la démocratie.

Et lorsque cela ne fonctionne pas, lorsque les choses, objectivement, ne s’améliorent pas, nous nous sentons doublement trahis: trahis par les candidats et trahis par la démocratie elle-même puisqu’on confond élections et démocratie et qu’on voit bien que les élections n’ont, une fois de plus, rien changé.

Et plus le monde va mal, plus nous plaçons inconsciemment d’espoirs dans les prochaines élections, et plus nous nous rendons fous.

C’est ainsi que nous nous retrouvons tous à essayer de comprendre, de rationaliser tout cela et de juger les autres, le « peuple », parce qu’un système si parfait ne souffrirait pas d’être blâmé de ne pas avoir tenu ses promesses. C’est forcément de la faute aux autres, à tous ces « débiles, ignorants et égoïstes » qui forment – on en est persuadés – le « peuple ». Donc forcément, la démocratie ne peut pas marcher avec des gens pareils. CQFD.

Mais ce que tout le monde oublie, c’est que lors d’élections, on a une vue sur un ensemble d’électeurs à un instant T. Et le peuple ne saurait se résumer à cela. Donc dire au lendemain d’une élection: « Le peuple n’est qu’un gros tas de cons », ce n’est pas seulement faux, ça ne veut juste rien dire du tout. On devrait dire, a minima: « Les citoyens ont une tendance à devenir … (complétez par le terme de votre choix) quand ils se transforment en électeurs ».

Mais comment leur en vouloir quand on leur demande une fois tous les 5 ans s’ils préfèrent la peste ou le choléra?!

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Ce ne sont pas « les américains » qui ont fait élire Trump, c’est un ensemble d’électeurs américains qui ont, à un instant T, fait pour eux le choix du moins pire. Chercher de midi à 14h pourquoi les américains ont voté Trump, ça ne sert pas à grand chose. C’est le choix de base qui est à revoir. Une grande partie des américains ont voté Trump parce qu’ils ne voulaient pas voter Hillary. Et qu’on ne leur présentait pas d’autre choix. Point.

Ce scénario tristement classique est inéluctable dans le système électoral. Et pourtant tout le monde continue de défendre mordicus l’élection comme si c’était la meilleure invention depuis l’eau tiède. On continue incriminer les autres, de croire qu’ils sont bêtes et méchants alors que c’est le système qui les rend comme ça.

La vérité c’est que personne ne peut savoir comment se comporterait le peuple en cas de véritable démocratie pour la simple et bonne raison que c’est un système qui n’a jamais été testé dans le monde moderne.

Que perdrait-on, alors, à essayer?

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Et maintenant on fait quoi?

Ben oui, je sais bien ce que vous pensez tous. C’est bien beau tout ça mais maintenant, on fait quoi, hmm?

Hélas, les choses ne se font pas en un jour, ni en une Nuit Debout, ni en une élection. Donc pas la peine d’attendre un miracle. On pourrait bien attendre toute notre vie. La bonne nouvelle dans tout cela c’est qu’il est temps d’arrêter de placer dans les élections des espoirs démesurés – même si on peut continuer à y placer des espoirs mesurés – et commencer par placer l’espoir là où il est le plus facile à placer: en soi-même, en les autres.

Partant de là, on peut donc faire plusieurs choses très simples:

  1. Arrêter de mettre des espoirs trop importants dans les élections (ainsi que du désespoir trop important également quand le résultat n’est pas celui que l’on escomptait). Que nous fassiez le choix ou non de voter aux prochaines présidentielles, ou toutes les autres fois ou l’on vous demandera votre avis, faites-le en conscience et n’y mettez pas d’espoirs fous. Ecoutez-vous, suivez vos convictions, ne jugez pas celles des autres (ils ont leurs raisons tout comme vous avez les vôtres), ayez confiance en vos choix mais ne croyez pas qu’une élection changera la face du monde. Cela n’a jamais été le cas. Les élections ne sont qu’un événement ponctuel dans l’histoire du monde. Elles ont des conséquences, certes, mais elles n’écrivent pas l’histoire. Tous les humains écrivent l’histoire.
  2. Arrêter d’être le jeu de ses émotions. C’est malsain et destructeur. Le monde n’a pas besoin de davantage de négativité et en plus cela nourrit le système qui n’en attend pas moins de vous. Il est impossible de s’empêcher de ressentir de la haine, de la colère, de la tristesse ou de la peur, mais il est possible de se retenir de le crier sur tous les toits et d’en rajouter des caisses. Ressentez ce que vous avez à ressentir mais n’en devenez pas le jeu. Ne vous mettez pas à réfléchir en fonction de ça. Vous avez un cœur et c’est très bien, mais vous avez aussi un cerveau. Servez-vous en. D’autant plus lorsque vous n’avez pas de prise sur la situation. Si vous êtes français, le Brexit, l’élection de Trump vous concernent indirectement mais vous n’auriez rien pu changer au résultat et vous ne le pouvez pas plus maintenant. Vous avez le droit d’avoir un avis sur la question mais l’exprimer avec colère et mépris est inutile, désagréable et vous dessert, vous, en premier lieu.
  3. Incarner le changement que l’on veut voir dans le monde. Les élections ne sont qu’un moment et une partie de ce sur quoi vous pouvez agir pour tirer le monde vers le haut. Ne les attendez pas pour essayer de changer les choses. Commencez maintenant, il y a des tas de choses à faire! Mettez de l’espoir en vous, pas dans les politiciens. Soyez les politiciens de votre vie. Prenez de meilleures décisions qu’ils n’en prendront jamais!
  4. Essayer de changer le système mais garder à l’esprit que Superman n’existe pas et que seul on arrive pas à grand chose. Faites de votre mieux. Si vous vous intéressez à des alternatives au système électoral en place actuellement (tirage au sort, démocratie directe, démocratie liquide, relocalisation de la politique, mandats courts et non renouvelables, etc.), les ressources abondent sur la question (envoyez-moi un mail si vous voulez je me ferais un plaisir d’en partager quelques unes avec vous). Éduquez-vous. Parlez-en autour de vous. Faites un peu de politique tous les jours. Débattez avec votre entourage. Bien sûr que le système doit changer mais le système c’est vous. Si vous changez, il changera. Et n’attendez pas les autres car vous pourriez bien attendre toute votre vie.

C’est notre impression d’impuissance qui nous rend méchants, colériques et tristes. Et dans une certaine mesure, nous sommes impuissants. Mais nous sommes aussi beaucoup plus forts que nous le croyons et nous pouvons agir à de nombreux points de vue.

Nous ne devons plus avoir l’impression que nous sommes maître de notre destin une fois toutes les X années car en réalité, nous le sommes tous les jours.

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« La démocratie, c’est compliqué! » Ben oui.

Comme souvent je m’inspire de discussions avec mes proches pour nourrir ma réflexion sur Comment changer le monde, et ensuite mon blog qui n’est ni plus ni moins que l’espace d’expression de ces réflexions.

A l’origine de ce post donc, il y a une discussion. Une discussion qui remonte à quelques semaines avec deux personnes qui me sont chères.

On parlait, je vous le donne en mille, de démocratie. De comment la faire vivre réellement, de comment impliquer le peuple dans les réflexions et les décisions qui le concernent directement.

De mon côté, sans surprise, je défendais mordicus des processus qui, à mon sens, le permettrait. A savoir la possibilité de débattre, tous ensemble, des grandes et petites questions politiques, sociales, économiques, écologiques, la mise en marche de notre cerveau collectif, la réflexion commune sur les enjeux de notre temps, sur l’avenir que l’on veut construire et bien sûr la possibilité, au terme de cette réflexion, pour chacun d’exprimer sa voix, son avis par le vote de règles, de lois  (et non par l’élection qui – quoi qu’on en dise – n’est pas ce pour quoi nos ancêtres se sont battus et dont le résultat (les élus) n’est pas représentatif de la volonté de tous) – règles et lois dont le rôle serait de régir la vie en société et seraient le fruit de cette réflexion globale dans la poursuite de l’intérêt général et du Bien Commun.

Cet avènement de la démocratie demanderait pour moi deux choses : D’abord du temps (celui dont a besoin la réflexion – collective qui plus est – pour se nourrir, mûrir et aboutir) et ensuite la garantie absolue que les décisions prises soient respectées (par un partage du pouvoir équitable et représentatif et de nouvelles institutions qui le garantiraient) – sans quoi la réflexion est menée en vain. Et personne n’a envie de faire les choses en vain.

