Je suis Les Guignols

Voilà que les Guignols de l’Info, un des derniers bastions de la satire française en vient à mourir à son tour…

Et, bien évidemment, tout le monde s’en fout.

Au milieu de cette indifférence générale, j’aimerais être journaliste, humoriste ou même politique pour pouvoir hurler ma colère, mon indignation, ma tristesse, et qu’elle soit lue, entendue, écoutée, partagée. Mais non.

Hélas, je suis moi. Rien que moi. Humble blogueuse aux quelques 100 abonnés. Maladroite. Bancale. Peu convaincante. Mal branlée. Indignée. Trop indignée. Trop prise par le jeu des émotions. Qu’il faudrait savoir tempérer pour le bien de tous. Surtout. Sans débordement. Sans violence. Sans pleurs et sans colère.

Et dont tout le monde se fout.

Mais je m’en tape. Je la gueulerai quand même ma colère, mon indignation et ma tristesse. Je la gueulerai. Et tout le monde s’en tapera, trop occupé à réfléchir aux vacances qui approchent, au retour en France imminent (pour nous, nantis d’expatriés, qui vivons bien loin de tout cela), à la canicule, à l’été et aux factures à payer.

Je la gueulerai et vous en ferez ce que vous voudrez. Rien certainement. Mais je la gueulerai quand même.

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Alors hier, au détour d’un statut facebook, j’apprends la mort des guignols. Et rien.

Pas d’indignation. Pas de levée de boucliers. Pas de « Je suis les Guignols ». Pas de changement de photos de profil. Pas de pétitions partagées par tous mes amis. Pas de débats enflammés. Rien.

Je remonte et redescend mon newsfeed facebook 100 fois sur la soirée mais rien. On dirait que soit personne n’est au courant, soit tout le monde s’en fout royalement.

Je poste la pétition sur mon mur, assortie d’un message apocalyptique dont j’ai le secret et je récolte… 8 petits « likes » et quelques commentaires. Rien de plus (d’ailleurs quand je vois que l’objectif de la pétition est d’atteindre 10 000 signatures dans un pays de 65 millions d’habitants, je ne sais pas trop si je dois rire ou pleurer).

J’update mon compte twitter… Non bon j’avoue, je ne vais jamais sur twitter. J’aimerais bien y aller ce soir mais je crois que j’ai perdu les codes.

Je vais faire un tour du cote de la presse en me disant que, quand-même, les grands journaux, eux, doivent un peu piger ce qui est en train de se passer et se bouger pour la liberté d’expression. Mais rien non plus de ce côté-là. Des titres d’une neutralité aberrante, puant de conformisme, bien sages, bien obéissants, bien impartiaux, insipides et fades. Beurk.

C’est marrant parce que j’ai l’impression que ceux qui en ont le plus quelque chose à foutre, ce sont justement les personnes qui inspirent les marionnettes.

Mais sinon : RIEN.

Pourtant moi quand j’ai lu ça j’ai cru que j’allais m’étouffer de rage. J’ai couru m’enfermer dans les toilettes pour laisser s’écouler le flot d’indignation qui me montait aux yeux. Je me suis encore une fois demandé comment j’allais faire pour supporter de vivre dans ce monde si on ne peut même plus rigoler de ses horreurs et se moquer de ses tyrans.

Je me suis demandé si j’avais rêvé ce qui s’est passé en France il y a 6 mois. Cette vague d’émotion qui a submergé tous les français, ce consensus autour de la nécessité de défendre la liberté d’expression, cet élan national magnifique, certes entaché mais bon, personne n’est parfait.

Je me suis demandé ou étaient passés les « Je suis Charlie », les grandes déclarations, la solidarité, la résistance ?

C’était quoi toute cette mascarade ? Du vent ?!

Faut-il que des innocents soient assassinés pour que l’on mesure la gravité de ce qui se passe ?

C’est marrant parce que pour moi, Charlie, Guignols : même combat. Un vecteur d’info populaire satirique, « bête et méchant », ou tout le monde en prend pour son grade et qu’on tente tyranniquement de supprimer ou d’affaiblir au nom des mêmes horreurs : l’obscurantisme, le fanatisme, la haine, la folie.

Ce que Bolloré a de commun avec les frères Kouachi ? D’être un sinistre individu qui s’est senti attaqué, en a fait une affaire personnelle et a décidé à la place de tout le monde que ça suffisait, que c’était pas marrant, que ça avait assez duré. Que c’était fini. Pouf. Circulez y a plus rien à voir.

Ne me dites pas que ce sont pour les innocents massacrés que vous êtes descendus dans la rue le 11 janvier. Si c’était le cas, vous pourriez y descendre tous les jours. Non, c’est bien pour le symbole qu’on avait attaqué, pour les valeurs qu’on avait piétinées, pour les idéaux qu’on avait assassinés.

