Mieux manger en 6 étapes

Si vous trouvez que ce blog commence à ressembler à du grand n’importe quoi, je vous arrête tout de suite : je suis bien d’accord avec vous. Après avoir abordé la question du vote et de son contraire l’abstention, après avoir épilogué sur les grands principes éthiques qui devraient régir notre vie sexuelle, me voilà de retour avec un de ces articles bidons sur le nouveau régime miracle qui vous garantit de perdre 60 kilos en 2 semaines… Mais que se passe-t-il donc ?!

Bon, plus sérieusement, à ma petite échelle je n’y vois pas vraiment d’incohérence. Mais suis-je une fille cohérente ? Je ne peux pas vous dire, j’attends encore le résultat des tests.

La logique de ce blog (car elle existe) est de vous proposer des pistes de changement pour rendre le monde plus beau. Et le panel de ces pistes est aussi large que le monde est moche, autrement dit : infini.

Donc si d’un côté on parle de couple, de l’autre de politique et d’un autre encore d’alimentation, n’y voyez pas d’incohérence, ce sont juste quelques domaines (parmi tant d’autres) qui nécessitent que l’on s’en préoccupe sérieusement si on veut faire un peu bouger les choses.

Bon, en revanche si vous vous attendez à ce que je vous propose le régime miracle anti-graisse, anti-calorie, anti-bourrelets, anti-cellulite, anti-tout, vous allez être déçus. Et si vous vous attendez à perdre très vite beaucoup de kilos, vous risquez encore une fois d’être très déçus. Je ne crois pas du tout à ces approches, je doute fortement qu’elles marchent à court terme et je pense même qu’à long terme elles sont plutôt contre-productives, voire destructrices et décourageantes.

Non, moi ce en quoi je crois, ce ne sont pas en des objectifs inatteignables et des changements radicaux mais en des changements progressifs, aux vertus de la patience, en l’adoption de nouvelles habitudes durables impliquant une réelle transformation.

C’est pourquoi la « méthode » que je vous propose (appelons-la comme ça même si ça ne me plait pas beaucoup) se décompose en 6 étapes, qui elles-mêmes s’étalent sur… 6 mois.

Non, pas trois mois, SIX MOIS bande de nouilles.

Alors oui, je sais, six mois, c’est long. Très long. On n’en voit pas le bout à vrai dire. Nous, ce qu’on veut, c’est tout changer maintenant. On ne veut pas attendre six mois pour avoir une meilleure alimentation, être en pleine forme et avoir le corps de Shakira/Ryan Gosling.

 

See original image
Ahuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu 😛

Mais faites-moi confiance. Vraiment. Parce que non seulement dans six mois, si tout va bien (c’est-à-dire si vous suivez mes conseils) vous aurez adopté une alimentation beaucoup plus saine mais surtout vous l’aurez fait sans même vraiment vous en rendre compte; vos nouvelles habitudes seront ancrées en vous et seront devenues des automatismes auxquels vous n’aurez plus à réfléchir. Vous mangerez sainement sans y songer et sans avoir l’impression de vous priver de quoi que ce soit, pour toujours !

Franchement, 6 mois face à l’éternité (oui car en plus, vous vivrez éternellement…), ça parait soudain bien peu de temps non ? 😉

Ma « méthode » miracle réside dans la force de l’habitude. Elle m’est venu à l’esprit à la suite de la lecture d’un article de Mark Manson (un super bloggeur de développement personnel que je vous invite à découvrir) (bémol : ses articles ne sont disponibles qu’en anglais) sur la différence entre objectifs et habitudes et en gros, pourquoi ces foutues résolutions de nouvelle année, ben on arrive jamais à les tenir.

Je vous explique en trois mots ce que j’en ai retenu.

On a tous toujours tendance à se focaliser sur des objectifs de long terme (« Je vais perdre 10 kilos d’ici 3 mois », « Je vais économiser 10000 euros cette année ») plutôt que sur des changements immédiats d’habitudes (« Je vais manger des légumes frais à tous les repas », « Je fais faire un virement automatique sur mon Livret d’épargne toutes les semaines ») parce que se fixer des objectifs est, dans l’immédiat, plus attirant, plus excitant, plus stimulant. Nous visualisons à l’avance le résultat et cela nous motive fortement, dans un premier temps en tous cas. A l’inverse, changer ses habitudes parait rasoir et infructueux. Il n’y a pas vraiment d’objectif car celui-ci découle naturellement des changements quotidiens que l’on aura laborieusement mis en place. Il devient juste un effet secondaire et soudainement, cela a l’air beaucoup moins stimulant.

Et pourtant les recherches montrent qu’à long terme, il est bien plus productif de se concentrer sur construire de nouvelles habitudes plutôt que de se fixer des objectifs lointains. Notre temps, notre énergie, notre motivation sont limitées et tôt ou tard ils s’épuisent et nos buts nous semblent soudain de plus en plus inatteignables. A contrario, si on investit ce temps, cette énergie, cette motivation dans la construction de nouvelles habitudes, celle-ci deviendront des automatismes. Après un temps (une trentaine de jours d’après certaines recherches en fonction évidemment des habitudes et des personnes), la chimie du cerveau change et manger 5 fruits et légumes par jour ou se lever pour aller courir deviennent quelque chose de naturel et non plus un effort à fournir.

See original image

Donc, en intégrant pas à pas de nouvelles habitudes alimentaires plutôt que de changer radicalement de régime, vous vous engagez sur un processus bien plus efficace que celui proposé par le énième régime miracle.

Je pars donc sur une base de six mois, avec de petits changements à mettre en place tous les mois. Libre à vous d’adapter mais je vous recommande sincèrement d’y aller doucement pour ne pas vous décourager. Ne passez à l’étape suivante que si la précédente est bien intégrée et vous parait complètement naturelle.

Quid « mieux manger » ?

Ah oui avant de s’y mettre il faudrait peut-être définir ce que j’entends par « mieux manger »…

Alors donc. Je ne vous fais pas un topo sur l’alimentation végétale mais sachez qu’elle va être à l’honneur dans cet article. Si vous êtes (encore) complètement réfractaire, shame on you vous feriez mieux de passer votre chemin… L’idée n’est pas de vous faire complètement arrêter viande, produits laitiers et œufs à tout jamais si vous ne le souhaitez pas mais de reconnaître qu’une alimentation la plus saine possible fait la part belle à tout ce que Mère Nature a à nous offrir en faisant le plein de fibres, de vitamines, de minéraux et d’antioxydants sans ingérer cholestérol et acides gras saturés à outrance et sans se carencer pour autant en protéines, calcium et fer.

Je ne rentre même pas dans des considérations éthiques parce que d’une part le sujet est suffisamment rabattu en ce moment (et que vous pouvez lire mon article sur le sujet ici) et que d’autre part, l’idée ici est de se concentrer sur le volet « Santé », autrement dit mieux manger pour être en meilleure santé, être en meilleure forme, perdre éventuellement quelques kilos, être bien dans son corps et dans sa tête, en gros.

Voilà, je ne vous incite en aucun cas à abandonner totalement votre hamburger ou votre plateau de fromages mais je vous invite dans un premier temps à plutôt ajouter de nouveaux aliments avant d’en limiter d’autres peu à peu. C’est bon, on reste copains ? 🙂

Bon, alors j’arrête mon topo et je passe au concret !

See original image

1ère étape : Des légumes à tous les repas

Ça parait tout simple et pourtant je suis assez certaine qu’une grande partie d’entre vous est loin de manger trois véritables portions de légumes par jour. Quand je dis portion je parle d’un vrai truc significatif. La feuille de salade en déco, la cuillère à soupe de sauce tomate dans les pâtes ou les trois tranches de concombre dans le sandwich, ça ne compte pas ! Faites le test sur une semaine : comptez combien de repas sans légume vous mangez et vous verrez (ah oui et la patate n’est pas un légume hein !).

Je pense que le plus simple dans un premier temps, et surtout si vous cuisinez peu, pour intégrer des légumes à chaque repas c’est de les cuisiner en entrée, en soupe l’hiver, en crudité l’été (ou l’inverse). En plus, c’est vite fait. On coupe, on cuit dans de l’eau et on mixe ou on mélange tout avec une petite vinaigrette et hop, c’est prêt. Préparez-vous de grandes quantités de soupe pour la semaine, râpez-vous un saladier entier de carottes ou de céleri, faites cuire 3 ou 4 betteraves rouges à couper et à assaisonner avant chaque repas, faites le plein, selon la saison, de tomates, de concombre ou d’avocats, ayez toujours de quoi faire une salade en accompagnement dans votre frigo (feuilles vertes, endives, chou rouge ou blanc…).

Une autre astuce est d’avoir des légumes rapides à préparer, surgelés ou en conserve (conserve en verre si possible parce que l’alu, c’est un peu dégueu) mais bon, rien ne vaut le frais et le cuisiné maison 🙂

Et sinon, pensez ratatouille, gratin de chou-fleur, de brocoli ou de chou de Bruxelles (SI, C’EST BON), petits pois, haricots verts, purée de courge, de céleri ou de carotte, gaspacho, poivrons farcis, curries de légumes, sauces aux champignons, poireaux, oignons… Bref, il y a mille et une façons de manger des légumes à tous les repas, il suffit d’en prendre l’habitude.

Concernant le petit-déj… Pourquoi ne pas tenter de relever le défi d’y intégrer des légumes. Bon, pas en avalant de la choucroute tout en regardant le soleil se lever mais il est assez facile de mangez des légumes au petit-déjeuner, notamment en se préparant des smoothies à base de fruits et de légumes (qui, de plus, feront baisser l’indice glycémique de votre repas, vous permettant de vous sentir rassasié plus longtemps).

See original image

Exemple de légumes à smoothie : les feuilles vertes (épinards, kale, mâche), courgette crue, concombre, céleri branche, avocat, betterave cuite (ou crue), carotte, courge cuite (ou crue), etc. A mixer allègrement avec bananes, poires, pommes, kiwis, baies, jus de citron ou d’orange, lait (végétal ou non), chocolat en poudre, fruits secs, purée d’oléagineux, beurre de cacahuète… Eclatez-vous !

(Pour les débutants, plein de recettes de smoothies sympas ici).

Et sinon, mettez des épinards, des champignons ou des tomates dans vos œufs brouillés du matin, confectionnez-vous des wraps aux crudités, cuisez un bon gros cake salé aux olives et aux tomates séchées, faites vous des petits déj libanais avec du caviar d’aubergine, indiens avec des samosas végétariens ou asiatique avec une soupe de nouilles aux légumes. Soyez créatifs!

Enfin sachez qu’il est très facile également d’intégrer des légumes dans les desserts, gâteaux et gourmandises… Mais c’est une autre histoire.

Ça y est, vous ne concevez plus un repas sans un tiers de verdure dans l’assiette… ? Alors on passe à la suite !

See original image

2ème étape : Des fruits, plein de fruits tous les jours

Celle-là est plutôt fastoche, quoique. Une fois de plus, combien sommes-nous à passer des journées entières sans manger de fruits alors qu’avec les légumes, ce sont nos meilleurs alliés vitamines, fibres, minéraux et antioxydants, bref, nos alliés santé, et que, contrairement à certaines idées reçues, non, les fruits ne font pas grossir et la plupart d’entre eux ont en fait un indice glycémique faible.

Donc hop hop hop, pendant un mois, on prend l’habitude de manger trois portions de fruits par jour. Par portion, j’entends ce qui tient dans la main : une pomme, une poire, une pèche, deux prunes, deux gros abricots, un gros kiwis ou deux petits, deux clémentines, une poignée de framboises, de mûres, de cerises… Got it ?

Et bien sûr on en fait des desserts : des gâteaux, des compotes, des crumbles, des sorbets, des tartes, des muffins, des smoothies, on se presse des oranges et des citrons, on boit de l’eau de coco, on met du lait de coco dans ses plats (en remplacement de la crème fraiche) et tout le toutim !

On n’oublie pas les fruits séchés non plus : dattes, pruneaux, figues, abricots à fourrer dans le sac et à picorer à toute heure du jour (et de la nuit). Et pourquoi ne pas en faire des crufitures pour le petit-déjeuner ?