Comme tout le monde sans exception, je ne nie pas penser que le peuple n’est qu’un gros tas d’idiots égoïstes, indifférents et fainéants, incapables de ce genre de réflexion et de prise de décision. Mais comme je fais indéniablement parti du peuple, et que je ne me reconnais pas dans ma propre définition de celui-ci, je dois bien avouer que je me trompe sans doute, que tous les gens qui pensent ainsi passent sûrement à côté de la vérité et que si on arrêtait d’avoir cette conception du « peuple » on pourrait peut-être commencer à se faire un peu confiance, à faire corps et à avancer ensemble.

De toutes façons, on est tous le con de quelqu’un, mais qui a dit qu’entre cons, on ne pouvait pas s’entendre ?

Bref, partant de ce postulat – Certes on est tous des cons, mais peut-être qu’ensemble on pourrait l’être un peu moins, si on avait le temps d’y réfléchir ensemble et la garantie que cette réflexion soit déterminante – je défendais donc mes idées pour la démocratie.

J’étais donc en pleine envolée lyrique sur comment il fallait laisser les décisions qui concernent le peuple entre les mains du peuple, le rassembler (sur Internet, sur les places publiques, dans les mairies, les salles des fêtes, l’agora ou wherever), lui poser des questions ou le laisser s’en poser lui-même, lui laisser le temps de s’en saisir, d’en comprendre les enjeux, d’en discuter et de décider lui-même de l’avenir qu’il a envie de dessiner et qui lui appartient de droit.

Réponse de mes proches : « Mais c’est beaucoup trop compliqué ! ».

Alors comment dire… Ben oui. La démocratie, c’est compliqué.

Nous sommes tous humains et nous l’expérimentons depuis notre naissance, en famille, à l’école, en entreprise, dans les associations, en politique : OUI, vivre ensemble, c’est compliqué.

La plus petite entité de vivre-ensemble que l’on connaisse, c’est le couple. Et on le sait tous : faire vivre un couple, oui, c’est compliqué.

Élever des enfants, c’est compliqué.

S’entendre en famille, c’est compliqué.

Les groupes d’amis, souvent, c’est compliqué.

La vie en communauté, c’est compliqué.

Les collègues, c’est compliqué.

Est-ce pour cela qu’il faudrait renoncer à tout cela, au couple, à la famille, aux amis, aux collègues, à la communauté, à la société… et par extension à la démocratie, qui n’est autre que l’élaboration des règles par un collectif pour vivre ensemble en harmonie ?

En tous cas, peu d’entre nous y semblent prêts. Peu d’entre nous ont décidé de plaquer leurs semblables et d’aller vivre en ermite dans une grotte a fond d’une forêt.

Pourquoi ? Parce que nous sommes des animaux sociaux et nous avons bien conscience, au fin fond du tréfonds de notre être que seuls, nous ne sommes rien. Et qu’ensemble, nous sommes, sinon tout, du moins bien plus. Que les complications que la vie en société entraîne valent mieux qu’une vie en solitaire, coupé des autres, de l’amour et de l’amitié qu’ils nous donnent et de celle que nous leur procurons. Qu’elles sont un prix à la fois inévitable et dérisoire à payer pour que le vivre-ensemble soit possible et que la société puisse fonctionner.

Bien sûr, il y a des limites. Entre faire marcher un couple et faire marcher la France, il y a une différence de degrés. Mais rien ne nous empêche de commencer à une petite échelle et d’étendre le modèle. On ne pourra pas mettre la charrue avant les bœufs soyons-en sûrs (c’est en partie d’ailleurs pour cela que je ne crois pas une seconde à la construction européenne en l’état qui pour moi est un toit (plein de trous) posé sur des non-murs – mais je digresse). Je n’ai pas la solution miracle, et une fois de plus ces questions doivent être livrées à la réflexion collective mais il me semble qu’en commençant par accepter qu’effectivement « c’est compliqué », on fait déjà un pas en avant.

Alors oui, la démocratie, c’est compliqué. La question n’est pas de savoir si c’est compliqué ou non, c’est de savoir si ces complications valent la peine d’être traversées et surmontées. Comme les orages dans un couple, les enfants qui se rebellent, les amis qui traversent des galères et qu’il faut soutenir quand-même parce que c’est comme ça, les collègues qu’on ne supporte pas toujours mais avec lesquels il faut bien faire avancer le projet collectif.

Le sont-elles ? A titre personnel, je pense bien que oui.

Un certain premier ministre (indice: 49/3) ne serait pas d’accord avec moi…

Chacun son avis. Vive la démocratie.

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Allez, on prend une grande inspiration… et c’est parti!

En faveur du revenu de base

Je ne comprends pas bien comment, aujourd’hui, en France, on peut être contre le revenu de base (ou le salaire à vie).

Dans une société qui reconnaît le droit à chacun à la santé et à l’éducation gratuitement – droit que personne je pense ne se permettra de remettre en question – comment peut-on nier le droit de chacun, quelque soit sa situation, à avoir un revenu lui garantissant le minimum vital, c’est-à-dire de pouvoir s’offrir – a minima – à manger et un logement ?

La santé et l’éducation ne sont pourtant pas moins importantes qu’un toit et de la nourriture, et elles y sont d’ailleurs étroitement liées il me semble…

Si l’on part du principe que personne n’a demandé à venir au monde mais qu’une fois qu’on est sur cette planète, il faut bien se démerder pour y (sur)vivre, comment, dans un pays richissime comme le nôtre, nier à quiconque son droit le plus ultime : sa propre subsistance.

Quand on sait qu’en France, la totalité des richesses produites en un an pourrait garantir un revenu mensuel par habitant amplement suffisant pour vivre correctement si elles étaient réparties plus équitablement, et que pour autant plus de 10% de la population française vit sous le seuil de pauvreté, il y a de quoi se demander ce qu’on attend.

Il me semble que garantir à chacun la possibilité inconditionnelle de couvrir sans culpabilité et sans peur du lendemain ses besoins les plus basiques est un progrès social indéniable, la simple extension des acquis sociaux du XXème siècle et une étape supplémentaire dans la reconnaissance globale d’un des droits de l’homme les plus fondamentaux : le droit à une vie digne.

Sinon, tant qu’on y est, on peut tout aussi bien revenir en arrière sur la Sécurité Sociale et l’Education pour tous… et voir ce que ça donne.

On risque de bien rigoler.

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La démocratie est-elle relative ?

Ces derniers temps, je soutiens pas mal à qui veut l’entendre que la France est devenue ni plus ni moins qu’une bonne grosse dictature des familles (J’aime choquer, je n’y peux rien).

En général, la première réaction des gens ressemble plus ou moins à :

« Haaaaannnn mais comment tu peux dire ça?! »

Ce que je peux comprendre au fond. Ne nous bourre-t-on pas le crâne depuis notre plus tendre enfance avec notre belle démocratie, le droit de vote d’élection conquis à la sueur de notre sang, 1789, la prise de la Bastille, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, bla bla bla… ?

Ensuite, souvent, on me sort la remarque qui tue tout :

« Pourtant t’as vécu au Cambodge, tu devrais savoir, toi, ce qu’est une dictature ! »

Et là j’ai envie de répondre que Oui. Justement. Je sais.

Je sais ce que c’est de vivre dans un pays où une population impuissante n’a pour le pouvoir en place que mépris, colère et dégoût. Je sais ce que c’est que de vivre dans un pays où les conditions de travail, pour un nombre important de salariés, sont insupportables. Je sais ce que c’est que d’avoir l’impression d’avoir au dessus de sa tête une caste aussi incompétente que condescendante, dont les décisions ne sont motivées que par la défense de leurs propres intérêts et privilèges.

Et bizarrement, cette impression ne change pas, que je vive au Cambodge ou en France…

Alors pour contrer par l’absurde cet argument qui ressort régulièrement, on va faire un petit exercice : Imaginez que demain, l’indéboulonnable premier ministre dictateur du Cambodge, qui s’accroche au pouvoir depuis 3000 ans comme les sangsues du Rathanakiri sur les mollets des randonneurs en saison des pluies, se fasse déboulonner pour une raison X, Y, Z.

Qu’une assemblée populaire constituante se mette en place et qu’elle écrive elle-même son contrat social*.

Qu’un processus démocratique se mette en place pour désigner les représentants du peuple*.

Que ceux-ci soient élus ou tirés au sort pour des mandats courts et non-renouvelables, qu’ils puissent être éjectés du pouvoir en cas de faute morale et que des organes indépendants contrôlent qu’ils respectent bien le programme qu’ils sont chargés de mettre en place*.

Que les médias soient indépendants de tout pouvoir (politique ou financier)*.

Que les citoyens puissent débattre sur les places publiques de la direction qu’ils veulent faire prendre à leur pays*.

Qu’on instaure un référendum d’initiative populaire et que les citoyens puissent voter pour dire si oui ou non ils veulent de telle ou telle loi*.

