Comment marche le terrorisme

Cet article est une modeste traduction faite par moi-même de l’article How terrorism works publié par Mark Manson sur son blog à l’occasion des attentats de Boston en avril 2013. Il me parle. Je le trouve bien pensé, plein de sagesse moderne, comme toujours chez Mark Manson. J’espère que cela en aidera plus d’un à faire face à ce drame et à adopter l’attitude la plus intelligente et la plus positive possible… Peace.

Je comptais au départ poster cette semaine un article sur les réactions émotionnelles exagérées. Mais à la lumière des explosions qui ont eu lieu hier à Boston, j’ai voulu plutôt prendre un moment pour commenter cela.

Le terrorisme est une forme de guerre psychologique dans le sens le plus littéral du terme. Son pouvoir tient au fait qu’il tire profit des dysfonctionnements de l’esprit humain et de la tendance des gens à prendre des décisions stupides quand ils sont en proie à la peur.

Les bombes hier ont tué 3 personnes et en ont blessé 100 de plus [NdT: en France, c’est plus de 120 morts et près de 400 blessés. C’est bien davantage mais le propos n’en est pas moins valide]. Quand tout sera terminé, il y aura probablement une douzaine de morts. C’est tragique et bouleversant.

Mais 115 personnes meurent chaque jour aux États-Unis dans des accidents de voiture. Environ 125 à cause d’un accès restreint à des soins. 1162 meurent à cause de maladies liées à la cigarette – ce qui est énorme. Et 150 personnes se suicident chaque jour.

A l’échelle du monde, ce type d’événement est un terrible moment à passer, mais qui passera. Aussi vite qu’il est arrivé. Pourtant cela génère chez nous une réaction émotionnelle bien plus forte que pour tout autre type d’événement. Tout le monde en parle. On ne peut aller nulle part sur Internet sans lire des choses sur la question. Pourquoi?

Des recherches psychologiques ont montré que les humains étaient dotés d’un certain nombre de mécanismes déclenchant la peur, des mécanismes qui nous laissent bien plus terrifiés qu’on ne devrait l’être face aux menaces réelles.

Le premier opère lorsqu’un acte de violence est aléatoire. Si la violence est dirigée sur un individu ou un groupe spécifique, il est facile de la chasser comme étant le problème de quelqu’un d’autre. Ils sont peut-être morts mais nous, nous allons bien. Mais quand l’acte est dirigé contre n’importe qui, nos esprits ont une sacrée tendance à supposer que nous sommes les prochains sur la liste. C’est le même parti pris perceptuel qui fait acheter des tickets de loto aux gens, cette même vision égocentrique que nous sommes toujours, quelque part, un parmi des millions.

Ensuite, le terrorisme est un acte public. Le terrorisme vise intentionnellement des endroits publics de sorte que, même s’il ne tue personne, la plupart des gens vont en être témoins et se sentir affectés. C’est la symbolique du terrorisme. Plus l’événement sera significatif, plus la violence sera ressentie avec magnitude. Si la bombe avait explosé dans une maison de retraite dans le Wyoming [NdT: ou la Lozère], il y a de fortes chances que cela n’aurait touché personne. Et, malheureusement, on le ressentirait moins, même si cela avait tué plus de gens.

Enfin, le terrorisme tire profit du mécanisme de la peur. Les humains sont programmés pour penser que la peur est plus importante que toute autre émotion; par conséquent, nous sommes plus enclins à la partager, à la diffuser et, oui, à en être les spectateurs. La résultante est qu’elle se répand dans la société comme un virus, renforçant encore et encore pour quiconque en est le témoin l’idée qu’il est le prochain sur la liste.

C’est pour cette raison que tout le monde monologue sur twitter et facebook à quel point ils sont bouleversés. Que les médias sortent de nulle part des articles remplis de nouvelles non-confirmées. Que le voyeurisme se répand car personne ne peut détourner les yeux des horribles photos et vidéos. Tout le monde s’investit dans le drame. Tout le monde se sent en droit de ressentir ces émotions terribles. Et tout le monde continue ensuite de répandre la peur comme une maladie.

Le problème de ce processus est qu’il est exactement ce qui rend le terrorisme puissant: notre réaction face à lui. Le terrorisme dépend de la tendance des victimes à être trop centrées sur elles-mêmes pour regarder la situation à l’échelle de la population. Il dépend de la tendance des gens à être bien-pensant et paranoïaques et à rester scotchés aux news pendant 12 heures d’affilée. Il dépend de la tendance des gens à se laisser envahir par la croyance irrationnelle « Je suis le prochain sur la liste ».