Enfin, on se met également aux fruits à coque : amandes, noisettes, noix de cajou, de Grenoble, de macadamia, du Brésil, cacahuètes, pistaches… Allez-y, ça ne fait pas grossir (sérieusement) ! Au contraire, les fruits à coque ont un index glycémique bas et 85% des graisses qu’ils contiennent sont polyinsaturées ou mono-insaturées, autrement dit excellentes pour la santé. Ce sont les bons gras, ceux dont notre corps à besoin pour nourrir ses cellules et lui permettre de lutter contre le cholestérol et les maladies cardio-vasculaires. D’ailleurs des études montrent que les boulotteurs de fruits à coque sont nettement moins sujets à l’obésité et aux maladies associées (diabète, hypertension…). Enfin, les fruits à coque sont extrêmement riches en minéraux comme le magnésium, le zinc, le cuivre, le phosphore et en vitamine E.

Donc finissons-en avec la mauvaise réputation de « grasses » que se trainent nos copines les noix et gavons-nous ! En plus, elles sont très rassasiantes et permettent de combler une fringale en un rien de temps alors pourquoi s’en priver ?

3ème étape : Du cru à chaque repas

See original image

Si vous avez intégré les étapes 1 et 2 il y a de bonnes chances que vous mangiez déjà un peu, voire beaucoup plus d’aliments crus qu’avant. En particulier pour les fruits. Mais il n’y a pas que les fruits et les légumes. Plein d’autres ingrédients crus peuvent être facilement intégrés à votre alimentation. Je vous en dresse une petite liste non-exhaustive :

  • Oléagineux (tous les trucs qui produisent de l’huile) et fruits à coque : amandes, noix, pistaches, cacahuètes, sésame, (tout cela existe aussi sous forme de purée ou de « beurre »), noix de coco sous toutes ses formes (eau, huile, lait, crème, copeaux) ;
  • Graines : de tournesol, de citrouille, de lin, de sésame, de chia, de sarrazin…
  • Graines germées (un petit article passionnant sur la question) ;
  • « Laits » végétaux (pas tous !) : coco, amande, cajou… A faire soi-même ou non ;
  • Fruits et légumes frais ;
  • Fruits et légumes secs (dattes, figues, pruneaux, tomates séchées…) ;
  • Certaines racines comme le gingembre, le curcuma…
  • Huiles pressées à froid ;
  • Herbes fraîches ;
  • Épices ;

Le crudivorisme est un monde alimentaire à lui tout seul et je commence à peine à l’explorer (attention je ne dis pas que je vais m’y mettre à 100% et je récuse fortement tous les dogmes prétendant que manger cru guérit le cancer et que manger cuit c’est manger des aliments « morts » qui souillent notre organisme).

Pourquoi manger cru ? Parce que les aliments crus sont bien plus riches en vitamines que les aliments cuits, que manger cru signifie faire le plein de nutriments et que beaucoup de composés présents dans les aliments sont hélas détériorés par la cuisson (même si ce n’est pas vrai pour tous les modes de cuisson et pour tous les aliments mais en gros). Sans passer au 100% cru, intégrer du non-cuit à son alimentation ne peut être que bénéfique.

Partez sur la base de 3 portions par jour. Par exemple :

  • Un smoothie ou des fruits frais au petit-déjeuner (ou de la crufiture);
  • Des crudités, une soupe crue ou des graines germées avec votre déjeuner ou des pâtes au pesto à base de basilic frais ou de tomates séchées;
  • Une poignée de noix ou un verre de lait végétal dans l’après-midi ou le soir.

4ème étape : Troquez pâtes, riz et pain contre céréales et légumineuses

Une autre grande découverte que j’ai eu le plaisir de faire en devenant (quasi) végétalienne, c’est la diversité du monde des céréales et légumineuses – ou comment définitivement clouer le bec à tous les petits génies de la barbaque qui vous demandent encore avec un rictus narquois: « Mais vous mangez quoooooiii à part de la salade verte? » (sic)

See original image

Même si je reste une inconditionnelle des spaghettis et du riz basmati, je n’en mange plus qu’une à deux fois par semaine. Alors je mange quooooiiii? Ben des lentilles (vertes, corail, jaunes), des pois (chiche, cassés…), des haricots (rouges, blancs, noirs), du soja (si! et même du tofu figurez-vous), du millet, de la quinoa (boooouuuuh c’est pas local je sais mais c’est trop bon), du sarrazin, de l’avoine, du tapioca et du pain à toutes sortes de farines. Bref, c’est le moment d’aller faire un tour dans le rayon « vrac » du magasin bio du coin…! (en plus vous vous en tirerez en payant autant qu’au franprix, voire moins).

Contrairement à ce que l’on entend couramment dans les milieux carnophiles (je ne sais pas si ce mot existe mais OSEF), non les hommes n’ont pas toujours mangé de la viande, ou sûrement pas tous les jours. Pendant des millénaires, céréales et légumineuses constituaient LA source de protéines de leur alimentation. Pauvres en graisses et riches en glucides complexes, en minéraux (fer, magnésium, calcium…) et en vitamines, les légumineuses et les céréales répondent à elles-seules à un grand nombre de nos besoins nutritionnelles. Leur haute teneur en fibres en font des aliments à fort pouvoir rassasiant et leur index glycémique faible leur donne une place de choix dans le cadre d’un régime amaigrissant (l’index glycémique – dont j’ai parlé plusieurs fois – c’est ce qui mesure le pouvoir d’un aliment à faire fluctuer le taux de glycémie dans le sang via l’action de l’insuline, l’hormone du stockage. En gros, plus l’index glycémique d’un aliment est faible, moins il provoquera de pic d’insuline, et moins vous stockerez de graisse).

Donc non et non, céréales (complètes) et légumineuses ne font pas grossir. Ils apportent à votre corps les calories dont il a besoin pour fonctionner correctement, ainsi que tellement de bons nutriments qu’on ne peut plus les compter. N’hésitez donc plus à en mettre partout et à les cuisiner de toutes les façons imaginables : soupes, curries, gratins, salades, chilis, purées (genre hummus), croquettes, hamburgers veggie and cie.

Pendant quatre semaines, partez à la découverte de ces petits grains magiques. Chaque semaine, forcez-vous à acheter trois céréales ou légumineuses que vous n’avez pas l’habitude d’acheter et à les cuisiner. Pour ce faire, je vous laisse explorer la richesse de l’Internet Mondial. Je ne vais pas non plus vous faire tout le boulot, hein ! 🙂

5ème étape : Réduire (ou arrêter) la viande

Vous la voyiez arriver ? 🙂

Elle ne vous fait peut-être pas plaisir mais elle est incontournable. Une alimentation saine, c’est une alimentation pauvre en produits carnés, c’est indiscutable. Je ne dis pas que manger de la viande n’est pas un plaisir (pour certains), mais question santé, on repassera.

Même si la viande contient un bon nombre de nutriments dont notre corps a besoin, d’une part ces nutriments sont également présents en quantité suffisante dans une diète végétale diversifiée et équilibrée et d’autre part, ces nutriments viennent avec un certain nombre d’autres apports dont on se passerait bien : graisses saturées, cholestérol, antibiotiques, hormones, plastiques (notamment dans les poissons)… sans compter les zoonoses, les maladies transmises à l’homme par les animaux d’élevage industriel (salmonelle, SRAS, grippe aviaire, vache folle et autres joyeusetés).

De nombreuses études établissent des corrélations entre une consommation excessive de viande (et autres produits d’origine animale) et des maladies telles que le diabète, l’obésité, certains cancers et les maladies cardiovasculaires (qui restent quand-même la première cause de mortalité dans les pays développés… c’est-à-dire les pays dont le régime est essentiellement basé sur les produits animaux. Cherchez l’erreur).

Et encore une fois je n’évoque même pas les questions éthiques que posent les régimes riches en viande et en produits laitiers mais sachez, juste pour rappel, que l’actuel mode d’alimentation des pays riches cause un désastre environnemental terrible, une souffrance et un génocide animal sans précédent et a des répercussions sur l’ensemble de l’humanité, dont, rappelons-le, un tiers souffre de la faim ou de la malnutrition…

Voilà voilà…

Arrêter la viande du jour au lendemain lorsqu’on en mange tous les jours relève de la mission impossible. Mais encore une fois, l’objectif n’est pas de se dire qu’on veut définitivement avoir tout arrêté dans trois mois mais qu’on veut, ce mois-ci, commencer à en limiter sa consommation. La première semaine, on peut se dire que l’on n’en mangera qu’une fois par jour, sauf le week-end. Puis la deuxième, étaler ce « une fois par jour » jusqu’au week-end. La troisième, on peut tenter le coup de passer une semaine totalement végétarienne pour garder la viande pour le week-end (ce qui était souvent ce qui se passait chez nos grands parents et arrières grands-parents !). Enfin la quatrième semaine, on tente le 100% vég’ ! Et on voit ce que cela donne. Chacun son rythme, en fonction de votre motivation à arrêter les produits animaux.

Ne vous mettez pas à imaginer l’horreur que sera votre vie si vous arrêtez ou limitez drastiquement la viande et les produits laitiers ! Voilà encore un effet pervers d’imaginer le résultat à l’avance : l’image que vous vous en ferez sera forcément fausse. Tout comme, malgré tous vos efforts, vous n’aurez sûrement jamais le corps de Bradley Cooper ou de Beyoncé (sorry about that), manger essentiellement végétal ne fera pas du tout de votre vie un enfer, vous pouvez me croire 🙂

Voyez petit. Un jour après l’autre. Et le mois prochain, on verra…

6ème étape : Réduire (ou arrêter) les produits laitiers

Quoi ?! Arrêter la viande ne suffit pas, il faut aussi réduire ou arrêter le lait, la crème, le beurre et ***OH DEAR GOD*** le FROMAGE ?!

Ben… Vous faites comme vous voulez mais mon objectif étant ici d’écrire un article sur comment manger plus sainement, je ne vais pas vous mentir : les produits laitiers, niveau santé, c’est loin d’être le top.

Je sais, ce n’est pas du tout ce qu’on entend en général. Les sons de cloche en sont plutôt à nous répéter que les produits laitiers sont nécessaires pour avoir des os solides, que leur calcium est bon pour notre santé et qu’il faut plutôt en consommer trois fois par jour que pas du tout.

Hmm… Je ne vous fais pas un topo sur les influences des lobbys sur les médias et les politiques, hein? Eh bien le lobby du lait il est très TRÈS puissant. Donc pour avoir des infos objectives et fiables, ce n’est pas vraiment de ce côté-là qu’il faut se tourner.

Le premier article que j’ai lu sur le sujet est l’article No milk today, d’Antigone XXI, ma blogueuse végane fétiche, et dont je ne peux que vous recommander la lecture.

Qu’y apprend-on ? S’appuyant sur le rapport Campbell, une des études les plus importantes sur les rapports entre consommation de produits animaux et maladies, Antigone nous explique que le lait, en plus d’être très riche en graisses saturées difficiles à digérer et « fatigantes » pour l’organisme, est un aliment inadapté pour l’homme. Je vous copie-colle le paragraphe, ça sera plus simple :

« Boire le lait d’une autre espèce que la sienne signifie que l’on consomme un produit au code génétique inadapté pour la nôtre. En effet, les hormones contenues dans le lait sont des véhicules d’informations et elles transmettent à l’hypophyse du bébé (humain ou non) des informations spécifiques pour cette espèce particulière. La question est donc : les informations de croissance d’un veau d’une demi-tonne sont-elles les mêmes que celles d’un nourrisson de 3-4 kilos ? Pas vraiment… C’est cette même perturbation du mécanisme sensible du système hormonal qui est la cause de troubles de l’organisme qui peuvent se manifester sous la forme d’intolérances ou d’allergies. Plus grave encore, ces troubles peuvent participer au développement de maladies auto-immunes, elles-mêmes révélatrices de dysfonctionnements du système immunitaire. La responsabilité des produits laitiers dans le diabète de type 1 a été particulièrement bien étudiée et nous permet d’y voir plus clair. »

Je ne sais pas vous mais… moi ça me parle en fait. Je trouve ça assez logique.

En outre, lorsque nous grandissons et arrivons à l’âge adulte, nous perdons la quasi-totalité de nos lactases, les enzymes permettant de digérer le lait maternel dont nous avons besoin lorsque nous sommes bébés. La digestion des produits laitiers s’avère problématique pour les adultes et, à long terme, toxique pour l’organisme.