*Toutes ces choses, je le rappelle, n’existent pas en France. Ni nulle part ailleurs dans le monde, d’ailleurs.

Qu’en gros, le Cambodge devienne une démocratie, une vraie, du grec demos : peuple et kratos : pouvoir.

Est-ce qu’alors je pourrais appeler la France une dictature sans qu’on ouvre les yeux ronds ? Juste parce qu’on ne pourra plus me coller le Cambodge sous les yeux en me disant « Regarde, ça c’est une vraie dictature ! » ?

Ben non, parce la démocratie n’est pas relative. Démocratie et dictature, ce ne sont pas deux concepts situés aux extrémités d’une échelle sur laquelle on placerait les curseurs des pays du monde. La différence entre démocratie et dictature, elle n’est pas de degrés, elle est de nature.

Et elle n’est pas bien compliquée à saisir :

La démocratie, c’est le pouvoir au peuple.

La dictature, c’est le pouvoir entre les mains d’une seule personne ou d’un groupe de personne.

Oserait-on, aujourd’hui, prétendre qu’en France, c’est le peuple qui a le pouvoir, alors même qu’un groupe de personne va décider, aujourd’hui même, de faire passer en force une loi à laquelle s’opposent les ¾ de la population française ?

Quel pouvoir a-t-on ? Celui de défiler dans la rue sans se faire tabasser si on a de la chance ? Celui de mettre tous les cinq ans un bulletin dans une urne et de laisser ensuite celui qui aura obtenu le plus de bulletins diriger le pays comme il l’entend sans que l’on ne puisse absolument rien y faire, même s’il trahit notre confiance au plus haut point (ce qui se passe mandats après mandats, élections après élections) ? Et je ne parle même pas de la liberté d’expression, sur laquelle on a copieusement vomi une fois de plus en condamnant il y a quelques jours les lanceurs d’alerte Antoine Deltour et Raphaël Halet à la taule, ou de l’indépendance des médias… (À ce propos, vous avez regardé Canal + dernièrement ?)

La France n’est pas une démocratie car la démocratie ce n’est pas du « par rapport ». La démocratie c’est du point barre.

C’est le pouvoir au peuple, point barre. C’est l’implication des citoyens, quotidiennement, dans l’élaboration des lois qui les concernent, point barre. C’est une information indépendante pour des citoyens éclairés, point barre. C’est un renouvellement fréquent des responsabilités de représentativité de ces mêmes citoyens, point barre. C’est la liberté de penser et de dire ce que l’on veut, point barre.

Faire de la démocratie un concept relatif, c’est trahir son sens premier. Prétendre que ce qui se passe au Cambodge ou ailleurs puisse changer le nom que l’on donne à notre régime n’a pas de sens. Cela reflète bien l’absence de bonne foi, de rationalité, de logique dans lesquelles baignent les débats entre citoyens lambda. Cela traduit bien la régression intellectuelle et politique qui est à l’œuvre aujourd’hui, dans ce monde où le fait que tout soit nivelé par le bas est devenu acceptable, voire souhaitable. Cela montre bien surtout que sur le chapitre des plus beaux concepts que l’humanité ait pu inventer – Démocratie, mais aussi Liberté, Egalité, Fraternité, etc. – on est prêts, et je dirai même enthousiastes, à se contenter du moins pire.

La France n’est pas une démocratie, et que le Cambodge, ou n’importe quel autre pays du monde, n’en soient pas non plus n’y change rien. Certes, « par rapport » à de nombreux autres pays, on a (un peu) avancé sur le chemin démocratique. Mais il est encore long avant que l’on puisse prétendre à ce titre.

Et, hélas, on n’est pas si loin devant.

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4 raisons de positiver

S’il y a bien une raison pour laquelle j’ai quitté il y a quelques mois le Cambodge pour me réinstaller à Paris, c’est que je sentais qu’en France les choses commençaient à « bouger ». En effet, en dépit de tout l’amour que je porte au pays du sourire (ainsi qu’à la bière pas chère, la fête facile et le Pontoon), on ne pouvait plus dire que j’y trouvais un terrain favorable au déploiement de mes nouvelles aspirations citoyennes et écologiques.

Difficile en effet à Phnom Penh de fonder le Parti des Abstentionnistes et des Sans-voix, de manger bio, de discuter sérieusement démocratie directe, tirage au sort ou revenu de base ou de se soigner aux huiles essentielles.

Pas une seule fois je n’ai regretté mon choix depuis que j’ai pris cette décision car pas une seule fois me suis-je dis que mon intuition m’avait trompée, et si je chemin qui reste à faire est encore long, je côtoie chaque jour de nombreuses personnes qui y tracent déjà leur route à pas de géants.

Plus que jamais, je suis convaincue que le changement – qui devient chaque jour plus pressant et vital – ne passera pas par ceux qui ont le pouvoir et l’argent, car leurs intérêts sont à l’opposé de toute évolution, mais par ceux qui en sont dépourvus, ou croient l’être, autrement dit : nous tous.

Chacun de nos gestes quotidiens les plus élémentaires (manger, se laver, se déplacer, travailler, entretenir des relations avec les autres…) nous met face à des choix et selon la direction que nous prenons dans ces choix à faire, nous contribuons à tirer le monde dans un sens ou dans un autre. Ne négligeons donc aucun de ces petits pas car, mis bout à bout, ils sont ce qui construisent le monde de demain qui ne sera rien d’autre que celui que nous voulons et que nous nous serons donné les moyens de construire.

Je suis rentrée à Paris la veille des attentats du 13 novembre et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’envie de me recarapater à la suite de cet événement ne m’a absolument pas traversé l’esprit, bien au contraire. Certes, j’ai été face à des réactions émotionnelles d’une grande violence, à une complaisance dans l’ignorance désespérante de la part de certaines personnes, à des propos malveillants qui m’ont beaucoup heurté. Mais ce que j’ai ressenti bien plus intensément, c’est une volonté ancrée au plus profond des cœurs blessés de faire corps ensemble et avec bienveillance face à l’horreur, de comprendre et de pardonner, d’éblouir la haine en faisant briller l’amour (je me place bien loin ici des discours politicards et médiatiques, je vous parle de ce que j’ai ressenti dans le creux de mon bide).

Bref, tout cela pour dire que je pense que de plus en plus de gens vivent, comme je le vis, une sorte d’éveil des consciences les poussant à déclarer la paix avec eux-mêmes, les autres, le monde et à se dire que ça suffit, qu’il est temps de changer, de se changer, de prendre ses responsabilités au lieu de rejeter la faute sur les autres, de réfléchir à leur propre puissance, à ce qu’eux pourraient faire chaque jour pour se rendre et rendre le monde un peu meilleur.

Concrètement, voilà 4 raisons de positiver tirées des observations que j’ai pu faire depuis mon retour en France

  1. Le succès d’Aromazone

Si vous ne connaissez pas encore Aromazone, il est grand temps pour vous de découvrir ce qui représente pour moi l’entreprise la plus coolos dont j’ai pu croiser le chemin ces dernières années. Créée en 2000 par un papa et ses deux filles passionnés d’aromathérapie et de cosmétique naturelle, cette PME familiale qui a démarré avec un portefeuille d’une quarantaine de produits en offre aujourd’hui plus de 1500 à des clients de plus en plus nombreux (et de plus en plus contents si l’on en croit le taux de satisfaction proche de 100%).

L’objectif d’Aromazone est de démocratiser l’accès à l’aromathérapie, cette science beauté/santé des huiles essentielles, et de proposer une vision naturelle et active de la cosmétique, impliquant les utilisateurs-trices dans la réalisation de produits sains et créatifs, inspirés des richesses offertes par Mère Nature.

Leur gamme de produits va des huiles essentielles (plus de 200) aux huiles végétales en passant par tout un tas d’ingrédients végétaux ou minéraux (certifiés bio) permettant de composer des cosmétiques maisons (hydrolats, cires, argiles, sels, colorants naturels, extraits de plantes, émulsifiants, conservateurs…) sans oublier le matériel, les contenants et les recettes, indispensable à leur réalisation et à leur conservation. Le tout à des prix dérisoires pour une telle qualité de produit !

A l’origine un site de vente en ligne, Aromazone a ouvert une superbe boutique (et une seul pour le moment hélas :() en plein cœur de Paris, à 2 pas de la librairie où je travaille. Autant vous dire que j’y suis régulièrement fourrée, parfois seule, souvent accompagnée, noyée dans la masse des dizaines et des dizaines de client…es (ahem) qui bondent à toute heure le magasin.

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Pourquoi c’est une putain de bonne nouvelle ?

