Crise de Foi

Les amis, ça ne va pas très fort…

J’ai longtemps hésité à écrire et à publier ce post car je n’aime pas trop les épanchements émotionnels publics. Et puis je me suis dit que, si écrire doit être un de mes atouts, une de mes armes pour affronter la vie et si j’ai ouvert un blog pour que ça me serve de temps en temps, autant que ça me soit utile dans ces moments-là.

Et puis comme ça, ça donnera à mes amis l’explication que j’ai l’impression de leur devoir (à tort surement) depuis 4 jours que je me cache d’eux derrière des prétextes débiles de boulot qui déconne – même si c’est vrai aussi (4 jours c’est pas beaucoup mais quand d’ordinaire, on se voit matin, midi et soir et qu’a fortiori, on s’est pas vus depuis 10 jours à cause des vacances, ça devient vite suspect…).

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que le monde va mal. Très mal. De Phnom Penh à Paris, du Kenya à la Grèce, de la liberté de la presse à celle d’aimer, des afghanes aux libyens, de l’Europe au Moyen Orient, des agriculteurs aux fonctionnaires, de l’Amazonie à l’océan Indien, des enfants aux vieillards, des poulets de batterie aux rhinocéros de la savane, le monde continue de faire ce qu’il a toujours fait : tourner à l’envers, et les hommes continuent de se spécialiser dans ce dans quoi ils sont les plus forts : la destruction, la violence et la mort.

En dehors de la poignée de psychopathes qui en tire profit, je ne pense pas que cela fasse plaisir à qui que ce soit cette réalité dont chacun se protège à sa façon : indifférence, cynisme, révolte, fatalisme, compassion, humour, action, déni, travail acharné, drogues en tous genre… pour ne pas sombrer.

Jusqu’à il y a peu, moi aussi, j’avais mon rempart. Et puis les circonstances de la vie, et principalement une situation professionnelle extrêmement insatisfaisante dont je n’arrive pas vraiment à me sortir (et dont je suis très certainement en partie responsable mais il faut avouer en toute objectivité que j’ai vraiment pas trop eu de bol cette dernière année sur ce plan là) ont fait qu’il s’est inexorablement effrité jusqu’à ce qu’il n’en reste presque plus rien, à peine un filet de sécurité élimé, une ridicule barricade de papier qui ne résiste pas à la plus petite bourrasque, un toit dont les tuiles se sont presque toutes décrochées et que traverse la pluie glaciale.

Et dans le chaos du monde, sans abri autour de moi pour me protéger de sa violence, je me sens parfois très vulnérable, très terrifiée et, surtout, très impuissante.

Bien sûr, on me dira qu’à un moment il faut juste « Se sortir les doigts » et c’est ce que je me tue d’ailleurs à me répéter à longueur de journée : « Lances-toi. Fais quelque chose. N’importe quoi, même si ça parait fou, voué à l’échec. Donne un grand coup de pied dans la fourmilière. Arrête de t’apitoyer sur ton sort. Aie confiance. Tout va s’arranger. Et puis d’ailleurs, tout va plutôt pas si mal, si ? ».

En règle générale, ça marche. Et puis des fois – il suffit d’un rien, comme un banal retour de vacances – j’aimerais que ça soit aussi simple… J’aimerais être comme tous ces autres gens que je sens solides, déterminés, stoïques. Inébranlables. Qui savent avancer en toutes circonstances. Ou du moins en donner l’illusion. Qui ne s’arrêtent pas en chemin parce qu’ils ont toujours peur d’avoir oublié quelque chose derrière, de s’être trompé de route, parce qu’ils viennent de se prendre un obstacle en pleine gueule ou de gravir une montagne et qu’ils sont fatigués. Qui ne perdent jamais la foi en eux et en la vie. Qui me disent : « Moi aussi je suis passée par là. Ca s’arrange, tu verras. Suffit de pas perdre la foi». Et qui passent à autre chose. Toujours positifs, toujours optimistes, toujours confiants.

Je suis bien d’accord que la foi c’est environ 99% de ce dont on a besoin pour avancer mais que faire justement lorsque ces 99% là manquent à l’appel et qu’on a plus qu’un tout petit pourcent de… de quoi d’ailleurs ? auquel se raccrocher ?

Que faire lorsqu’on se sent tellement perdu que, de toutes les options envisageables, aucune ne semble être la bonne ?

Que faire lorsque chaque pas en avant contient la peur paralysante de tomber ?

Que faire lorsqu’on a l’impression de ne plus avoir de défenses immunitaires face aux agressions de la vie, si infimes soient-elles ?

Que faire lorsque les intuitions se sont tues quant à ce qu’il faudrait faire pour construire demain ?

Que faire lorsque le cœur, qu’on a toujours su écouter, ne renvoie à nos questions qu’un silence assourdissant ?

C’est difficile de parler de cela. Que voulez-vous répondre a quelqu’un qui vous dit La violence des hommes me terrifie, la laideur du monde me dégoute, mon impuissance m’étouffe, je n’ai plus envie de vivre ici-bas. 

Et puis, en parler impliquerait de devoir écouter les « conseils » des gens, qui ne sont bien souvent que des projections subjectives basées sur l’illusion que la personne qui les formule saurait parfaitement ce qu’elle ferait dans ce cas-là. En vérité elle n’en sait rien et quand-bien même, cela ne prouve pas que cela marcherait pour moi. Ces conseils, qui partent des meilleures intentions du monde, sont vains. Ils m’épuisent et ajoutent à mon sentiment de culpabilité.

Culpabilité d’oser me plaindre, écrire des articles larmoyant, m’apitoyer sur mon sort alors que, de l’extérieur, ma situation a tout d’enviable – et je le reconnais bien volontiers. Et pourtant, parfois, j’ai l’impression de porter toute la misère du monde sur mes épaules (je m’excuse pour la ringardise de cette expression mais je la trouve tout simplement très juste) – il parait que je suis très forte pour l’empathie, une vraie éponge (on ne dirait pas comme ça mais si).

Alors je déverse mon désarroi ici parce que, même si ça ne changera pas l’ordre du monde, ca allégera un peu le poids qui pèse depuis quelques jours sur mon petit cœur; poids de souffrir avec tous ceux qui n’ont pas la chance que j’ai, avec nos enfants parce que j’ai très peur du monde dans lequel ils vont grandir et avec la planète que je sens terriblement meurtrie.

Mais bon, demain est un autre jour et il faut bien à un moment remonter la pente, ne serait-ce que pour les rires, l’amour et l’amitié qui bercent mon quotidien parce qu’au fond, c’est ça qui importe vraiment, qui fait que la vie est belle quand-même et qui, si on le protège, peut rester intact en dépit de toute les injustices, les violences et les absurdités du monde.

Je vous souhaite une douce journée, pleine de tout cela.

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