La question du calcium est par ailleurs un mythe monté de toute pièce et non, le lait ne rend pas les os solides. Les protéines animales contenues dans la viande et les produits laitiers sont très acidifiantes pour l’organisme. Cette acidité anormale est compensée par le corps par un élément : le calcium. Le corps, pour contrebalancer son acidification, doit mobiliser ses réserves de calcium et le puiser dans… les os ! Avec fractures et ostéoporose à la clé. Certes les produits laitiers contiennent du calcium mais leur consommation vide également notre corps de ses réserves naturelles en cet élément. On tourne en rond.

Bref, ça fait pas mal de raisons pour se mettre au lait de soja, au lait de coco, à la crème d’amande et au beurre de cacahuète vous ne trouvez pas ? 🙂

See original image

Cette fois encore, commencez doucement. Pendant un mois, essayez les substituts végétaux au lait et à la crème. Dans la plupart des recettes, vous n’y verrez que du feu (faites moi confiance) ! Pour le beurre et le fromage, il est plus difficile de trouver des substituts intéressants mais rien n’empêche d’en limiter sa consommation petit à petit. Et puis un de ces 4, venez manger chez moi, je vous ferez des végan mac’n’cheese dont vous me direz des nouvelles 😉

See original image
Ou alors vous essayez vous-même tiens! (suffit de cliquer sur l’image pour la recette)

J’espère que cet article vous aura plu et saura vous être utile si vous cherchez, dès maintenant ou un jour, à « healthyfier » votre alimentation. Sur ce, moi je vais aller acheter des lentilles du tofu fumé au bois de hêtre.

A bientôt les bonnasses en devenir.

 

 

Ethique et relations amoureuses : Que veut dire « Tromper » dans un couple ?

Nous avons tous été en couple au moins une fois dans notre vie. Et dans de telles circonstances, nous avons tous considéré que certaines choses allaient de soi. Par exemple :

  • On construit quelque chose ensemble. Par conséquent, on parle d’avenir, de ce qu’on attend de la vie, du projet qu’on aimerait construire en commun, quelque soit son contenu (voyages, enfants, maison…) ;
  • On prend soin l’un de l’autre, on est là en cas de coup dur, on sait qu’on peut compter sur l’autre et que l’autre peut compter sur nous et pas seulement en cas de coup dur d’ailleurs ;
  • On partage la vie l’un de l’autre, même si c’est à des degrés différents selon le couple et sa durée. Chacun connait les amis de l’autre, sa famille, son chez-soi s’il n’y a pas cohabitation ;
  • On partage en général bien plus de choses que cela : une certaine vision de la vie, des idées, des principes, des valeurs, une histoire peut-être.
  • Etc.

Et puis surtout on couche l’un avec l’autre. Et uniquement l’un avec l’autre. Et même si de plus en plus de voies s’élèvent pour questionner cet état de fait reçu comme indiscutable, on reste grandement conditionné à le prendre pour quelque chose de parfaitement naturel et justifié : quand on est en couple et qu’on est amoureux, on n’a pas à aller chercher du sexe ailleurs, ni à être attiré par quelqu’un d’autre, ou en tous cas pas au point de passer à l’acte. C’est comme ça et pas autrement.

Or, plus je réfléchis à la question, plus je me dis qu’on se trompe. Que non seulement, on peut très bien être amoureux, heureux en couple et être attiré ailleurs mais qu’en plus passer à l’acte ne constitue en rien un crime impardonnable aux conséquences systématiquement désastreuses qui justifierait le lynchage public et la vindicte éternelle. Qu’au contraire il relève d’un acte émancipateur et que la pression à l’exclusivité sexuelle, imposée par un modèle conjugale rigide et impitoyable et par des repères moraux archaïques, est illégitime, injuste et autrement plus dévastatrice.

Et tout de suite : le pourquoi du comment !

Petite mise au point éthique

« Disposer librement de soi ». La formule peut paraitre pompeuse dite comme cela. Elle n’en est pas moins inscrite au cœur des libertés fondamentales s’attachant à la sauvegarde de la personne et reconnaissant à chacun le droit d’être maître de soi-même dont le respect conditionne l’existence de toutes les autres libertés.

Ce principe de Libre disposition de soi regroupe en l’occurrence deux droits essentiels : le Droit à l’intégrité physique (en gros le droit à la vie et au respect du corps – et sur lequel je ne m’attarde pas) et le Droit de disposer librement de son corps.

Qu’est ce que ça veut dire, « disposer librement de son corps » ? Eh bien cela veut dire plusieurs choses relatives par exemple au droit de donner ses organes, d’attenter à sa propre vie, d’avorter, de se prostituer, de changer de sexe, d’utiliser un contraceptif, de se faire stériliser, etc. Cela veut également dire – et c’est cela qui m’intéresse ici – que chacun est libre de choisir la sexualité qui lui convient, et ce à tout moment de sa vie, que cela ne regarde personne d’autre que soi, que les personnes avec qui on fait l’amour n’en acquièrent pas pour autant pas un droit de regard sur notre sexualité et que l’on n’a pas de compte à leur rendre sur ce que l’on a fait de notre corps lorsque l’on n’était pas avec eux.

Dangereuses, ces liaisons?

 « Il/Elle m’a trompé » : qu’est ce que cela veut dire exactement ?

Dans notre usage courant de l’expression, la phrase « Il/Elle m’a trompé » ne veut dire qu’une seule chose : il/elle est allé coucher avec quelqu’un d’autre. Peu importe que la tromperie ait eu lieu régulièrement pendant des mois ou une fois en vacances, peu importe que d’autres engagements ait été trahis ou non, peu importe qu’il y ait eu abus, négligence, mensonges ou non, peu importe que les preuves d’amour et d’attention portées au partenaire ait été multipliées ou réduites à la suite de la tromperie… et même si tout cela peut constituer des circonstances atténuantes ou aggravantes, l’essentiel réside ici : l’autre a donné son corps à un autre que moi. Et cela, c’est intolérable.

Et pourtant, si la tromperie s’exerce dans un cadre où elle ne peut avoir de conséquences sur la vie de l’autre ou sur le couple, si personne ou presque n’a à être au courant, s’il n’y a pas mensonge, humiliation publique ou rupture précipitée, si elle nécessite un espionnage poussé pour être découverte, si elle ne constitue qu’une prise de liberté sexuelle parfaitement légitime et recevable sur le plan de l’éthique et de la souveraineté de chacun sur son corps, en quoi trompe-t-on, exactement, en allant coucher ailleurs ?

Prenons un exemple (librement inspiré de faits réels…) :

Tristan et Amélie viennent de rompre. Dix ans d’amour, 5 ans de vie commune, des projets de maison, de bébé… Et voilà que du jour au lendemain, tout vole en éclat. La raison, il en faut peu pour qu’elle fasse le tour de la famille, de la bande de potes et du quartier : Tristan a trompé. Et plus d’une fois qui plus est. En 10 ans, il a couché avec 2 filles différentes, et même 3 fois avec l’une d’entre elle, une semaine où Amélie était partie se bourrer la gueule avec ses copines sur la côte thaïlandaise. Et s’il a été capable de faire cela, on se doute bien qu’il a aussi a minima galoché un peu plus de filles que cela durant ces dix dernières années, le salaud !

C’est donc tout naturel : Tristan fait ses valises et prend la porte. Pas de discussion. Quant aux réactions de l’entourage, elles vont de la surprise indignée devant la traitrise de Tristan, qu’on prenait pourtant pour un mec bien à de timides appels à la magnanimité d’Amélie. Mais en tous cas, tout le monde se garde bien de remettre en question le fait que cette dernière est dans son droit le plus strict en le foutant dehors. Devant un acte impardonnable, pas de rédemption.

Pourtant, si l’on examine bien cette situation, et sans minimiser la souffrance que peut ressentir Amélie, en quoi Tristan a-t-il causé un tort quelconque à Amélie ?

Il n’a pas porté atteinte à son intégrité physique ni morale, il n’a pas pris une décision ou adopté un comportement aux conséquences désastreuses sur sa vie à elle (la preuve : si elle n’avait pas lu ce mail vieux de 3 mois dans sa boite mail à lui, puis fouillé le reste de l’inbox, elle n’aurait jamais rien su de cette aventure…), il n’a pas porté atteinte à sa liberté, il ne s’est pas comporté avec elle de manière malveillante, cruelle, abusive ou indifférente, il ne l’a pas quitté, il n’a pas cessé de l’aimer, d’être là pour elle et de la respecter.

Tout au plus aura-t-il trahi un engagement pris des années plus tôt de manière tacite et jamais remis en question ou rediscuté. Et peut-être lui aura-t-il un peu menti au passage, probablement par omission. Mais c’est tout ; autrement dit pas grand-chose à l’échelle d’une histoire d’amour qui a duré dix ans.

Tout ce qu’a fait Tristan, c’est disposer librement de son corps et c’était son droit le plus strict, droit que ni la pression sociale, ni la pression conjugale ne pourra jamais lui ôter ou lui minimiser. Il a certes des engagements à respecter vis-à-vis de sa copine mais qui dit qu’il leur a fait défaut? Si Amélie pète les plombs au point de le virer de chez eux et de mettre un point final à leur relation, si elle se sent attaqué dans son intégrité à elle, c’est qu’elle se sent propriétaire du corps de Tristan et qu’elle estime avoir un droit de regard sur ce qu’il peut en faire, que cela ait ou non un impact sur sa vie à elle.

Autre exemple :

Ariane a, depuis des années, un sex friend, Xavier, un type qu’elle a rencontré en vacances et avec lequel elle a démarré une relation essentiellement basée sur le cul. Même s’ils s’entendent très bien, elle ne se voit pas trop faire des choses du romantisme avec lui. Mais il y a cette énergie, ce courant qui passe entre eux et qui les attire très vite sous la couette, mais jamais beaucoup plus loin.

Xavier est régulièrement de passage dans la ville ou vit Ariane, ce qui est à chaque fois l’occasion de retrouvailles enfiévrées.

Justement, Xavier sera là la semaine prochaine et propose à Ariane un rencard. Seulement voilà, depuis trois mois, Ariane sort officiellement avec Florent, un ancien collègue de boulot qui lui avait tourné autour et qu’elle a recroisé lors d’une soirée. Tout se passe au mieux avec Florent mais Ariane ne dirait pas non à une nuit de folie avec Xavier… Que faire ? En parler à Florent ? Voir Xavier en prétendant que c’est juste un ami de passage ? L’envoyer bouler?

Après une semaine de réflexion, elle finit par envoyer un texto à Xavier : « Pas dispo cette fois. Mais ce n’est que partie (de jambes) remise ! 😉 Biz ». Incapable de faire face à son copain, elle a préféré repousser les avances de son amant et mettre sous clé, pour un temps indéterminé, ce pan de sa vie qui lui apportait pourtant de la joie, de l’épanouissement, de l’énergie et de la confiance en elle.

Pourtant, si Ariane avait vu Xavier comme d’habitude cela n’aurait en rien bouleversé la vie de Florent, en tous cas pas plus que si elle avait organisé une soirée pyjama avec une copine (ce qui, rassurez-moi, reste permis pas vrai ?! 🙂 ). Mais le fait que le sexe entre en jeu change toute la donne. Pourquoi ? Le sexe, aussi intense soit-il, n’est pourtant pas de nature différente du reste des activités plaisantes de la vie, qu’elles impliquent des sentiments amoureux ou non (or clairement, le sexe est loin de toujours en impliquer, et ne parlons même pas des projets de vie…). Donc, en vertu de quoi est-ce la seule pour laquelle il convient de réclamer, voire d’exiger l’exclusivité stricte et le renoncement à la souveraineté sur son propre corps ?

Dernier exemple :

Paul et Camille sont ensemble depuis 3 ans. Dans le cadre de leur école de commerce, tous deux doivent partir six mois à l’étranger. Paul veut découvrir l’Asie et faire un stage dans la finance. Il s’embarque pour Singapour. Camille est attirée par l’Amérique Latine et la paysannerie familiale. Elle part en Equateur travailler pour une coopérative bio et de commerce équitable*.

*NB : Dans la vraie vie, il y a peu de chances que ces 2 personnes soient ensemble. Mais bon.

Pendant ces six mois, Paul et Camille se sont promis de « rester fidèles », ergo de ne pas aller baiser ailleurs (mais il ne faut pas le dire comme ça, ça casse tout le romantisme). Camille se passionne pour son travail dans une petite ville équatorienne où elle est contact permanent avec la population locale. Pendant ce temps Paul mène la belle vie à Singapour, sort dans les bars et claque tout son salaire de stagiaire.