Parce que cela participe à une révolution des rituels de beauté, accaparés depuis des décennies par des industriels bien plus soucieux de leurs profits que de la santé de leurs consommateurs-trices et de notre petite planète.

Parce qu’on voit bien le résultat des pratiques éthiques, financières, sanitaires et environnementales douteuses des multinationales de la cosmétique et des produits malsains qu’elles distribuent ; produits bourrés d’additifs, de sulfates, de parabens, d’allergènes et autres perturbateurs endocriniens… Bref de substances toxiques, dont le rôle dans les cancers, la baisse de la fertilité, les allergies, les irritations, les déséquilibres hormonaux n’est plus à prouver. Et que dire des emballages plastiques de ces poisons dont plus de 30% finiront dans les océans à empoisonner poissons, oiseaux et cétacées et à étouffer notre principale source d’oxygène.

Parce que fabriquer ses produits soi-même, c’est facile comme tout, super amusant, extrêmement économique et bien meilleur pour la planète, que cela booste la créativité, l’estime de soi, le partage et la satisfaction, que c’est une source d’apprentissage infinie et que cela élimine les doutes sur la nocivité des produits dont on s’enduit tous les jours.

Parce que se réapproprier son corps, sa peau, ses cheveux, sa santé ça n’a pas de prix et que c’est sûrement un des combats les plus important à mener dans les prochaines années.

Et enfin parce que l’argent que vous dépenserez à Aromazone n’ira pas enrichir des actionnaires cupides (et financer indirectement les campagnes électorales de politicards pas beaucoup plus innocents… sic) mais une équipe passionnée et une entreprise familiale et éthique qui respecte ses engagements et qui, elle, ne connait pas la crise (serait-ce lié ? ;)).

2. L’intérêt pour le polyamour, les amours libres et plurielles, le Lutinage

C’est assez fou comme le polyamour et l’amour libre se banalisent en France, ou du moins à Paris.

Même si la plupart des gens restent attachés à la notion de couple monogame (ce qui n’est nullement un problème tant que cela relève d’un choix réfléchi et éclairé et non d’un chantage à l’exclusivité et d’un besoin de contrôle du corps de son/sa partenaire), et malgré ce que j’ai pu dire sur notre manque de créativité en amour en déplorant le fait qu’on soit souvent un peu trop binaire (ensemble/pas ensemble, en couple/pas en couple), je constate quand-même que cela devient de plus en plus acceptable que se déclarer « poly », que parler de ses relations au pluriel provoque moins de haussements de sourcils et plus de curiosité, qu’avouer un « pas de côté » à ses amis expose plus souvent aux conseils bienveillants qu’au lynchage public, qu’un tas de personnes a priori réfractaires ne remettent pas en question le principe de libre disposition de soi… Bref, qu’on commence à comprendre que le modèle de relation amoureuse que l’on propose majoritairement est un carcan bien trop rigide face à la volatilité des désirs, aux aléas sentimentaux, aux besoins humains d’épanouissement et aux épreuves de la vie.

A ce propos je viens de terminer le Guide des Amours Plurielles de Françoise Simpère, une journaliste scientifique, mariée et lutine depuis 40 ans, qui a été la première à démocratiser le concept d’amours plurielles et à clamer haut et fort que oui, on peut aimer plusieurs hommes (et femmes). Je vous en recommande vivement la lecture, que vous soyez monogames aguerris, lutins en devenir ou polyamoureux accomplis. C’est plein de fraicheur et de réflexions passionnantes sur le couple, l’amour, la liberté, le désir, la confiance, les guerres d’ego, la jalousie, l’impermanence… Le seul hic c’est qu’il est épuisé et qu’on ne peut que le trouver d’occasion sur Internet. Pas facile d’apprendre à aimer au pluriel… 😉

Pourquoi c’est une putain de bonne nouvelle ?

Parce que la légitimation de la liberté d’aimer nous enseigne des choses fondamentales sur le plan des relations humaines : la conscience de notre libre-arbitre, la responsabilité face à nos engagements, la maitrise librement consentie de nos corps et de notre sexualité, la compersion (capacité à se réjouir du bonheur d’autrui), la bienveillance et la confiance plutôt que la jalousie, le sentiment d’appartenance mutuel et les divers interdits.

Parce qu’apprendre à se départir de nos vieux réflexes jaloux et possessifs ne peut que constituer une évolution personnelle bénéfique, que ce soit pour les individus qui s’engagent sur ce chemin que pour la société dans laquelle ils évoluent.

Parce que cela participe à l’ancrage dans l’esprit des gens que leur corps leur appartient et qu’ils n’ont pas à laisser quiconque le contrôler (même si cette personne les aime très fort et vice-versa). Et quand on voit les ravages que provoquent, dans certaines parties du monde, la négation du principe de libre disposition de soi (et la sexualité n’est pas un truc « à part » dans ce principe), on ne peut qu’y voir un progrès.

Parce que plus l’idée que les désirs sont multiples et volatiles et que chacun est en droit d’y répondre librement se répandra, moins il y aura de drames, de crimes passionnels, de réactions disproportionnées face au simple exercice du libre-arbitre humain, de mensonges, de cachotteries, d’humiliation. Et que petit à petit on mettra peut-être fin à l’énorme hypocrisie qui entoure les relations amoureuses et qui voudrait nous faire croire n’importe quoi (mythe de l’âme sœur, fusion éternelle, Prince Charmant et autres histoires à dormir debout) et à l’insatisfaction qui en découle et empoisonne tant d’individus et de couples.

Parce que cela dédramatise l’amour, que cela en fait un sentiment joyeux et léger, à vivre et à partager, et non plus un piège potentiellement dramatique et dangereux dans lequel il ne faudrait surtout pas « tomber ». Qu’on se le dise, l’amour est la seule chose qui pourra sauver ce monde. Donc arrêter de s’interdire d’aimer, c’est un putain de pas en avant vers un monde meilleur.

3. L’engouement pour l’alimentation végéta*ienne

« La viande ne me fait plus vraiment envie. Je n’en mange plus que rarement et c’est vrai qu’on se sent bien plus léger après un repas végét’ ».

Depuis que je suis rentrée en France, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu ce type de remarques de la part d’amis, de membres de ma famille, de collègues… Et de personnes dont je n’aurais jamais imaginé qu’elles franchiraient un jour ce pas !

Si on en est encore loin, « Demain, tous végétariens » sonne de moins en moins comme une utopie. Les végétariens sont considérés comme des personnes parfaitement normales et cohérentes et même les végans ne sont plus les weirdos qu’ils étaient encore il y a quelques années. D’ailleurs, les étiquettes se décollent peu à peu, signe que les murs des cases dans lesquelles on enfermait ces gens chelous il y a peu sont de plus en plus poreux. Au final, on commence un peu à s’en foutre de ce que les gens mangent et consomment et à plus s’intéresser au pourquoi et au comment de leurs choix, sans les cataloguer. Faisant fi de toute malveillance, fermeture d’esprit ou préjugés, beaucoup de gens commencent sérieusement à s’intéresser à ce mode de vie, et les informations qui circulent sur les réseaux sociaux ne peuvent que leur donner raison. On ne tourne plus en ridicule ces hyper-sensibles amoureux des poules et on commence plutôt à se demander en quoi le fait qu’un chat soit plus mignon qu’une vache lui donnerait un droit supérieur à la vie. On ferme son clapet devant les données montrant le poids écrasant de l’élevage sur l’environnement et on se dit que finalement, ça n’a pas l’air si mauvais ce burger aux lentilles. Et on constate également en pratique les bienfaits d’une alimentation végé sur la santé.

Vous n’allez quand-même pas me dire que ça ne vous met pas l’eau à la bouche?! (pour la recette cliquez sur la photo)

Pourquoi c’est une putain de bonne nouvelle ?

Parce qu’à plein d’égards, plus les gens se mettront à manger veg’, mieux ça sera ! En effet, un régime végéta*ien :

  • Est, s‘il est bien mené, extrêmement bénéfique sur le plan de la santé par sa richesse nutritionnelle et sa pauvreté en graisses saturées et en cholestérol ;
  • N’implique pas de sacrifier la vie ou le bien-être de millions de petits nanimaux qui ne demandent qu’à vivre leur vie perperlito et supprime par conséquent un lot de souffrance inimaginable dont le monde se passerait bien ;
  • Pèse bien moins lourd sur les ressources en eau, sur les terres, sur la pollution de l’air qu’un régime riche en produits animaux, et dans cette période où ces ressources se font rares, c’est un calcul à prendre en compte ;
  • Améliore la sécurité alimentaire mondiale en ne gaspillant pas de la nourriture qu’on pourrait donner aux humains à nourrir des animaux destinés à être mangés (pour rappel – grosso modo parce qu’évidemment et malheureusement tout n’est pas si simple – pour faire 100 grammes de bœuf qui vont nourrir 1 homme, il faut 1 kilo de soja qui pourrait nourrir 10 hommes).