C’est le drame poussé à son paroxysme, le plus réel des shows de télé réalité. Et lorsqu’on s’y fait prendre, on ouvre la porte à des sentiments répugnants. Apparemment, une journaliste de FOX news a tweeté: « Tuez tous les arabes ». Les gens sur facebook se mettent à poster des diatribes sur la politique étrangère des États-Unis, sans même savoir qui a causé les attentats et pourquoi. Les histoires tire-larmes abondent ce matin sur un type lambda qui a essayé de porter un autre type lambda qui avait perdu sa jambe, sur les coureurs du marathon accourus à la banque du sang même s’il n’y avait pas de sang à donner, et bien sûr sur les incontournables banalités des politiciens sur la patrie, la force, la justice, bla bla bla.

Ma réaction première n’a pas été différente de celle de tout le monde: le choc, l’incrédulité, la peur, la tristesse. Mon cousin a couru le marathon et a fini une heure avant que l’explosion ait lieu (il va bien). Beaucoup de mes amis vivent encore à Boston et à bien des égards je considère cette ville comme mon chez-moi. Merde, j’étais debout, à ce coin de rue, il y a à peine 6 jours, à attendre un ami pour dîner. C’est surréaliste et horrifiant.

Mais ça s’arrête là. Cet incident, honnêtement, n’a pas de rapport avec moi. Et n’a pas de rapport avec vous non plus. A moins que vous ne connaissiez une des 100 personnes allongées au Mass General Hospital en ce moment ou que vous étiez à Boylston hier quand c’est arrivé, cela n’a pas de rapport avec vous [NdT: c’est moins vrai pour les attentats de Paris où le nombre bien plus élevé de victimes fait que beaucoup d’entre nous peuvent établir des liens directs ou indirects avec ceux qui étaient sur les lieux du crime et n’en ont peut-être pas réchappé, d’où le fait que nous nous sentions extrêmement concernés… Mais quand bien même].

Pleurez la tragédie. Ressentez la colère, la tristesse, l’égarement. Et tournez la page. Il ne s’agit pas de vous, ni de moi, ni de votre tante qui a habité là bas à une époque et Oh mon Dieu du copain de mon frère qui travaillait avant dans un bâtiment à trois pâtés de maison de là…

Il ne s’agit même pas de pays ou de religion. Il s’agit de meurtriers fous, de victimes et de policiers.

C’est tout.

Le terrorisme est un fait de notre temps. Internet et les infos en continu lui permettent d’exister. Mais c’est surtout une arme psychologique. Une bombe fait peu de dégâts. Détourner un avion fait peu de dégâts. Même le fait de faire exploser un bâtiment entier fait peu de dégâts. C’est la peur, la paranoïa, la culpabilité et la haine des millions de personnes qui en sont les spectateurs qui font des dégâts. Et des dégâts insidieux.

Pendant la deuxième guerre mondiale, les Allemands ont tenté de bombarder l’Angleterre pour la mettre à terre. L’idée était de lâcher des bombes sur la population anglaise pour que Churchill retire son pays de la guerre qui avait lieu sur le continent. C’était du terrorisme poussé à l’extrême. Des gens meurent chaque jour de cette façon.

Depuis cette période, une phrase anglaise célèbre a fait son apparition: Keep calm and carry on*. La mort est terrifiante si vous la laissez être terrifiante. Ce genre d’actes terribles auront sur vous l’emprise que vous leur laisserez avoir. Ressentez les émotions, exprimez les émotions, mais n’en devenez pas le jeu. Ne donnez pas d’eau à de vains moulins. Cela ne fera que vous bouleverser davantage et vous rendra encore moins capable de gérer la situation. Éduquez-vous. Ne vous laissez pas aliéner par la peur. N’adhérez pas à la haine. Il s’agit d’un crime et nous avons un système en place qui s’occupe des criminels.

Just keep calm.

And carry on.

peace

[*NdT: Je trouve la formule plus belle en anglais donc j’ai choisi de la laisser telle quelle mais pour les non-bilingues qui me lisent, cela pourrait se traduire par « Gardez votre calme et poursuivez votre route »].

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