Une nuit, bourré, il craque sur une fille en boite et la ramène dans son lit. Le lendemain, la fille prend congés sans autre forme de procès. Quant à Paul, il passe le restant de l’après-midi à se morfondre de culpabilité et d’angoisse sur son canapé. Ou avait-il la tête ? Doit-il tout avouer à Camille ? Qu’adviendra-t-il si elle l’apprend ? (il ne réfléchit même pas au fait que la fille ne connait même pas son nom de famille et qu’elle ne pourra jamais le retrouver sur facebook, retracer la piste jusqu’à sa copine et éventuellement tout lui balancer par méchanceté pure et simple).

Il se dit plutôt que s’il a fait ça, c’est sûrement qu’il n’est en fait pas amoureux de Camille ? Ou qu’il y a un problème dans leur couple ? Non, Camille est parfaite. C’est de lui qu’il s’agit, lui a un problème, un vrai problème sur lequel il faut qu’il se penche s’il ne veut pas perdre toutes ses copines les unes après les autres et mourir seul dévoré par son labrador. Il n’est qu’un petit être égoïste, immature et cruel qui ne mérite pas sa fantastique petite-amie.

Pendant ce temps, un jour, Camille fait la connaissance de Juan. Juan est argentin. Juan est beau, il a la peau doré et il l’appelle mi princesa preciosa*. Il est venu travailler un mois dans la coopérative. Pendant trois semaines, il ne se passe rien entre eux mais durant la dernière, ils vivent finalement une belle aventure. Puis Juan repart dans son pays d’origine, laissant Camille à sa mortification : Comment a-t-elle pu faire une telle chose à Paul alors qu’il est si gentil, si affectueux, si drôle et qu’il l’aime tellement ? L’aimera-t-il encore si elle lui avoue son crime ? Elle avait pourtant promis ! Une menteuse, voilà ce qu’elle est. Une menteuse et une hypocrite qui ne pense qu’à elle et qui est prête à faire du mal à l’être le plus parfait sur terre pour son petit plaisir personnel.

*Ma belle princesse

A leur retour de stage, ce qui devait arriver arrivera. Torturés par leur « trahison » mutuelle, incapables de se pardonner à eux-mêmes, de s’avouer ou d’accepter leur pas de côté pour reprendre la route ensemble, Paul et Camille laisseront pendant des mois leur culpabilité et leur terreur d’être découverts consumer leur relation jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Ils se sépareront sans perte et fracas mais sans non plus se départir du poids écrasant des non-dits, de l’incompréhension réciproque et d’un amour perdu, sacrifié sur l’autel de l’exclusivité.

Trahison?

Où je veux en venir

Ces histoires inventées de toute pièce n’en sont pas moins d’une grande banalité et représentatives de ce qui se passe dans beaucoup (trop) de couples, enserrés dans le carcan de l’exclusivité sexuelle.

Et pourtant  y a-t-il un mal à disposer de son corps librement quand cela n’a pas de conséquences concrètes sur notre partenaire et si oui, en vertu de quoi ? Notre corps nous appartient, il ne saurait en être autrement. Certes, c’est inconfortable, voire même douloureux de l’imaginer mais cette inconfort, cette douleur légitime-t-elle l’imposition du renoncement à la libre disposition de soi?

Il me semble que non. Il me semble que cela n’est pas plus recevable que d’imposer le voile intégral parce qu’on souffre que notre femme soit vu en public, que d’interdire à son homme de manger un steak sous prétexte qu’on a décidé d’être végé ou que d’interdire à sa fille de se teindre les cheveux en rose si ça lui chante.

Dire « je ne pourrais pas le supporter », même si c’est tout à fait compréhensible, ne justifie pas de balancer à la poubelle ce droit fondamental. Avoir une relation sexuelle entre adultes consentants n’est pas un crime et s’il est naturel de ressentir un peu de jalousie, les drames, l’hystérie et la douleur intense que cela provoque dans bon nombre de cas sont, je pense, auto-réalisateurs tant ils sont suggérés par notre cadre social, moral et culturel.

Comment s’y retrouver ?

Bon, je m’imagine bien que ce gros pavé sur la libre disposition de son corps et l’illégitimité du chantage à l’exclusivité va être particulièrement lourd à avaler pour un grand nombre de mes lecteurs tant il ébranle des convictions intériorisées depuis des décennies, souvent inconsciemment d’ailleurs. Je ne demande qu’à entendre des contre-arguments à ce que j’avance et à en discuter.

Mais en attendant, voilà comment résumer ma philosophie en quelques mots :

Nous avons tous le droit de disposer librement de notre corps et le sexe n’a pas à échapper à ce droit fondamental, quelque soit notre situation matrimoniale ou conjugale.

La question qui se pose maintenant est la suivante : Comment, dans la pratique s’en tenir à ce principe ? Face à de telles énormités, le sentiment d’être perdu est compréhensible. Comment savoir si ma réaction est légitime ou si j’outrepasse mes droits sur le corps d’autrui ?

En fait, c’est plutôt simple. Puisque c’est le sexe qui est central ici, il suffit de se demander comment on se serait comporté si le sexe n’était pas en jeu. Si, par exemple, il se s’était agi que de manger de la glace à la vanille avec un ami.

Par exemple si ta nana sort seule ce soir mais promet de rentrer tôt pour pouvoir être en forme pour aider ton pote à déménager demain et rentre finalement à 6h du matin et ronfle toute la matinée pendant que tu te tapes les cartons pendant 4 heures après avoir été incapable de la réveiller, tu as tous les droits de lui en vouloir, qu’elle ait passé la nuit à faire l’amour avec un autre ou à manger de la glace à la vanille avec lui (ou elle d’ailleurs).

En revanche, si ton mec s’est engagé à vous cuisiner un superbe dîner de Saint Valentin chez lui et qu’il s’y tient, le fait qu’il ait vu une « copine » la veille au soir pendant que tu étais au yoga n’a pas à te mettre en colère. Il aurait tout aussi bien pu s’enfiler une énorme Dame Blanche seul ou accompagné devant la télé, ça n’aurait rien changé pour toi.

Conclusion

Il y a beaucoup, BEAUCOUP à dire sur le sujet de l’exclusivité sexuelle, du sexe en général, du couple et tout le bazar mais je vais m’arrêter là avant de vous écœurer et attendre vos réactions avant de l’aborder à nouveau. J’ai bien conscience que ce que je dis peut paraitre choquant à certains égards, aussi, pour vous et pour moi, faites ce petit effort : prenez le temps qu’il faudra, quelques heures, quelques jours, pour le digérer au lieu de me pourrir immédiatement la gueule, ok ? 🙂 Je peux me tromper mais, même s’ils peuvent paraitre virulents, j’écris mes articles avec toute la bienveillance dont je suis capable donc faites-en de même dans les commentaires, s’il vous please. Je suis ouverte au dialogue mais je suis chez moi sur ce blog et je censurerai sans états d’âme tous les commentaires insultants ou agressifs et ne prendrais pas vraiment la peine de répondre à ceux qui ne font pas l’effort de présenter des arguments valables.

Merci de votre compréhension, aimez-vous sans scrupules et faites l’amour, pas la guerre 🙂

Pourquoi je ne voterai pas en 2017 (et ce que je propose à la place)

Voilà. C’est fait. C’est réfléchi, mûri, décidé, assumé et annoncé sur le web international : je ne voterai pas en 2017.

J’ai écrit ce lo(ooonnn)ng article pour vous expliquer le pourquoi de cette décision qui repose sur une non-moins longue réflexion que je mène depuis plus d’un an. Alors soyez gentils. Avant de me traiter de traître à mon pays, de me couvrir d’opprobres, de me jeter de grands « Tes ancêtres se sont battus pour ce droit de vote !! » au visage, de m’accuser de « faire le jeu du FN », de dire que je ne suis bonne qu’à râler plutôt qu’à m’engager (moi ? MOI ?!), de répéter ce qu’on vous a appris à l’école républicaine, prenez 10 minutes dans votre vie pour faire l’effort de me lire, de me comprendre et, peut-être même, de m’imiter…

Ok ? 🙂

Une précision tout d’abord : en n’allant pas voter en 2017, je ne me place pas dans une position qui va à l’encontre du vote, mais à l’encontre de l’élection de « représentants » (ben oui c’est tout à fait différent).

Pourquoi ?

Ben parce que justement, j’en ai marre d’être « représentée », et surtout par ces gens là. J’en ai marre d’aller élire des maîtres, des chefs suprêmes, des tyrans omnipotents qui vont ensuite passer 5 années à :

  • Tout décider à ma place sans jamais me demander mon avis sur les règles qui vont régir mon pays et ma vie ;
  • Trahir minutieusement toutes leurs promesses de campagne ;
  • Servir uniquement les intérêts de l’infime minorité qui aura eu la puissance financière et l’influence médiatique nécessaire pour les mettre au pouvoir ;
  • Et avoir le culot de prétendre de nous vivons en « démocratie » pour la seule et unique raison qu’on remettra la même bouffonnerie 5 ans plus tard.

Moi je dis : non. Je n’adhère plus. Je boycotte. Je boude les élections. J’en ai assez qu’on me prenne pour une poire.

Quid démocratie ?

La démocratie (du grec dêmos : peuple et kratos : pouvoir), c’est le pouvoir au peuple. Le pouvoir au peuple. Mais genre, tout le temps. Quotidiennement. Pas juste une fois tous les 5 ans (allez, un peu plus si on compte les régionales, les municipales et compagnie) en vue de désigner, parmi des gens que l’on a pas choisis à la base, des maîtres qui pourront ensuite pendant toute la durée de leur mandat trahir allègrement la confiance que l’on aura mis en eux et tous leurs engagements, nous entraîner dans la guerre, enfreindre eux-mêmes les lois qu’ils auront mis en place, sans que l’on ne puisse rien y faire. Le pouvoir au peuple, et pas à des « représentants du peuple » dont les idées, le parcours, le mode de vie ne pourraient pas être plus éloignés de celui-ci.

Un pouvoir au peuple qui ne s’exerce que très occasionnellement n’est pas un réel pouvoir. C’est un leurre, un attrape-nigaud, une imposture totale. C’est la poudre que l’on nous jette aux yeux depuis notre plus tendre enfance et qui nous empêche de voir que l’élection n’est pas la démocratie. Qu’« élire » n’est pas « voter ». Qu’être « électeur » à l’occasion n’est pas être « citoyen » en permanence. Certes, il nous reste la liberté d’expression, de manifestation, de pétition mais sans aucune force contraignante. On peut gueuler tant qu’on veut : si ceux contre lesquels on gueule ont décidé de ne pas nous entendre, nous restons impuissants…

7b85789d0978a87ee0ba5e3a1d523bd7

Nous vivons en démocratie et, par définition, nous n’avons pas à être impuissants. Nous sommes concernés par les règles qui vont régir notre pays et notre vie et nous avons le droit d’émettre un avis sur ces règles. Et cet avis, nos représentants ont le devoir de le prendre en compte. En vertu de quoi auraient-ils à nous imposer quoi que ce soit ? N’est-ce pas horriblement dégradant pour nous de les laisser faire?

Je veux voter mais je refuse d’élire. Je ne veux plus élire des maitres, je veux voter des lois. Je veux que l’on me demande mon avis. Je veux qu’il soit pris en compte. Je veux avoir ce pouvoir. Et je veux le partager avec tous les citoyens français. Car personne ne saura mieux nous représenter que nous-mêmes et personne ne saura jamais mieux ce dont nous avons besoin pour nous épanouir, vivre ensemble et être heureux que nous-mêmes.

Les moyens de remettre le peuple au cœur des décisions qui le concernent existent – j’y reviendrai. Ils fonctionnent. Ils ont été testés dans le passé. Ils continuent d’être testés dans le présent. Avec succès. Nous pouvons instaurer notre puissance. Il faut juste que nous le voulions TOUS. Et que nous le réclamions TOUS. Ensemble, nous serons plus forts qu’eux.

Élection, piège à cons*

*Palme du sous-titre le plus ringard de ce blog (voire de la blogosphère toute entière)

L’élection est un processus fondamentalement pervers qui ne nous apportera jamais aucune solution. Et l’information tout azimut et les médias de masse ont aujourd’hui achevé de le transformer en ce qui était déjà contenu dans l’œuf à l’origine : une vaste comédie où c’est à celui qui gueulera le plus fort, qui attirera le plus l’attention, qui saura le plus faire parler de lui et qui montrera le plus sa face sur les plateaux télés (il faut voir les similitudes entre les courbes de passage à la télévision et les résultats des élections, c’est effrayant). C’est une insupportable mascarade dont nous sommes à la fois les victimes et les plus ardents défenseurs, dans un formidable paradoxe dont la logique nous échappe.