Par ailleurs, le fait que de plus en plus de gens s’y mettent aura un autre effet bénéfique je pense : celui d’une circulation facilitée de l’information et des connaissances. Qu’il existe des risques à passer brutalement d’un régime omnivore à un régime végétal est incontestable. Nous avons tout à réapprendre. Mais plus il y aura de végés qui s’y intéresseront et parlerons de leur expérience (leur expérience de vrais gens, pas celle, forcément galvaudée, de lobbies laitiers ou viandards aux intérêts financiers colossaux), moins il y aura de risques de faire n’importe quoi. Je suis assez persuadée que les végans qui ont déconné étaient des gens isolés et mal informés parce que, justement, l’information n’existait pas. Que les flippettes des potentiels ravages des régimes végéta*iens soient donc rassurés ! (oui Marion, c’est bien à toi que je pense 😉 )

4. L’élévation d’une conscience citoyenne

Comme je l’ai expliqué dans cet article, je suis profondément persuadée qu’aucun changement réel ne pourra advenir si nous, le peuple, ne reprenons pas en main les clés du pouvoir politique que nous avons inconsciemment abandonné à des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes. Et ça, je pense que de plus en plus de gens commencent enfin à le comprendre.

Avant mon retour du Cambodge, il y avait déjà Etienne Chouard, ses ateliers constituant visant à apprendre au peuple à rédiger sa propre constitution et ses Gentils Virus, contaminant le reste de la population avec l’idée simple que « Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir » qui commençaient à acquérir une certaine notoriété.

Depuis mon retour en France, il y a eu le succès de films comme Demain ! ou Merci Patron qui traduisent bien le ras-le-bol général mais aussi et surtout la prise de conscience de notre propre puissance et de notre capacité à renverser les choses en notre faveur avec un peu d’enthousiasme, de créativité et d’énergie.

Et puis dernièrement il y a le mouvement Nuit Debout qui rassemble chaque jour des milliers de personnes sur la place de la République à Paris, et sur d’autres places partout en France. J’y suis allée dimanche (j’y retourne ce soir, qui m’aime me suive) et j’y ai trouvé un formidable élan démocratique et pacifique qui faut chaud au cœur. Pour le moment, les occupants ne sont pas là pour revendiquer quoi que ce soit, il n’y a pas de programme, pas de plan, pas de lignes toutes tracées mais les idées fusent de toute part et sont discutées et débattues. Tout le monde peut prendre la parole, on vote, on s’exprime dans le calme et la bonne humeur. C’est à la fois sérieux et bon –enfant, et ça grossit jour après jour…

Ça c’était mardi 05 avril, ou pour reprendre la terminologie du mouvement, mardi 37 mars 🙂

Pourquoi c’est une putain de bonne nouvelle

Parce que cela nous montre, en pratique, ce que pourrait être la démocratie directe, la seule vraie démocratie, en fait. Qu’elle n’est pas une chimère, une douce utopie caressée par une bande de bisounours idéaliste mais un système hautement souhaitable, ou tout le monde aurait sa place et dans lequel les intérêts d’une poignée d’individus ne pourrait prendre le pas sur l’intérêt de tous. Et qu’elle n’est pas seulement souhaitable mais également possible, envisageable, probable. Dimanche soir, on était 2000 (c’est-à-dire deux fois plus nombreux que ce qu’il faudrait pour créer une assemblée constituante qui soit la plus représentative possible du peuple français selon la loi mathématique des grands nombres) et on avait pas de problèmes pour se mettre d’accord. Alors bien sûr, le mouvement rassemble une foule assez homogène de personnes qui partagent une certaine vision du monde et de la vie, mais quand bien même. De toutes façons je reste persuadée que l’immense majorité des humains aspire à peu près à la même chose : une vie simple dans un environnement sain, des amis, de l’amour, des activités épanouissantes, le sentiment d’être utile à quelque chose… et que sur le comment y arriver, il ne devrait pas être si compliqué de s’entendre.

Donc avis aux cynico-sceptiques qui guettent la fin du mouvement et lui prévoient déjà le même destin qu’à des mouvements comme Occupy Wall Street ou Los Indignados qui, soit disant, n’auraient  rien changé (« Ben suffit de voir le scandale des Panama Papers pour voir que rien n’a changé et ne changera jamais » « Euh… PROUT ! »). Ce n’est pas grave si nous ne voyons pas dans les jours, les semaines, les mois prochains les résultats du travail qui est actuellement mené. Nous ne sommes pas là pour tout renverser en quelques jours car nous avons bien conscience que rien ne marche comme cela, que les changements mettent du temps à arriver, à se faire une place dans les esprits et dans la conscience collective, que les graines que nous plantons vont prendre un temps infini à germer puis à pousser.

Nous ferons notre part et nous serons patients.

And the rest is history…

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Et vous, quelles sont vos raisons pour positiver? 🙂

 

Pour plus de créativité en amour

Plus j’y réfléchis et plus je me dis qu’on n’est vraiment pas créatif en amour. Dans un monde où on nous barbe avec la créativité à tire-larigot, je suis souvent effarée qu’on y mette si peu dans notre vie sentimentale. C’est comme s’il ne pouvait y avoir qu’un seul chemin possible qui pourrait grosso-modo se résumer de la sorte :

Rencontre -> Flirt -> Rencards -> Couple -> Cohabitation -> …Se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Bien sûr certaines étapes sont optionnelles et les ruptures restent potentielles, notamment lorsqu’on se rend compte qu’on ne pourra pas passer à la suivante ensemble. Mais globalement c’est un peu le chemin tracé d’avance dans l’esprit de la majorité des gens. Et sur lequel il est évidemment impossible de revenir en arrière.

Bon, il reste quelques exceptions mais bien codifiés quand-même : le « plan-cul », l’amant(e), le sex friend, etc. Et le polyamour, le lutinage et l’amour libre viennent de manière salutaire mettre un peu le bazar dans nos repères sociaux et moraux. Mais on sort quand-même difficilement du cadre, a fortiori lorsque les sentiments amoureux pointent leur nez et que ça commence à devenir (ahem) « sérieux ».

Pourtant il me semble qu’il y a autant de façons de s’aimer que de combinaisons possibles entre les amoureux. Je veux bien comprendre que ce modèle ait été dominant à une époque ou toute relation sentimentale et sexuelle posait la question de la reproduction et de la descendance. Mais à l’heure de la contraception et de l’avortement, on en est plus là et on a un nouveau terrain extrêmement vaste à explorer. Malheureusement, quand on évoque les possibilités de s’aimer autrement, on tombe toujours un peu sur le même type de réflexion :

« Mais il faudra bien que tu choisisses un jour entre les 2 ?! »

 « En fait c’est quoi votre relation ? Un plan-cul ? Un couple ? Vous êtes amoureux mais vous ne voulez pas vous mettre officiellement ensemble? Mais comment c’est POSSIBLE ? C’est pas vraiment de l’amour je pense. »

« Moi déjà je ne m’en sors pas avec un(e), alors en voir plusieurs, impossible ! »

 « Ce que je veux dans la vie, c’est une femme/un mari avec qui faire des enfants. Bon, pas avant quelques années mais tu vois, je ne veux pas m’engager maintenant dans une relation si je sais qu’elle ne va pas dans cette direction. »

« De toutes façons je ne me vois pas faire ma vie avec lui/elle alors à quoi bon ? »

« Profites tant que tu es célibataire. Tapes-en toi plein, qu’ils/elles te plaisent ou non. Parce qu’après ça sera fini et tu regretteras. »

« Is it going somewhere ? Where is this going ? I don’t know if it’s going anywhere »*

*Les séries américaines sont particulièrement friandes de celle-ci.

Where is this going? Voilà LA grande question que tout le monde devrait se poser. La relation va-t-elle quelque part ? Autrement dit, c’est la direction qu’elle prendra ou non dans le futur qui en déterminerait le sens.

Mais en vertu de quoi les relations devraient-elles “aller” quelque part? Pourquoi on ne pourrait pas leur trouver du sens dans ce qui se passe, à l’instant T, entre les personnes qui la vivent ? Est-ce qu’on ne pourrait pas les vivre dans le présent sans se dire que si on ne se marie pas, si on ne fait pas des bébés ou même si un jour on se sépare, on aura perdu notre temps ?