Or ce symbole, ces valeurs, ces idéaux sont à nouveau attaqués aujourd’hui. Et tout le monde s’en fout.

C’est sûr que sans les morts, c’est beaucoup moins impressionnant…

Il ne s’agit pas de débattre sur la pertinence des Guignols ou de savoir s’ils sont drôles ou pas. Qu’on aime les Guignols ou pas ne change rien à l’affaire. D’ailleurs, j’étais loin d’être une fan de Charlie Hebdo, et pourtant, j’ai pleuré ses victimes.

Il s’agit encore et toujours de défendre des droits inaliénables, des symboles fondamentaux, des valeurs indiscutables : le droit à la satire, la liberté d’expression, l’indépendance des médias, le droit à la critique politique, le droit de rire.

Car si on ne défend pas ces valeurs, vous savez ce vers quoi on se dirige ? Vous savez comment ça s’appelle un régime ou les médias sont contrôlés par les puissants (bon, clairement c’est déjà le cas hein, je ne suis pas née de la dernière pluie…) ? Vous savez ce que ça a amené ce type de régime par le passé ?

Vous savez ce que ça veut dire de ne plus pouvoir se foutre de la poire des politiciens ?

Vous savez que la prochaine étape pour les contestataires et les satiriques, c’est le fouet sur la place publique ?

Face à notre impuissance, que nous reste-t-il, sinon le rire?

Ça donne à réfléchir non? C’est peut-être un des moments où on devrait se demander vers quel type de monde on se dirige… non?

Mais non. Tout le monde s’en fout. Tout le monde s’en bat les steaks. Tout le monde s’en tamponne le coquillard comme de sa dernière chaussette.

J’ai envie d’avoir des mains de géante et d’y rassembler le peuple de France pour le secouer en lui hurlant MAIS OU SONT TES VALEURS ? Qu’en as-tu fait ? Est-ce le monde dont tu rêves ? Un monde sans valeurs, sans idéaux, sans combats, sans justice… sans rire ? Est-ce que tu n’en a pas marre à la fin que les autres décident à ta place ?! MAIS RÉVEILLE TOI, MERDE !

Si même LUI le dit...
Si même LUI le dit…

Bref, je vais vous laisser maintenant parce que j’ai aussi une vie à mener et une indifférence à cultiver. Je voulais juste vous raconter une dernière anecdote sur Les Guignols mais hélas mon souvenir est flou. Je n’arrive plus à me rappeler ou j’étais et avec qui, mais bon c’est pas grave, je vais essayer de le reconstituer…

Un jour que je me poilais devant le show, un (ou une) ami  était venu me rejoindre et m’avait demandé ce que c’était. Je lui avais expliqué le principe et cette personne – je ne me souviens plus du tout d’où elle venait… – avait complètement halluciné sur le fait que c’était possible de faire cela en France, de se foutre de la tronche des politiciens, des journalistes et des experts de la sorte sans subir de représailles et m’avait dit que dans son pays, personne n’aurait osé faire ça et aurait été bien puni dans le cas contraire.

J’ai oublié les détails de ce moment mais je n’oublierai jamais la fierté qui m’avait envahie et la joie que j’avais ressentie en mesurant la chance que j’avais d’appartenir à une nation qui permettait cela, ou l’on pouvait rire de tout, même du pire –  surtout du pire -, et je pensais alors que personne ne nous enlèverait ce droit.

A la lumière des événements de ces derniers mois, je dois reconnaître que j’avais tort.

Je vous quitte avec les mots de Philippe Lançon, un des rescapés de la tuerie de Charlie Hebdo, quelques jours après le drame :

« Et nous étions tous là parce que nous étions libres, ou voulions l’être le plus possible, parce qu’on voulait rire et nous affronter sur tout, à propos de tout, une petite équipe homérique et carnassière, et c’est justement cela que les hommes en noir, ces sinistres ninjas, ont voulu tuer (…) Il faut que nous puissions tous rire et informer de nouveau et plus que jamais pour eux, (…) loin des pouvoirs et de leurs excès ».

#JesuislesGuignols

Pas touche...
Pas touche…
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3 réflexions sur “Je suis Les Guignols

  1. Euh moi, j’ai vu plein de statuts et autres dès le début de la rumeur, on ne doit pas suivre les mêmes cercles d’infos^^ même les journalistes papiers et les politiques se mettent à la défense des guignols

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    1. Effectivement ça s’est mis a bouger. Ouf. Parce qu’hier depuis le Cambodge, je peux vous dire que ça n’en avait pas trop l’air… Mais globalement je trouve quand-même que la mobilisation peine un peu et que les gens se perdent en faux-débat, genre « Les guignols, est-ce toujours aussi drôle? », comme si c’était le sujet!!! (et puis comme si ce n’était pas totalement subjectif de toutes façons)

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