40755454

Le président qui sera élu ne le sera pas parce que c’est le meilleur représentant du peuple. Il sera issu de la même classe sociale que les autres, sortira de la même école que les autres et aura, à quelques différences près, le même parcours politique. Ni parce que son programme (qu’il ne respectera sûrement pas) est le plus adapté aux défis de notre temps. Ni parce que c’est le plus intègre des candidats (au contraire, il faut mentir pour être élu). Ni parce qu’il est particulièrement visionnaire. Ou particulièrement altruiste. Ou particulièrement talentueux. Ou parce qu’il aura fait ses preuves dans le passé.

Non. Il se sera forgé une bonne image à l’aide des professionnels de la communication qui l’entourent. Il se sera choisi des bons copains parmi les patrons des grands groupes de presse (à ce sujet je vous recommande l’excellentissime film Les nouveaux chiens de garde – ou l’essai de Serge Halimi dont il est tiré – qui analyse les relations entre pouvoirs, argents et médias… ou comment ne plus jamais allumer la télé, la radio ou ouvrir un journal de la même façon – film complet ici). Et il aura trouvé du fric où il pouvait : dans les poches de vieilles héritières, de dictateurs sanguinaires ou de magnats du pétrole et des armes par exemple.

Dans la gigantesque comédie qu’est devenue la politique française (et pas que française), il ne faut pas grand-chose de plus comme ingrédient pour mener une campagne électorale et prendre le pouvoir. Pour ensuite rendre des comptes… non pas aux électeurs, qui ne sont que les spectateurs impuissants de cette grotesque représentation, mais à ceux qui tirent les ficelles de cet écœurant théâtre de marionnettes…

Les élections nous dépolitisent en nous réduisant à des électeurs ponctuels au lieu d’être des citoyens permanents. Elles sont réductrices dans le choix des candidats proposés (ou plutôt imposés par les partis). Elles nous dépossèdent du pouvoir et le réservent à une classe de professionnels de la politique qui ne représentent plus qu’eux-mêmes. Elles sont fondamentalement corruptibles puisque le coût d’une campagne électoral est tel que nos représentants sont, une fois élus, à la botte de leurs « sponsors » (dont les intérêts sont une fois de plus bien éloignés des nôtres…). Elles sont en outre profondément perverses : elles prétendent nous offrir une grande liberté d’expression qui se réduit en fait à un vote épisodique pour des chefs davantage concernés par la domination sur le peuple que par le souci d’être à son écoute et à son service. Et si la gestion politique du pays est catastrophique, si les maîtres que l’on s’est « choisis » trahissent leurs engagements au dernier degrés, c’est encore les électeurs qu’on viendra blâmer pour n’avoir pas fait le bon choix, ou les abstentionnistes pour ne pas avoir fait de choix tout court.

On n’en sort pas.

Et qu’on ne vienne pas me dire que si, il faut quand-même se mobiliser pour élire les bons, les vrais, les gentils politiques. Ceux qui ne nous trahiront pas, qui respecteront leurs promesses et remettront la France sur le chemin de la prospérité. Même si on compte sur leur intégrité et leur incorruptibilité (qui serait tout à fait extraordinaire dans l’histoire des hommes au pouvoir), le simple fait qu’on ne puisse les récuser s’ils nous trahissent, ou donner notre avis sur les décisions qu’ils souhaitent prendre nous met en danger et en position d’impuissance face à eux. Avant de me parler de Dupont-Aignan, d’Asselineau ou de Mélenchon (et je ne doute pas de leur bonne foi), allez faire un tour en Grèce pour voir ce que le président le plus à gauche de toute l’UE, et qui avait sûrement le plus à cœur les intérêts de sa population depuis des décennies, a fini par accepter sous la pression européenne…

Pourquoi continuer d’y croire ?

La terrible mécanique du pouvoir rendrait fou, après un certain temps, même le plus sain d’esprit des hommes. Il n’y a qu’à voir le nombre d’hommes de pouvoir qui ont su conserver une vertu inébranlable et une éthique forte… « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. […] Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » (Montesquieu).

See original image

L’abstentionnisme en procès

Les abstentionnistes (dont je fais désormais partie) sont souvent taxés de tous les maux (surtout depuis quelques jours…). On leur reproche de ne pas savoir honorer les combats de leurs ancêtres pour un droit durement gagné. On les traite de fainéants même pas foutus de se déplacer jusqu’au bureau de vote, d’égoïstes, d’indifférents. On les accuse de faire le jeu d’idéologies extrémistes. On les accuse d’être blasés, coincés dans un immobilisme résigné. On les rend en partie responsables de la déplorable gestion du pays par les politiques au pouvoir. Ils n’avaient qu’à aller voter…

Et moi-même j’ai participé pendant longtemps à ces accusations.

Je ne nie pas que ces critiques soient infondées pour tous les abstentionnistes et il n’y a rien qui m’agace plus que le cynisme poussé à l’extrême, la résignation par principe et la critique non-constructive. Peut-être que ces gens là feraient mieux d’aller voter en effet plutôt que de se complaire dans l’immobilisme. Mais tous les abstentionnistes ne sont pas comme ça – et je parle en connaissance de cause. On pourrait dire que certains représentent une frange ultra-démocratique, humaniste et sociale de l’abstentionnisme. On pourrait l’appeler « l’abstentionnisme engagé ».

Des gens qui, en n’allant pas voter, s’engagent dans un boycott, affirment leur désaccord avec l’élection, cette méthode de désignation de nos représentants injuste, aristocratique, oligarchique, ploutocratique, antidémocratique, antisociale, anti peuple, anti-nous, tout simplement.

Des gens qui, au lieu de perdre leur temps à lire d’interminables programmes aussi trompeurs qu’illusoires ou à regarder des débats télévisés qui ressemblent davantage à une joute verbale à mort pour écraser l’adversaire qu’à de vraies discussions d’idées constructives, cherchent des alternatives, réfléchissent réellement aux moyens d’instaurer une véritable démocratie. Une démocratie qui reconnaîtrait le droit de chacun à participer à la vie publique et à l’élaboration des lois de son pays.

Car ces moyens existent. On voudrait nous faire croire que non. On voudrait nous faire croire que l’élection est la panacée – et nous, naïfs et ignorants que nous sommes, nous y croyons et la défendons mordicus – mais c’est faux.

Et si on tirait au sort nos représentants ?

« Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie, le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. » (Montesquieu)

Et donc, que faire ? Ben oui parce que c’est bien beau de critiquer l’élection mais une question se pose ensuite : quoi instaurer à la place pour garantir une vraie démocratie ?

Et c’est là qu’intervient l’idée de tirer au sort nos représentants.

See original image

Hola hola, ne partez pas trop vite, attendez un peu que je vous explique… Je sais ce que vous pensez: « Qui dit « tirage au sort » dit « hasard », donc imprévisibilité du résultat et possibilité de désigner « n’importe qui », y compris des affreux. Cela semble absurde a priori et c’est normal : comment peut-on voir le tirage au sort comme clé de voûte de la démocratie alors que l’on nous a toujours dit que c’étaient les élections qui caractérisaient la démocratie ? » (source: www.lavraiedemocratie.fr).

Mais réfléchissons-y quand-même, hmm?

Saviez-vous que dans le berceau de la démocratie, à Athènes dans l’antiquité, ce n’était pas les élections que l’on utilisait pour désigner les représentants du peuple mais bien le tirage au sort. Si tout le monde sait où est née la démocratie, peu de gens sont au courant de ce fait, savamment occulté des manuels d’histoire…

Eh oui, pendant les 200 ans qu’a duré la démocratie athénienne – et qui, rappelons-le, a pris fin à cause de défaites militaires et non à cause de dysfonctionnements structurels –, les représentants du peuple étaient des gens lambdas. Des gens comme vous et moi (bon, sauf que les femmes n’étaient pas considérées comme partie prenante de la vie politique mais on n’est pas obligé de faire pareil…). Et cela fonctionnait assez bien pour que l’on en fasse le modèle de la véritable démocratie dans le monde entier… en en oubliant JUSTE la pierre angulaire mais passons.

See original image
Ça vous rappelle un hémicycle?

Alors bien sûr il existe de légères différences entre la Grèce antique et le monde moderne, dans toute sa complexité et sa surpopulation notamment. Mais ne jetons pas tout de suite bébé avec l’eau du bain. Sans en copier trait pour trait les caractéristiques, peut-on réfléchir à un moyen de transposer le modèle du tirage au sort athénien à la situation française et quel serait l’intérêt de le faire?

Concrètement…

L’idée du tirage au sort, c’est de laisser le hasard désigner un nombre de décideurs assez élevé pour être le plus statistiquement représentatif possible de la population. D’après la loi des grands nombres, ce chiffre, en France, tournerait autour de 1000 personnes – rien d’ingérable donc. Ces représentants se verraient offrir des responsabilités de gestion du pays limitées dans le temps. Leur travail serait public et consultable à tout moment par l’ensemble des citoyens (Internet jouerait un rôle considérable dans ce processus). Ils plancheraient en premier lieu sur un projet de Constitution digne de ce nom et vraiment destiné à nous protéger des abus de pouvoirs (la Constitution de la 6ème République, ou plutôt de la première Démocratie !), et seraient ensuite en charge d’élaborer ou de modifier les lois, lois qui devront ensuite être approuvées par référendum par la population française.

Contrairement à l’élection, le tirage au sort est fondamentalement équitable, impartial, égalitaire et incorruptible. Si tant est que le nombre de tirés au sort était assez élevé, il nous permettrait d’atteindre des niveaux de représentativité des citoyens jamais atteints auparavant. La rotation des charges empêcherait la formation d’une classe de politiciens professionnels privilégiés et croyant avoir tout compris mieux que tout le monde (avez-vous l’impression que les politiques vous comprennent, vous ?) et les gouvernants seraient forcément à l’écoute et au service des gouvernés puisqu’ils en rejoindraient bientôt à nouveau les rangs. Et de plus, il serait bien moins coûteux que les faramineuses campagnes électorales.

Vous vous dites sans doute que la politique est une affaire trop sérieuse pour être laissée à Monsieur et Madame tout-le-monde… Et pourtant on la laisse bien entre les mains de décideurs dont la corruptibilité, la malhonnêteté, la malveillance et l’absence de regard pour l’intérêt général ne sont plus à prouver – ce qui n’est pas bien étonnant dans la mesure où leurs intérêts et ceux de leurs proches sont diamétralement opposés à ceux de la population dans son ensemble – pour ensuite constater avec amertume et impuissance ou cela nous mène jour après jour. Et le pire, c’est qu’on en redemande !

Avec un peu de bon sens, beaucoup d’honnêteté et un gros travail d’éducation, tout le monde ou presque est capable de faire de la politique. Cela se travaille. Cela s’apprend sur le tas. Ne soyons pas des recruteurs de nous-mêmes avares et étroits d’esprit en nous disant que nous n’avons pas l’expérience nécessaire pour le poste. La compétence s’acquiert en travaillant. Et elle est de toute façon bien moins importante que l’honnêteté, l’intégrité et la vertu dans l’exercice de la politique.

Arrêtons de croire que nous ne sommes pas capables de faire de la politique. Arrêtons de nous prendre pour des imbéciles et prenons-nous pour ce que nous sommes : des citoyens adultes, matures, responsables qui, tous les jours, faisons déjà de la politique. Sans même nous en rendre compte, avec notre famille, nos amis, nos collègues, nos voisins et tous les inconnus qui nous entourent, nous organisons le « vivre-ensemble ». Avec civisme, avec respect, avec tolérance, nous rendons la société viable.

C’est cela, faire de la politique. Ce n’est pas plus compliqué que cela. C’est valable à toutes les échelles : famille, entreprise, école, village, ville, département, région, état, monde. Nous sommes tous capables de faire de la politique. Nous en faisons déjà. Et ce qui est valable à une petite échelle l’est également à une plus grande.