D’ailleurs ça veut dire quoi « perdre son temps » ? Ca veut dire qu’au lieu de passer tous ces moments uniques avec la ou les personne(s) qu’on aime, on aurait dû les passer à chercher cet(te) autre personne, the one, celle qui nous complétera pour la vie et avec laquelle ça sera happily ever after ? Mais la vie, ça marche pas comme ça. Et en général, c’est quand on cherche le moins qu’on trouve le plus d’ailleurs. Nous en avons tous fait l’expérience.

On se dit que « Cette relation ne va nulle part » mais ça veut dire quoi « Aller nulle part »? Est-ce qu’une relation a besoin d’avoir une direction pour fonctionner? Une relation qui ne va nulle part, c’est une relation sans amour, sans partage, sans enrichissement mutuel, sans épanouissement, sans dialogue. C’est pas une relation sans avenir. Jusqu’à preuve du contraire, les relations ne se vivent pas dans le futur mais dans le présent. Rien n’empêche de faire des projets bien entendu mais même les projets, on les fait ici et maintenant et on en fait des tas qui ne se réalisent jamais parce qu’on n’est jamais bien sûr d’où la vie va nous emmener.

Diantre ! Si je m’étais posé, au moment de partir au Cambodge et de tomber amoureuse de ce pays, la question de savoir si ça allait durer toute la vie, je serais passée à côté des 4 plus belles années de ma vie…

De toutes façons il y aura forcément séparation pour la simple et bonne raison que personne n’est éternel et qu’un jour ***spoiler alert*** vous allez mourir et votre partenaire aussi. Et quand bien même ce n’est pas la mort qui vous sépare, la séparation n’est pas un échec. Cela ne veut pas dire que la relation n’a pas marché. Cela veut juste dire que la vie nous change, que ce qui faisait sens à un moment entre deux personnes ne le fait plus aujourd’hui. De la même manière que de changer d’orientation professionnelle, de déménager à la campagne, d’arrêter de manger de la viande ou de s’éloigner de certains amis avec lesquels on ne se retrouve plus. « La seule constante c’est le changement » a dit Héraclite. On voudrait que les relations amoureuses y échappent et on y croit très fort… Mais ce n’est pas le cas. Et d’ailleurs, rien n’empêche de se séparer dans l’amour, le respect mutuel et la dignité. Et lorsque c’est le cas, on ne peut pas se dire que la relation a été un échec.

Mais je digresse.

Je propose donc que l’on soit un peu plus créatif en amour.

Je propose qu’on s’autorise à aimer les gens qu’on a envie d’aimer comme on veut, sans forcément rentrer dans des schémas et des conditionnements qui ne font que poser des limites à l’amour et à l’épanouissement.

Je propose qu’on définisse, régulièrement, en conscience et avec notre ou nos partenaire(s) les relations telles qu’on a envie de les vivre. Je propose qu’on vive par étape, par sur de grandes déclarations d’engagement inconditionnel et d’amour éternel.

Je propose qu’on puisse dire à son amoureux-se :

« Je t’aime mais, à l’heure d’aujourd’hui, je pense que nous ne sommes pas assez compatibles pour, à long terme, cohabiter, bâtir des projets de vie ou avoir des enfants. Cela ne nous empêche pas de continuer à nous voir, à faire l’amour, à s’apporter du bonheur, à prendre soin l’un de l’autre. »

Ou bien :

« Je n’ai jamais eu envie de personne comme j’ai envie de toi, j’ai un amour extrêmement charnel pour toi qui, je le sais, mourra si on se met dans une dynamique de couple/ménage. Je pense que cela ne marcherait pas pour nous mais j’estime que ce que l’on a est précieux et je veux qu’on le préserve. »

Ou bien :

« Habiter ensemble, c’est l’enfer. Tu es maniaque, je suis bordélique. Tu te lèves à 6h30 du matin pour faire ton yoga et préparer du porridge alors que moi j’aime trainer au lit et les œufs brouillés. Et en plus j’en ai ras le bol de ne pas pouvoir mettre de l’électro à fond les ballons le soir parce que ça te stresse. Quand on n’habitait pas ensemble, tout allait bien. On riait beaucoup, on était complices et on partageait beaucoup de choses. Mais ce n’est pas parce qu’on n’est pas fait pour la coloc qu’on devrait tout mettre par terre, si ? »

Ou bien :

« Je t’aime et je suis si bien avec toi. Mais je me sens frustrée de ne pas avoir connu d’autres partenaires sexuels. J’ai l’impression de très peu me connaitre à ce niveau-là et je pense que découvrir d’autres facettes de ma sexualité avec d’autres que toi m’aiderait beaucoup à m’épanouir. Je voudrais qu’on ouvre un peu notre couple à ce niveau-là. »

Ou bien :

« Tu es sûr(e) de vouloir avoir des enfants et moi non. C’est dur de n’être pas sur le même plan à ce niveau si important dans une vie. Mais je ne veux pas te perdre, ou en tous cas pas comme ça, pas brutalement. Tu es libre de partir si tu le veux. Tu es aussi libre de trouver une femme/un homme qui ait envie de faire des enfants avec toi. Je ne peux pas t’en empêcher si c’est ton souhait le plus profond. Quant à moi, j’aviserai. Qui sait ? Peut-être que je changerais d’avis. On change tout le temps d’avis ».

Et ensuite on redéfinit nos vies en conséquence.

Alors bien sûr ça implique des discussions pénibles et des moments douloureux. Mais ce que l’on propose comme alternative – la séparation inconditionnelle – ne l’en est pas moins, bien au contraire, nous en savons tous quelque chose. Et bien sûr qu’il n’y a pas de solutions miracles et que parfois la rupture est inévitable. Mais cela permet peut-être de se quitter avec un peu plus de douceur, de transparence et de bienveillance.

Evidemment ça implique aussi de prendre ses distance avec un modèle fondé sur la promesse incontestable d’exclusivité, la monogamie en série et le syndrome du choix qui ne découlent aujourd’hui que de notre impression – illégitime – d’être propriétaire du corps et des sentiments de ceux que nous aimons.

Si on encourageait la créativité en amour, cela forcerait chacun à travailler un peu sur sa possessivité, à comprendre que tout le monde est libre de rechercher le bonheur, à voir que rien n’est simple et ne se fait sans dialogue, écoute et respect de l’autre, à admettre qu’un engagement n’est pas « un pacte avec le diable qu’on signe avec son sang en laissant son âme en caution », à se rendre compte que rien n’échappe à l’impermanence…

Ca nous permettrait peut-être d’aborder nos relations avec un peu plus de sérénité, de légèreté, de fluidité, en ayant confiance en notre capacité d’adaptation aux aléas sentimentaux – les siens et ceux de l’autre – et de la vie, de moins se laisser prendre le chou par les pseudo-conseils de gens qui sont persuadés d’avoir vécu exactement la même chose, d’avoir moins peur d’exprimer ses besoins et ses sentiments ou de faire mal à l’autre en lui exposant la situation sous un angle irrévocable.

Ca serait comme un jeu qu’on essaierait de gagner à 2, une chasse au trésor des alternatives à la soi-disant inévitable rupture, une recherche enthousiaste du bonheur mutuel.

Moi je trouve ça à la fois fun et rassurant comme jeu. Pas vous ?

 

5 choses à se dire pour alléger une peine de cœur

Nous avons tous un jour été sujet aux chagrins d’amour, nous savons quel mal de chien ça fait et, même après notre 14ème break-up, nous ne savons toujours pas vraiment comment les gérer. Nous les avons traversé ces foutues phases de désespoir, d’angoisse, de manque terrible qui semble nous dévorer de l’intérieur. Nous l’avons sentie cette boule dans le creux du bide. Nous les avons versés ces torrents de larmes. Nous nous sommes dit que la vie ne valait plus la peine d’être vécue, que nous ne nous en relèverions jamais, que nous avions tout perdu, fortement merdé ou nous nous sommes demandé ce que nous avions fait pour mériter cela. Nous avons maudit l’autre, nous l’avons détesté, injurié, accablé de reproches et pourtant, malgré tout notre ressentiment et notre douleur, nous aurions fait n’importe quoi pour qu’il/elle revienne.

Et parfois, au milieu de tout cela nous avons entrevu des éclaircies, nous avons eu des moments de lucidité ou les choses nous sont parues plus légères et pas si graves dans le fond. Et ce n’était pas faux : les choses ne sont souvent pas aussi graves qu’on le croit. Dans ces moments d’apaisement, des pensées consolantes nous ont peut-être traversé l’esprit, le genre de réflexion rassurante qui agit sur l’esprit comme un baume cicatrisant et lui fait comprendre que la souffrance qu’il peut ressentir n’a rien d’inexorable et de définitif.

En voici 5 que j’estime utile de se répéter dans ces moments-là pour relativiser et comprendre que le ciel n’est pas en train de nous tomber sur la tête.