On peut trouver de nombreuses objections à l’idée du tirage au sort et il va sans dire que son caractère radical et révolutionnaire soulève de nombreux questionnements : comment faire confiance aux gens lambdas pour prendre de vraies décisions progressistes lorsque l’on sait qu’au lendemain de l’abolition de la peine de mort en France, un sondage dans le Figaro révélait que 63% des français y étaient opposés (également valable avec le mariage pour tous ou encore l’avortement) (FYI réponse ici – point 2, objection 3) ? Que faire des tirés au sort qui n’ont aucune envie ou ne se sentent pas capables d’exercer le pouvoir (réponse sur la même page au point 2, objection 1) ? Comment espérer qu’autant de personnes avec autant d’intérêts différents puissent se mettre d’accord alors qu’il est parfois déjà si difficile de s’entendre à 2 (réponse au point 5, objection 1)? Que faire en cas d’urgence quand des lois doivent être votées et des mesures mises en place très rapidement et qu’il n’y a pas de place pour le débat (réponse au point 5, objection 3)? Dans la pratique, comment mettre en place un tel système à l’échelle nationale ? Etc.

Sachez que toutes ces objections (et de nombreuses autres – toutes valables) ont été soulevées à de nombreuses reprises par des détracteurs du tirage au sort et réfutées par ses défenseurs. A vous de vous faire votre propre opinion (cf. liens à la fin de l’article).

L’idée d’introduire, au moins partiellement, du tirage au sort en politique est défendue par une communauté de plus en plus large de citoyens dont je fais désormais partie. On les appelle parfois les « Gentils Virus » car ils se sont donné la mission de « contaminer » le reste de la population en répandant de manière virale un message simple en apparence – « Parce que ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, nous voulons une assemblée constituante démocratique et représentative, donc tirée au sort » – mais qui pourrait avoir des répercussions politique d’une ampleur jamais atteinte à condition que chacun d’entre nous s’en saisisse, le comprenne, le diffuse et le mette en pratique.

A nous de faire le boulot. Arrêtons d’attendre que la solution nous tombe du ciel ou des élus. Elle viendra de nous (ou ne viendra pas du tout).

See original image

Si le peuple était au pouvoir…

Cela peut paraître fou, complètement inconscient, inconsidéré, dangereux, et pourtant… Regardez autour de vous. Voyez-vous des gens qui, si on leur donnait pendant quelques mois des responsabilités politiques, s’en serviraient pour faire le mal autour d’eux ?

L’immense majorité d’entre nous se fiche de faire le mal. L’immense majorité d’entre nous se fiche de faire la guerre. L’immense majorité d’entre nous se fiche d’être milliardaire, de vendre des armes ou d’envahir d’autres pays. L’immense majorité d’entre nous voudrait juste mener sa petite vie, être heureux, profiter de ses proches, avoir une jolie maison, bien manger, boire du vin, écouter de la musique, faire l’amour, lire des livres, traîner sous la couette, aller au ciné, envoyer ses enfants à l’école, travailler, pouvoir être soigné quand elle est malade, se balader, écouter les oiseaux chanter, rire… Bref, jouir de la beauté du monde et de celle de la vie.

L’immense majorité d’entre nous se rend bien compte du danger que représentent les politiques néolibérales qui vendent nos économies aux marchés financiarisés, de l’urgence qu’il y a à entamer la transition écologique, à retrouver un mode de vie sain, à s’écouter les uns les autres, à lutter contre le terrorisme, le fanatisme, l’ignorance, la misère, et pour la liberté, le bien-être, l’environnement, le respect de chacun, l’éducation, la santé publique… Je pourrais continuer comme ça sur des lignes et des lignes.

Et ceux qui ne l’ont pas encore compris peuvent l’apprendre bien vite si on leur donne les clés pour sortir de l’impuissance politique qui les pousse au retranchement sur eux-mêmes, à la négativité, au cynisme, au pessimisme, à la culture de l‘indifférence, de l’ignorance et de la résignation…

Ce que l’immense majorité d’entre nous n’a pas encore compris, c’est que tout est possible si l’on s’attaque en premier lieu à la cause des causes de nos problèmes et de nos injustices. Et cette cause :

  • Ce ne sont pas les banques.
  • Ce ne sont pas les étrangers.
  • Ce n’est pas la crise économique.
  • Ce n’est pas le chômage.
  • Ce n’est pas le terrorisme.
  • Ce n’est pas la montée des radicalismes.
  • Ce n’est pas le FN.
  • Ce n’est même pas les politiques.

La seule et unique cause de nos problèmes, c’est notre impuissance à les régler.

See original image

Remédions-y ! Retrouvons cette puissance. Réclamons cette puissance. Ca ne sera peut-être pas facile mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer. Ensuite, seulement, nous construirons, ensemble, le monde que nous avons envie de construire. Faisons nous confiance, reprenons en main notre pays, notre destin, notre vie.

Le jour ou nous aurons tous compris cela, que c’est à nous de décider pour nous, que nous ne devons plus accepter d’être impuissants, les choses changeront. On pourra dire: Le changement, c’est maintenant.

Et, pour changer, ça sera vrai 😉

A NOUS DE JOUER.

PS: Et NON, je ne vais pas aller voter juste pour faire « barrage au FN » et cet argument contre l’abstentionnisme, il commence à bien faire! Depuis dimanche, je lis des choses extrêmement violentes à l’encontre des abstentionnistes, comme si tout était encore de leur faute. Pour moi c’est adopter exactement la même stratégie que le FN, à savoir se choisir des boucs émissaires et les rendre responsables de tous les problèmes. Cela dénote d’un manque de logique et de tolérance assez effarant. Déjà, il me semble qu’en démocratie, on pensait et on agissait librement. Le droit de vote est avant tout un droit et on a le libre choix de l’exercer ou non. Si vous contredisez ce fait, c’est simplement que vous n’êtes pas démocrate mais totalitaire. Le simple fait de dire qu’il faille se déplacer pour « voter utile », « voter contre » montre à quel point l’élection est un processus pervers, chimérique et anti-démocratique qui n’offre que des choix par défaut. A chaque élection c’est la même histoire. En ce qui me concerne je suis persuadée que c’est contre l’élection qu’il faut lutter et je ne vais pas trahir tous les principes que je viens de vous exposer juste pour contrer le FN. Qu’il passe! Ça sera regrettable, dramatique même mais lorsqu’on se sera rendu compte quelle merde c’est, lorsque ce dernier recours aura été utilisé, peut-être qu’on se décidera à se tourner vers d’autres processus réellement démocratiques… (même si, entre nous, je pense que Marine Le Pen a peu de chances de réaliser son programme puisqu’elle sera, comme tous les autres, soumise au joug des lobbys, de la finance et des institutions européennes, autrement dit les vrais fachos dans tout ça)

JPEG - 67.8 ko

Pour aller plus loin :

  • La vidéo qui résume tout (et dont, en ce qui me concerne, tout est parti);
  • Le lien du site La Vraie Démocratie vers l’argumentaire en défaveur de l’élection et en faveur du tirage au sort – Attention, alerte retournage de cerveau ! – avec notamment des réponses argumentées à de nombreuses objections soulevées en défense de l’élection et en défaveur du tirage au sort ainsi qu’une sorte de plan d’action pour instaurer le tirage au sort;
  • Le film « J’ai pas voté » qui offre une bonne synthèse de l’anti-démocratie dans laquelle on vit et des alternatives qui y existent;
  • Une réponse (un peu vieille mais pertinente) d’Etienne Chouard à d’autres objections au tirage au sort soulevées par François Asselineau, candidat du parti UPR aux élections présidentielles;
  • Le site Internet et le groupe facebook Le message.org, à diffuser et à comprendre pour reprendre le pouvoir !;
  • La (passionnante) conférence TEDX d’Etienne Chouard sur la cause des causes de l’impuissance politique du peuple;
  • Globalement je vous invite à taper Etienne Chouard sur Youtube et à regarder toutes ses vidéos (surtout celle-là, celle-là et celle-ci) (ah, et celle-là aussi !), vous en sortirez peut-être un peu dépité mais beaucoup, beaucoup moins con;
  • Un débat élections vs tirage au sort (une fois de plus je vous encourage à vous faire votre propre opinion et non de suivre une opinion toute faite émise par quelqu’un que vous jugez plus intelligent ou mieux renseigné que vous – en gardant en tête toutefois que vous faites peut-être erreur et que vous pouvez à tout moment changer d’avis…);
  • Un article du blog de médiapart CONTRE le tirage au sort, par souci d’honnêteté intellectuelle (à titre personnel je le trouve à chier mais c’est vous qui voyez) :);
  • Encore un article de Slate sur le sujet et un autre qui pose la question – légitime – de savoir si on vit toujours en démocratie;
  • Un article sur ce qui s’est passé en Islande et qui aurait du se passer dans tous les pays d’Europe en 2008… Mais il n’est jamais trop tard 🙂

 

 

 

 

Comment marche le terrorisme

Cet article est une modeste traduction faite par moi-même de l’article How terrorism works publié par Mark Manson sur son blog à l’occasion des attentats de Boston en avril 2013. Il me parle. Je le trouve bien pensé, plein de sagesse moderne, comme toujours chez Mark Manson. J’espère que cela en aidera plus d’un à faire face à ce drame et à adopter l’attitude la plus intelligente et la plus positive possible… Peace.

Je comptais au départ poster cette semaine un article sur les réactions émotionnelles exagérées. Mais à la lumière des explosions qui ont eu lieu hier à Boston, j’ai voulu plutôt prendre un moment pour commenter cela.

Le terrorisme est une forme de guerre psychologique dans le sens le plus littéral du terme. Son pouvoir tient au fait qu’il tire profit des dysfonctionnements de l’esprit humain et de la tendance des gens à prendre des décisions stupides quand ils sont en proie à la peur.

Les bombes hier ont tué 3 personnes et en ont blessé 100 de plus [NdT: en France, c’est plus de 120 morts et près de 400 blessés. C’est bien davantage mais le propos n’en est pas moins valide]. Quand tout sera terminé, il y aura probablement une douzaine de morts. C’est tragique et bouleversant.

Mais 115 personnes meurent chaque jour aux États-Unis dans des accidents de voiture. Environ 125 à cause d’un accès restreint à des soins. 1162 meurent à cause de maladies liées à la cigarette – ce qui est énorme. Et 150 personnes se suicident chaque jour.

A l’échelle du monde, ce type d’événement est un terrible moment à passer, mais qui passera. Aussi vite qu’il est arrivé. Pourtant cela génère chez nous une réaction émotionnelle bien plus forte que pour tout autre type d’événement. Tout le monde en parle. On ne peut aller nulle part sur Internet sans lire des choses sur la question. Pourquoi?

Des recherches psychologiques ont montré que les humains étaient dotés d’un certain nombre de mécanismes déclenchant la peur, des mécanismes qui nous laissent bien plus terrifiés qu’on ne devrait l’être face aux menaces réelles.

Le premier opère lorsqu’un acte de violence est aléatoire. Si la violence est dirigée sur un individu ou un groupe spécifique, il est facile de la chasser comme étant le problème de quelqu’un d’autre. Ils sont peut-être morts mais nous, nous allons bien. Mais quand l’acte est dirigé contre n’importe qui, nos esprits ont une sacrée tendance à supposer que nous sommes les prochains sur la liste. C’est le même parti pris perceptuel qui fait acheter des tickets de loto aux gens, cette même vision égocentrique que nous sommes toujours, quelque part, un parmi des millions.

Ensuite, le terrorisme est un acte public. Le terrorisme vise intentionnellement des endroits publics de sorte que, même s’il ne tue personne, la plupart des gens vont en être témoins et se sentir affectés. C’est la symbolique du terrorisme. Plus l’événement sera significatif, plus la violence sera ressentie avec magnitude. Si la bombe avait explosé dans une maison de retraite dans le Wyoming [NdT: ou la Lozère], il y a de fortes chances que cela n’aurait touché personne. Et, malheureusement, on le ressentirait moins, même si cela avait tué plus de gens.

Enfin, le terrorisme tire profit du mécanisme de la peur. Les humains sont programmés pour penser que la peur est plus importante que toute autre émotion; par conséquent, nous sommes plus enclins à la partager, à la diffuser et, oui, à en être les spectateurs. La résultante est qu’elle se répand dans la société comme un virus, renforçant encore et encore pour quiconque en est le témoin l’idée qu’il est le prochain sur la liste.

C’est pour cette raison que tout le monde monologue sur twitter et facebook à quel point ils sont bouleversés. Que les médias sortent de nulle part des articles remplis de nouvelles non-confirmées. Que le voyeurisme se répand car personne ne peut détourner les yeux des horribles photos et vidéos. Tout le monde s’investit dans le drame. Tout le monde se sent en droit de ressentir ces émotions terribles. Et tout le monde continue ensuite de répandre la peur comme une maladie.

Le problème de ce processus est qu’il est exactement ce qui rend le terrorisme puissant: notre réaction face à lui. Le terrorisme dépend de la tendance des victimes à être trop centrées sur elles-mêmes pour regarder la situation à l’échelle de la population. Il dépend de la tendance des gens à être bien-pensant et paranoïaques et à rester scotchés aux news pendant 12 heures d’affilée. Il dépend de la tendance des gens à se laisser envahir par la croyance irrationnelle « Je suis le prochain sur la liste ».

C’est le drame poussé à son paroxysme, le plus réel des shows de télé réalité. Et lorsqu’on s’y fait prendre, on ouvre la porte à des sentiments répugnants. Apparemment, une journaliste de FOX news a tweeté: « Tuez tous les arabes ». Les gens sur facebook se mettent à poster des diatribes sur la politique étrangère des États-Unis, sans même savoir qui a causé les attentats et pourquoi. Les histoires tire-larmes abondent ce matin sur un type lambda qui a essayé de porter un autre type lambda qui avait perdu sa jambe, sur les coureurs du marathon accourus à la banque du sang même s’il n’y avait pas de sang à donner, et bien sûr sur les incontournables banalités des politiciens sur la patrie, la force, la justice, bla bla bla.

Ma réaction première n’a pas été différente de celle de tout le monde: le choc, l’incrédulité, la peur, la tristesse. Mon cousin a couru le marathon et a fini une heure avant que l’explosion ait lieu (il va bien). Beaucoup de mes amis vivent encore à Boston et à bien des égards je considère cette ville comme mon chez-moi. Merde, j’étais debout, à ce coin de rue, il y a à peine 6 jours, à attendre un ami pour dîner. C’est surréaliste et horrifiant.

Mais ça s’arrête là. Cet incident, honnêtement, n’a pas de rapport avec moi. Et n’a pas de rapport avec vous non plus. A moins que vous ne connaissiez une des 100 personnes allongées au Mass General Hospital en ce moment ou que vous étiez à Boylston hier quand c’est arrivé, cela n’a pas de rapport avec vous [NdT: c’est moins vrai pour les attentats de Paris où le nombre bien plus élevé de victimes fait que beaucoup d’entre nous peuvent établir des liens directs ou indirects avec ceux qui étaient sur les lieux du crime et n’en ont peut-être pas réchappé, d’où le fait que nous nous sentions extrêmement concernés… Mais quand bien même].

Pleurez la tragédie. Ressentez la colère, la tristesse, l’égarement. Et tournez la page. Il ne s’agit pas de vous, ni de moi, ni de votre tante qui a habité là bas à une époque et Oh mon Dieu du copain de mon frère qui travaillait avant dans un bâtiment à trois pâtés de maison de là…

Il ne s’agit même pas de pays ou de religion. Il s’agit de meurtriers fous, de victimes et de policiers.

C’est tout.

Le terrorisme est un fait de notre temps. Internet et les infos en continu lui permettent d’exister. Mais c’est surtout une arme psychologique. Une bombe fait peu de dégâts. Détourner un avion fait peu de dégâts. Même le fait de faire exploser un bâtiment entier fait peu de dégâts. C’est la peur, la paranoïa, la culpabilité et la haine des millions de personnes qui en sont les spectateurs qui font des dégâts. Et des dégâts insidieux.

Pendant la deuxième guerre mondiale, les Allemands ont tenté de bombarder l’Angleterre pour la mettre à terre. L’idée était de lâcher des bombes sur la population anglaise pour que Churchill retire son pays de la guerre qui avait lieu sur le continent. C’était du terrorisme poussé à l’extrême. Des gens meurent chaque jour de cette façon.

Depuis cette période, une phrase anglaise célèbre a fait son apparition: Keep calm and carry on*. La mort est terrifiante si vous la laissez être terrifiante. Ce genre d’actes terribles auront sur vous l’emprise que vous leur laisserez avoir. Ressentez les émotions, exprimez les émotions, mais n’en devenez pas le jeu. Ne donnez pas d’eau à de vains moulins. Cela ne fera que vous bouleverser davantage et vous rendra encore moins capable de gérer la situation. Éduquez-vous. Ne vous laissez pas aliéner par la peur. N’adhérez pas à la haine. Il s’agit d’un crime et nous avons un système en place qui s’occupe des criminels.

Just keep calm.

And carry on.

peace

[*NdT: Je trouve la formule plus belle en anglais donc j’ai choisi de la laisser telle quelle mais pour les non-bilingues qui me lisent, cela pourrait se traduire par « Gardez votre calme et poursuivez votre route »].

Arrêter de manger : pour ou contre ? J’ai testé le jeûne et je vous en parle!

Bonjour les amis,

Il s’est passé tant de temps depuis mon dernier article que j’en suis à me demander si je n’avais pas carrément, quelque part entre la France et le Cambodge, le boulot et les vacances, le temps à passer à sauver le monde en cuisinant végan et à mater Friends pour la 45ème fois consécutive,  oublié que j’avais un blog…

So,

A ma décharge il s’est passé tellement de choses dans ma vie dernièrement que je n’ai pas vraiment eu la tête à écrire pour vous la raconter (aussi paradoxal que cela puisse paraître).

Je vais donc vous faire un petit résumé, car je sais que cela vous intéresse énormément.

Ma vie aurait pu prendre un tournant tragique suite à la mise à mort des Guignols par un énième salaud pété de fric mais bon, après avoir pleuré pendant 24h sans interruption le pouvoir du Dieu Argent sur la liberté d’expression et la destruction progressive de notre droit à rire des tyrans et des horreurs de ce monde, il a bien fallu que je reprenne du poil de la bête.

Je suis rentrée en France pendant deux mois et c’est là que ça m’a frappé, au bout de quelques jours. Je me suis rendue compte que, ben, en dépit de tout l’amour que je lui porte, le Cambodge, j’en avais ma claque. Définitivement. Irrévocablement. Donc ni une ni deux, j’ai décidé de rentrer en France et de redevenir la connasse parisienne digne de ce nom que je n’ai jamais vraiment cessé d’être (du genre qui se déplace à vélo, mange bio et habite dans le 20ème. Je suis un énorme cliché).

Bref, l’occasion de revenir au Cambodge pour un dernier mois de débauche extrême d’adieux déchirants et de faisage de valises. L’occasion également d’un petit article car, si je n’avais rien de particulièrement intéressant à raconter ces derniers mois, depuis quelques jours il m’arrive un truc assez inédit dans ma vie : je ne mange plus.

Je ne sais pas si c’est l’angoisse du départ, l’exaltation de payer bientôt 800 euros de loyer ou les plateaux repas de Vietnam Airlines qui m’ont définitivement dégoutée de toute nourriture. Toujours est-il que je n’ai aucun appétit et donc je me suis dit que ne pas avoir faim du tout ça pouvait être une bonne raison pour faire une expérience que je n’avais jamais encore tentée : Jeûner.

Alors je sais très bien ce que vous allez tous penser…

… et je ne peux pas trop vous en vouloir car jusqu’à très récemment, j’aurais pensé la même chose et secoué la tête avec une perplexité teintée de condescendance si une personne que je considérais comme fréquentable (et croyez-moi, je les trie sur le volet) était entré dans ce genre de délire… Mais bon, je me suis dit qu’il y a un an et demi, les végans me faisaient doucement rigoler alors que, après m’être renseigné longuement sur le sujet, je comprends aujourd’hui parfaitement ces gens qui, rappelons-le, ont fait une croix définitive sur la TARTIFLETTE.

Donc bon, j’ai utilisé les ressources infinies du web international pour me renseigner sur le sujet. J’ai lu à droite à gauche des trucs et des machins : paraîtrait que ça met au repos ton système digestif et lui permet de se débarrasser des toxines, ces trucs bizarres dont on n’est pas vraiment surs surs qu’elles existent vraiment, dans le fond. Paraîtrait que ça te rebooterait le système immunitaire, genre comme quand tu débranches ton modem pendant 10 secondes quand l’Internet veut plus capter. Paraîtrait que ça libérerait l’esprit des contraintes du mental et rendrait la vie plus légère. Paraîtrait même que non non, on n’a même pas faim ou du moins, pas trop et que si si ça passe vite.

Mouais… J’étais po vraiment convaincue. En fait j’avais du mal à me faire une opinion sur le sujet. Moi je me disais Nan mais attends, notre corps est une machine, en quoi ne pas lui apporter de carburant pendant des jours l’aiderait à mieux fonctionner ? Cela dit quand ma coloc qui faisait ramadan m’a avoué, tout sourire, au bout de quelques jours, que quand-même, le fait de jeûner lui faisait se rendre compte de la chance qu’elle avait de pouvoir se nourrir à sa faim le restant de l’année et l’emplissait d’une certaine forme de gratitude pour la vie, j’en suis un peu restée comme deux ronds de flan. Et puis après mon pote Valéry (oui c’est un monsieur) a relevé également le challenge de se nourrir exclusivement d’amour et d’eau fraîche pendant 10 jours et, à l’en croire, il avait une patate d’enfer sur la fin (et pas plus faim que ça).

Tous ces petits retours commençaient à sérieusement exciter mon insatiable curiosité pour toutes ces petites choses inattendues et étranges qui peuvent se passer dans un corps et un esprit humain et qui font la richesse de l’expérience humaine et je me suis dit que le meilleur moyen de se faire une opinion sur la question serait de tester par moi-même. J’ai décidé de tenter l’expérience… un jour.

Et puis je suis arrivée au Cambodge (jeudi matin dernier). Décalquée (je ne dors pas dans l’avion car je passe douze heures à vérifier toutes les 3 minutes par le hublot qu’on n’est pas en train de tomber par terre), jet larguée et dans un état émotionnel assez chelou (quand on sait qu’on revient un mois pour enfermer 4 ans de vie dans deux valises et mettre les voiles vers un horizon inconnu, ça fait bizarre). Par ailleurs, je pense que je n’avais pas encore digéré le colin aux poireaux Vietnam Airlines (oui, c’est aussi dégueu que ça en a l’air). Et pour finir, y avait rien dans mon frigo (normal puisque ces 2 derniers mois j’en avais confié la gestion à mon homme). Je n’ai donc rien avalé de la journée. Le soir, mon homme en question m’a traînée au jap ou j’ai avalé quelques makis sans grande conviction.

Le lendemain, vendredi, rebelote. Frigo vide, aucun appétit. J’en déduis que c’est le moment idéal pour faire ce fameux jeûne. En effet, à part les traditionnels événements sociaux du vendredi soir, il ne se passera pas grand-chose à Phnom Penh les jours prochains puisque le Cambodge fête sa Toussaint et que tout le monde est en vacances. D’ailleurs, la plupart des restos étant fermés, je n’aurais rien de mieux à foutre que de ne pas bouffer. Le contexte est pour ainsi dire parfait.

Le soir, au resto avec mes amis, j’ai pris une salade parce que vraiment, je voulais faire les choses bien et commencer mon jeûne sainement (après j’ai bu 64 bières sur la soirée mais c’est une autre histoire…).

Le lendemain, samedi donc (ça va vous suivez ?), j’ai fait 3 litres de bouillon de légumes et je ne me suis nourrie que de ça, de thé vert et de tisanes pendant les 3 jours suivants (si).

Ce qui nous amène donc à lundi soir. Comme mon amoureux et moi sommes à peu près les 2 seuls êtres vivants à être restés à Phnom Penh en cette période de célébration des morts, on s’est un tantinet fait chier et Antoine a fini par brailler que Ouiiiiiinnnnn à cause de ton jeune de merde, on peut même pas dire de sortir dîner au resto.

Donc en grande partie pour lui faire plaisir (on se faisait vraiment vraiment chier) j’ai décidé de rompre mon jeûne et de l’accompagner au resto.