  1. « Il/Elle fait de son mieux »

Eh oui, même si on en a pas l’impression, même si on est persuadé que l’autre fait exactement le contraire de ce qu’il faudrait faire ou qu’il fait tout pour nous faire souffrir, en réalité, comme tout le monde, tout le temps dans la vie, il/elle fait de son mieux. Tout comme vous, il/elle ne cherche qu’une chose : se libérer de sa souffrance et atteindre le bonheur, et même s’il s’y prend mal et que vous en faites les frais, vous ne pouvez pas lui enlever ce droit le plus strict. Donc vous pouvez le maudire et lui en vouloir autant que vous voulez mais cela ne fera qu’ajouter votre souffrance à la sienne, ce qui ne sera pas très constructif. A la place, se dire que l’autre fait de son mieux aide à lui pardonner et pardonner, ça fait du bien.

  1. « Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait et il/elle peut encore me surprendre »

Il n’y a rien dans ce monde qui ne soit pas soumis au changement, y compris au changement inattendu. Donc il ne faudrait pas perdre de vue que, même si on est persuadés que notre vie restera à jamais un champ de ruine fumant, on se trompe probablement et que, même si on est à présent convaincu que l’autre n’est qu’un monstre maléfique décidé à causer notre perte, on est jamais à l’abri d’une belle surprise. Efforçons-nous donc de lui laisser le champ libre pour nous étonner et nous faire oublier tout ce que nous avons pu subir à ses côtés.

  1. « C’est une épreuve de la vie dont je retirerai forcément quelque chose »

Au lieu de s’appesantir pendant des heures sur ce que l’on a fait ou pas fait, ce qu’on aurait du faire, ce qui aurait pu être autrement, sur tous ces moments où les choses ne se sont pas passées comme elles auraient du se passer, sur ce qu’on pourrait maintenant faire ou dire pour que ça change, sur ce qu’on devrait rattraper, sur ce qu’on a à racheter, sur ce que l’autre a à se faire pardonner, etc. prenons les choses pour ce qu’elles sont : un moment douloureux à passer, une énième épreuve de la vie à laquelle on échappe pas, juste parce que ben, c’est la vie quoi. Et n’oublions pas que 1. Toute épreuve se traverse tant bien que mal et 2. On en retire toujours quelque chose. Ca fait mal en attendant mais de toutes façons on n’a pas d’autre choix : il faut serrer les fesses et atteindre le bout du tunnel.

  1. « Je ne peux pas encore tout comprendre »

Il y a souvent beaucoup d’incompréhension dans ces moments-là. Les choses nous dépassent, on n’arrive pas à communiquer, à s’expliquer, à appréhender ce que l’autre ressent et par conséquent, à se comporter de manière vraiment rationnel et objective. La vérité c’est que vous ne pouvez pas encore tout comprendre. C’est impossible. Il y a trop d’émotions, trop d’enjeux, trop de négativité. Mais cela viendra. L’orage s’arrêtera un jour, le soleil brillera à nouveau et tout paraitra plus lumineux. En attendant, inutile de tirer des conclusions définitives (« Il ne m’aime plus et ne m’aimera plus jamais », « Il ne m’a jamais aimé », « La vie c’est de la merde », « Je ne trouverai plus jamais personne d’aussi parfait » and cie) qui ne ferons que vous rendre plus malheureux et qui se révèleront très probablement être le fruit de votre imagination.

  1. « C’est grand l’univers »

Hors sujet ? Point du tout. Notre peine parait immense mais si on prend quelques minutes pour visualiser l’univers tout entier, c’est-à-dire l’ensemble de la matière distribuée dans le temps et dans l’espace (wow), elle parait soudain bien dérisoire. Ca aide à relativiser un peu quand-même, ce truc gigantesque qui nous transcende complètement et dont nous sommes pourtant un élément indéboulonnable et légitime. Diluer sa peine dans cette immensité, ça rend un peu plus serein, non ? 🙂

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Vous voyez bien qu’il est tout petit ce chagrin d’amour 🙂

Bon et bien sûr, pas besoin d’être au fond du gouffre pour se dire tout ça, ça marche tout aussi bien dans la vie de tous les jours et ça prévient sûrement les peines de cœur dévastatrices…

Et vous, c’est quoi vos trucs contre le mal d’amour ?

 

Mon collier aux 5 griffes

Pendant mon enfance, j’ai dévoré avec passion tous les albums de Rahan plusieurs dizaines de fois.

Rahan, ça se passe au néolithique (même s’il y a encore des dinosaures, c’est le côté un peu folklore de la BD) et ça raconte l’histoire d’un homme dont le clan a été décimé par une éruption volcanique lorsqu’il était enfant et qui, depuis la terrible catastrophe, parcourt le monde, allant de clan en clan à la rencontre de ses frères, les hommes. Il n’a aucune famille et aucun véritable ami mais il se sent appartenir à la grande famille de « ceux-qui-marchent-debout ».

Doté d’une grande intelligence pratique et d’un sens de l’observation hors du commun, Rahan s’inspire continuellement des merveilles de la nature et met sur pied les inventions les plus folles pour faire face aux obstacles qu’il rencontre sur son chemin et répondre à ses besoins et à ceux de ses frères.

Esprit libre, il n’hésite pas à aller avec virulence à l’encontre des croyances irrationnelles et des superstitions idiotes inculquées à des hommes crédules par des sorciers malveillants pour asseoir leur supériorité ou celle de leurs complices.

Bref, Rahan c’est un peu l’homme sage et bon par excellence.

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Et en plus, il est sexy 😉

Avant de mourir, son père adoptif, Crâo, lui lègue un collier de 5 griffes d’ours représentant 5 qualités humaines : le Courage, la Générosité, la Loyauté, la Ténacité et la Sagesse.

Tout au long de sa vie, Rahan s’efforcera de respecter ces qualités. Elle le guideront sur le droit chemin et feront de lui un homme meilleur.

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A la faveur d’un week-end chez Papa et Maman, je me suis replongée, dans ma chambre de petite fille, dans un album de Rahan et j’en suis venue à réfléchir à ces 5 qualités humaines, ces 5 forces inspiratrices de Rahan pour devenir un homme meilleur jour après jour.

Je me suis dis que je n’avais pas besoin d’être un héros de BD en slip en peau de puma pour m’en trouver 5 qui seraient à moi et que, même si je ne serais jamais aussi parfaite que Rahan, qui de toutes façons reste un personnage fictif (ce qui reste quand-même le grand traumatisme de mon enfance, le jour où j’ai réalisé que je ne pourrais jamais me marier avec lui), je pourrais toujours m’en inspirer pour me guider dans ma vie – toute réelle celle-ci.

J’ai réfléchi et j’ai trouvé les 5 griffes de mon collier à moi. Les 5 qualités humaines que je juge important de développer, chez moi, aujourd’hui, pour devenir un homme meilleur une déesse.

Il s’agit de ***roulements de tambour***:

L’Humilité
La Bienveillance
La Légèreté
La Modération
La Vigilance

Késako?

L’Humilité, c’est la capacité à reconnaître que l’on est un humain parmi tous les humains et à ne se traiter, en aucun cas, comme supérieur à qui que ce soit. C’est la capacité de se dire que, comme tout le monde, on fait des erreurs, on en a fait dans le passé et on en fera encore. C’est la faculté de ne pas prendre les gens de haut en se basant sur leurs opinions, leur apparence, leur comportement et à traiter tout le monde comme un égal.

L’Humilité, c’est être conscient que l’on se trompe toute sa vie, que ce qu’on croyait vrai hier ne l’est plus aujourd’hui, que ce qu’on croit vrai aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain et que, par conséquent, il faut se donner le droit à l’erreur pour avancer. C’est savoir qu’on ne peut pas toujours avoir raison et que les opinions que nous nous forgeons, même si nous y croyons dur comme fer, sont parfois bien éloignées de la vérité. C’est ne pas vouloir à tout prix que tout le monde adopte le même point de vue que le nôtre. C’est aussi reconnaître que nos erreurs peuvent faire du mal autour de nous et qu’il faut savoir les avouer et demander pardon pour le tort causé.

L’Humilité, c’est savoir aussi ne pas faire tout un plat de ce que l’on est, de ne pas accorder trop d’importance au « Moi », à notre identité, à nos réussites comme à nos échecs, à ce dont on est fier et à ce dont on a honte, à nos avis, à nos principes, à notre vision des choses. A savoir se dissocier de tout cela, minimiser son ego, lui accorder une moindre importance.

Posséder l’Humilité, c’est savoir reconnaître que l’on ne sera jamais parfait mais continuer d’y tendre.

La Bienveillance, c’est l’humilité appliquée aux autres. Lorsque l’on voit dans l’autre un égal, on comprend que, tout comme pour nous, son objectif dans la vie est d’accéder au bonheur et de se libérer de la souffrance. Quelque soit le moyen employé, c’est toujours ce but qui est recherché. Aristote disait que le bonheur est « le seul but que nous recherchons pour lui-même et jamais pour une autre fin » (je suis assez d’accord avec lui).

Nous ne partageons pas avec l’ensemble de l’humanité les mêmes aspirations, mais nous aspirons tous au bonheur et essayons tous de nous débarrasser des mêmes poisons mentaux auxquels nous sommes en proie (peurs, jalousie, colère, avidité, tristesse…).

La Bienveillance c’est la capacité à pardonner aux êtres les plus malveillants leur comportement en comprenant que la cause de leur méchanceté est bien souvent les blessures et les dysfonctionnements qu’ils portent en eux et qui les torturent. Personne ne prend réellement plaisir à faire du mal à autrui. En faisant du mal à autrui, on se fait aussi du mal à soi.

Pour autant, la Bienveillance n’est pas la tolérance car elle n’exclue pas que l’autre puisse changer. Elle n’est pas l’acceptation résignée que les êtres et les gens ne changeront jamais mais l’acceptation sereine qu’ils sont tels qu’ils sont pour le moment.

Enfin la Bienveillance s’exerce aussi face à soi-même car, avant de pardonner à quiconque, il faut savoir se pardonner à soi. Avant d’accepter quiconque, il faut savoir s’accepter soi. Avant de vouloir changer quiconque, il faut vouloir se changer soi.

Posséder la Bienveillance, c’est savoir pardonner à l’autre de n’être pas celui que l’on voudrait qu’il soit.

La Légèreté, c’est la capacité à reconnaître que rien, dans la vie, n’est aussi grave que ce que l’on croit. C’est la joie qui se trouve dans la faculté à vivre pleinement l’instant présent sans crainte pour l’avenir et sans regret du futur. C’est l’aptitude à relativiser, à prendre du recul, à se dissocier de ses émotions, à aborder les choses avec sérénité, à mettre de l’enthousiasme dans tout ce que l’on fait.

A réussir à même faire peu de cas de la vie et de la mort, qui sont inéluctables et auxquelles personne n’échappe de toutes façons.

La Légèreté, c’est la qualité de celui qui est dans la non-résistance à ce qui est, dans l’acceptation des choses qui échappent à son contrôle, qui comprend que l’attitude la plus sage consiste à les laisser être et qui sait se laisser habiter par la joie inconditionnelle du lâcher-prise.

Posséder la Légèreté, c’est savoir flotter au dessus du monde et le regarder en souriant.

La Modération, c’est la capacité de vivre dans la « sobriété heureuse » chère à Pierre Rabhi : sans surplus, sans opulence, sans profusion. C’est savoir réévaluer, avec honnêteté et clairvoyance, ses véritables besoins à chaque instant et y répondre. C’est comprendre que l’invention permanente de nouveaux besoins nous entraîne dans le cercle vicieux désir-plaisir-souffrance et ne fait que nous éloigner du bonheur. Vivre avec modération, c’est reconnaître que nous vivons dans un monde de surabondance et que nous avons tendance à en abuser : trop de bouffe, trop de fringues, trop d’objets inutiles, trop de sorties, trop de potes, trop de boulot… Et qu’à en avoir toujours trop, nous en voulons toujours plus.

C’est l’aptitude à s’autolimiter, à distinguer ce qui relève du nécessaire et du superflu, du besoin et du caprice, du plaisir éphémère et du bonheur durable.

C’est la capacité à reconnaître que notre temps et notre énergie sont limités et qu’il vaut mieux ne pas trop charger sa vie et son esprit de choses qui ne sont pas nécessaires. C’est la qualité de celui qui sait dire non : Non aux sirènes de la consommation, non à tous les événements auxquels ont est invités, non à ces personnes avec qui nous ne partageons plus rien, non au patron qui veut nous surcharger et également non aux émotions dévastatrices et à leur expression car la modération se vit aussi d’abord et avant tout à l’intérieur de nous.

Posséder la Modération, c’est savoir trouver son bonheur dans les choses les plus simples.

La Vigilance, c’est la capacité à rester toujours pleinement conscient de ce qui se passe autour de nous, de voir les choses telles qu’elles sont et de détecter, pour mieux la neutraliser, toute la négativité qui nous entoure sous forme de manipulation, de colère, de mauvaise-foi, de tentatives d’excitation des passions et des peurs qui habitent chacun d’entre nous.

C’est la capacité à distinguer le vrai du faux, à faire la différence entre ce qui relève de nous de ce qui n’en relève pas et à dire stop aux abus, aux comportements manipulateurs, aux réactions que l’on voudrait nous imposer de l’extérieur. C’est la capacité de voir dans nos émotions des stimuli et des alertes importants mais à ne pas baser notre comportement et nos décisions uniquement sur elles, à comprendre qu’elles ne sont qu’une perception de la réalité et non la réalité.

Etre vigilant, c’est également savoir reste en cohérence avec soi-même, honnête avec les autres, authentique. C’est s’écouter sans se mentir, savoir poser ses limites et identifier ceux qui veulent en abuser, mais sans partir du principe qu’il y aura forcément abus ou mensonge (ce qui distingue la vigilance de la méfiance ou du scepticisme)..

Posséder la Vigilance, c’est être toujours maître de soi, de ses décisions et de sa vie.

Voilà. Je m’engage donc solennellement à dorénavant m’efforcer de respecter ces qualités chaque jour et à tenter de me montrer toujours plus humble, plus bienveillante, plus légère, plus modérée et plus vigilante. Je ne dis pas que j’y arriverai – et certains d’entre vous se diront peut-être que j’ai du pain sur la planche (et je ne les détromperai pas!) – mais ça sera mon cheminement, et le chemin, comme chacun sait, compte bien plus que la destination.

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Et vous? Quelles sont les 5 griffes de votre collier? 🙂

Petite méditation #1

Tous les matins, prenez dix minutes pour méditer sur votre résistance à la vie telle qu’elle va.

Asseyez-vous en tailleur (sauf toi Antoine, tu peux prendre une chaise), posez vos mains sur vos genoux, tenez-vous droit, fermez les yeux.

Concentrez-vous sur les éléments de votre vie auxquels vous opposez, consciemment ou inconsciemment, une résistance.

Peut-être vous êtes-vous disputé avec un ami, un membre de votre famille, votre conjoint, votre enfant. Vous êtes persuadé d’avoir raison et avez envie que l’autre adhère complètement et immédiatement à votre avis mais il y résiste et cela vous frustre.

Peut-être poursuivez-vous un but que vous n’arrivez pas à obtenir: une promotion, un amour impossible, un nouveau-né, la maison de vos rêves… Vous avez l’impression d’y mettre du vôtre, de faire tout ce qu’il est en votre pouvoir mais la réalité ne s’adapte pas à vos souhaits.

Peut-être souhaitez-vous changer vous-même, être une autre personne, quelqu’un de plus drôle, de plus intelligent, de plus populaire, de plus beau, de plus aimé, de plus respecté. Peut-être que vous ne vous aimez pas tel que vous êtes, que vous souhaitez sans cesse être différent.

Sentez ces résistances, quelles qu’elles soient, et la souffrance qu’elles génèrent en vous. Regardez tous les plans que vous construisez pour faire céder la réalité à vos désirs. Visualiser toute cette pollution mentale et voyez comme elle vous tourmente.

Puis laissez-la tomber. Acceptez la réalité sans concession. Dissociez-vous de cette négativité. Débarrassez-vous de vos résistances à ce qui est. Même si ce qui est est intolérable car l’intolérable, ce sont surtout ces résistances. Libérez-vous en.

Ensuite, seulement, vous essayerez de changer les choses. Une fois débarrassé de ces résistances, vous verrez les choses telles qu’elles sont. Vous cesserez de vous battre contre ce face à quoi vous êtes impuissants. Vous serez plus à même de prendre le bon chemin.

Il n’est pas question d’abandonner tout combat contre l’insupportable, mais d’apprendre à le supporter pour pouvoir ensuite le transformer. Il s’agit de comprendre que la plupart des choses échappent à notre contrôle et ne nous appartiennent pas.

Il n’est pas question de résignation, de renoncement ou de soumission, mais de prise de conscience de l’état des choses et de lâcher-prise sur notre désir de les changer.

Plutôt que d’épuiser nos forces à nager à contre-courant de la vie, laissons-nous porter jusqu’au prochain esquif.

Répéter l’exercice tous les jours et voyez si vos résistances à ce qui est déjà s’atténuent avec le temps…

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Belle journée à vous 🙂