(Je voulais y aller mollo sur la reprise donc j’ai mangé un welsh (pour les novices, c’est une spécialité nordiste à base de fromage fondu dans de la bière sur une tranche de pain avec du jambon et – thank god – une salade verte) et une énorme dame blanche (sic). Valéry m’avait dit que certaines personnes étaient mortes après avoir avalé un steak-frites-mayonnaise après un jeûne à l’eau de 21 jours. Je n’en étais pas la non plus mais je m’attendais quand-même a ce que mon corps ait une petite réaction de protestation devant les 200 grammes de fromage que je me suis mise d’un coup dans le gosier, après n’y avoir mis que de la nourriture liquide pendant tout ce temps. Eh bien non, pas du tout, il n’en a absolument rien eu à cirer et il a digéré son cheddar tranquilou bilou. J’aurais trop aimé me retrouver prise de convulsions incontrôlables sur le fauteuil du resto chic ou on était et entendre Antoine hurler « Please call 911 ! Cette femme va mourir d’un welsh ! » mais non, il ne s’est rien passé de tel. #deg 😦 )

Allez trêve de rigolage, un peu de sérieux. Franchement, je ressors de cette expérience assez… conquise par les vertus du jeûne et je n’hésiterai pas à remettre le couvert un de ces quatre.

Why ?

Bon, sur le plan physique, à part avoir perdu 3 kilos, il ne s’est pas passé grand-chose de spectaculaire. Je n’étais pas plus ni moins fatiguée que d’habitude. J’ai dormi normalement même si je souffre comme jamais du jetlag cette année, va savoir pourquoi (c’est la vieillesse je pense) (et puis j’avoue que ne pas manger prive les journées du rythme que leur confèrent les repas, ce qui n’aide pas beaucoup à se remettre dans le bain temporel). Je n’ai rien fait de particulièrement physique à part monter les 5 étages qui mènent a mon appart donc je ne sais pas trop de ce côté-là mais globalement j’étais plutôt en forme, voire même en meilleure forme que quand je fais 3 repas par jour. J’ai beaucoup dormi mais une fois réveillée je n’avais pas de coup de barre. Et effectivement, la faim n’est pas du tout omniprésente. Elle arrive, elle repart… Rien d’insupportable, on s’y fait sans problème.

C’est sur le plan mental que j’ai en revanche constaté des changements assez flagrants qui me convainquent vraiment des bienfaits de cette « purge ». Pendant toutes mes journées de jeûne, je me suis sentie l’esprit très clair, reposé et calme. Je suis arrivée au Cambodge toute triste et anxieuse de me dire OH MY GOD, THIS IS IT 😥😥😥 et en fait cet état d’esprit est vite passée. Je me suis sentie sereine, en paix, bien. Et lors de mes quelques séances de méditation (oui, je fais aussi ce genre de trucs de bobos) (ou hipsters je ne sais jamais) (de toutes façons on utilise trop ces termes, à force ils ne veulent plus rien dire), j’ai pu constater qu’il m’était beaucoup plus facile de me concentrer sur ma respiration et mon corps et que mon esprit était beaucoup moins pollué par le bruit de fond de la pensée compulsive que d’habitude (j’aime trop sortir ce genre de phrase. Please don’t judge me).

Voilà comment je l’explique: je pense que l’alimentation, comme tout plaisir de la vie, a son revers et génère, chaque jour, son lot de stress, d’attente, de frustration. Réfléchissez à tous ces moments de votre journée ou vous pensez à bouffer et que vous passez à attendre le prochain repas. Tout cet accaparement mental sur une promesse de plaisir futur et qui vous éloigne de ce qui se passe ici et maintenant. Lorsque l’on décide, en conscience, de se passer de nourriture pendant quelques jours (pas pour toujours, bien sûr, sinon on meurt, malheureux ! Et pas sous la contrainte parce que c’est la dèche ou que vous êtes à Dachau), certes, on supprime ce plaisir mais on supprime également tout ce stress, ces attentes, cette frustration. Et cela libère un champ mental considérable (nan parce que vraiment, on y pense, genre, BEAUCOUP). Cela nous ancre dans l’instant présent puisqu’on n’est pas sans cesse en train de penser à notre prochain repas, on est ici et maintenant. Or l’instant présent, qu’on se le dise, c’est la porte d’entrée à la paix de l’âme mes enfants.

the-present-moment-is-thich-nhat-hanh
CHEESY GURU QUOTES ALERT!!!

En outre le jeûne participe aussi à une certaine forme de reprise en main de son corps dont vous n’êtes plus esclave des pulsions nourricières, ce qui confère une certaine maîtrise et une confiance en soi insoupçonnée. Et puis je ne sais pas, se dire qu’on peut passer quelques jours sans nourriture sans ressentir de manque particulier, et en se sentant même mieux dans sa tête, je trouve que ça a quelque chose de… libérateur. De rassurant. Genre, en cas d’échouage sur une île déserte ou de due-date pour le loyer à Paris par exemple…

Pour ma part, je suis très contente d’avoir tenté l’expérience et je pense que je recommencerai à l’occasion, dans des périodes de stress ou pendant un coup de déprime par exemple. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, je suis certaine que ne pas ou peu manger m’aidera à surmonter mes difficultés en, comme je l’ai dit plus haut, libérant l’espace mental nécessaire pour y faire face avec calme et sérénité. Je suis assez convaincue par ce que j’ai pu ressentir et me sens plus forte d’avoir appris cela.

Alors oui, je sais que ça peut avoir l’air d’une espèce de caprice d’enfant gâté qui a grandi dans un contexte d’abondance de nourriture de décider de s’en priver pour éveiller son esprit et alléger son corps et que franchement, les petits africains qui meurent de faim, ça les ferait bien halluciner et c’est pas très respectueux pour eux de traiter pendant quelques jours comme une « option » cette nourriture que nous avons la chance d’avoir et dont eux manquent cruellement… J’ai déjà entendu cet argument mais je le trouve de moins en moins recevable. D’abord parce qu’en cessant de manger, je ne prive pas ceux qui meurent de faim de nourriture. Ce n’est pas parce que je jeûne que je cautionne la famine et la malnutrition. Ensuite parce que c’est même plutôt l’inverse qui se passe. On sait maintenant que les régimes riches en viande, le gaspillage alimentaire et la surabondance de bouffe en général dans les pays développés sont responsables d’un certain nombre de problèmes dans les pays en développement (déforestation, dégradation des sols, spéculation sur les matières premières, accaparement des terres, sécheresse et j’en passe) qui, plus ou moins directement, causent malnutrition et famines. Donc jeûner de temps en temps, cela peut au contraire être considéré, au même titre que la consommation d’un maximum de produits végétaux, locaux, bio et de saison, comme un geste pour la planète et les hommes d’aujourd’hui et de demain.

Image extraite du film Human de Yann Arthus Bertrand
Image extraite du film Human de Yann Arthus Bertrand

VOILA VOILA 🙂 Cet article ne relate que mon expérience mais sachez que de nombreuses études se sont penchées sur le sujet et que les résultats qui en ressortent sont plutôt positifs, sur la santé notamment et la guérison de nombreuses maladies (j’ai un peu la flemme de vous mettre des liens, soyez gentils et allez voir sur l’ami Google, merci). Après, ce qu’en dit la médecine traditionnelle n’est pas toujours folichon (et pas toujours bien documenté non plus…). A chacun de se faire son opinion ! 🙂

 

Je suis Les Guignols

Voilà que les Guignols de l’Info, un des derniers bastions de la satire française en vient à mourir à son tour…

Et, bien évidemment, tout le monde s’en fout.

Au milieu de cette indifférence générale, j’aimerais être journaliste, humoriste ou même politique pour pouvoir hurler ma colère, mon indignation, ma tristesse, et qu’elle soit lue, entendue, écoutée, partagée. Mais non.

Hélas, je suis moi. Rien que moi. Humble blogueuse aux quelques 100 abonnés. Maladroite. Bancale. Peu convaincante. Mal branlée. Indignée. Trop indignée. Trop prise par le jeu des émotions. Qu’il faudrait savoir tempérer pour le bien de tous. Surtout. Sans débordement. Sans violence. Sans pleurs et sans colère.

Et dont tout le monde se fout.

Mais je m’en tape. Je la gueulerai quand même ma colère, mon indignation et ma tristesse. Je la gueulerai. Et tout le monde s’en tapera, trop occupé à réfléchir aux vacances qui approchent, au retour en France imminent (pour nous, nantis d’expatriés, qui vivons bien loin de tout cela), à la canicule, à l’été et aux factures à payer.

Je la gueulerai et vous en ferez ce que vous voudrez. Rien certainement. Mais je la gueulerai quand même.

touche-pas-aux-guignols-720x463

Alors hier, au détour d’un statut facebook, j’apprends la mort des guignols. Et rien.

Pas d’indignation. Pas de levée de boucliers. Pas de « Je suis les Guignols ». Pas de changement de photos de profil. Pas de pétitions partagées par tous mes amis. Pas de débats enflammés. Rien.

Je remonte et redescend mon newsfeed facebook 100 fois sur la soirée mais rien. On dirait que soit personne n’est au courant, soit tout le monde s’en fout royalement.

Je poste la pétition sur mon mur, assortie d’un message apocalyptique dont j’ai le secret et je récolte… 8 petits « likes » et quelques commentaires. Rien de plus (d’ailleurs quand je vois que l’objectif de la pétition est d’atteindre 10 000 signatures dans un pays de 65 millions d’habitants, je ne sais pas trop si je dois rire ou pleurer).

J’update mon compte twitter… Non bon j’avoue, je ne vais jamais sur twitter. J’aimerais bien y aller ce soir mais je crois que j’ai perdu les codes.

Je vais faire un tour du cote de la presse en me disant que, quand-même, les grands journaux, eux, doivent un peu piger ce qui est en train de se passer et se bouger pour la liberté d’expression. Mais rien non plus de ce côté-là. Des titres d’une neutralité aberrante, puant de conformisme, bien sages, bien obéissants, bien impartiaux, insipides et fades. Beurk.

C’est marrant parce que j’ai l’impression que ceux qui en ont le plus quelque chose à foutre, ce sont justement les personnes qui inspirent les marionnettes.

Mais sinon : RIEN.

Pourtant moi quand j’ai lu ça j’ai cru que j’allais m’étouffer de rage. J’ai couru m’enfermer dans les toilettes pour laisser s’écouler le flot d’indignation qui me montait aux yeux. Je me suis encore une fois demandé comment j’allais faire pour supporter de vivre dans ce monde si on ne peut même plus rigoler de ses horreurs et se moquer de ses tyrans.

Je me suis demandé si j’avais rêvé ce qui s’est passé en France il y a 6 mois. Cette vague d’émotion qui a submergé tous les français, ce consensus autour de la nécessité de défendre la liberté d’expression, cet élan national magnifique, certes entaché mais bon, personne n’est parfait.

Je me suis demandé ou étaient passés les « Je suis Charlie », les grandes déclarations, la solidarité, la résistance ?

C’était quoi toute cette mascarade ? Du vent ?!

Faut-il que des innocents soient assassinés pour que l’on mesure la gravité de ce qui se passe ?

C’est marrant parce que pour moi, Charlie, Guignols : même combat. Un vecteur d’info populaire satirique, « bête et méchant », ou tout le monde en prend pour son grade et qu’on tente tyranniquement de supprimer ou d’affaiblir au nom des mêmes horreurs : l’obscurantisme, le fanatisme, la haine, la folie.

Ce que Bolloré a de commun avec les frères Kouachi ? D’être un sinistre individu qui s’est senti attaqué, en a fait une affaire personnelle et a décidé à la place de tout le monde que ça suffisait, que c’était pas marrant, que ça avait assez duré. Que c’était fini. Pouf. Circulez y a plus rien à voir.

Ne me dites pas que ce sont pour les innocents massacrés que vous êtes descendus dans la rue le 11 janvier. Si c’était le cas, vous pourriez y descendre tous les jours. Non, c’est bien pour le symbole qu’on avait attaqué, pour les valeurs qu’on avait piétinées, pour les idéaux qu’on avait assassinés.

Or ce symbole, ces valeurs, ces idéaux sont à nouveau attaqués aujourd’hui. Et tout le monde s’en fout.

C’est sûr que sans les morts, c’est beaucoup moins impressionnant…

Il ne s’agit pas de débattre sur la pertinence des Guignols ou de savoir s’ils sont drôles ou pas. Qu’on aime les Guignols ou pas ne change rien à l’affaire. D’ailleurs, j’étais loin d’être une fan de Charlie Hebdo, et pourtant, j’ai pleuré ses victimes.

Il s’agit encore et toujours de défendre des droits inaliénables, des symboles fondamentaux, des valeurs indiscutables : le droit à la satire, la liberté d’expression, l’indépendance des médias, le droit à la critique politique, le droit de rire.

Car si on ne défend pas ces valeurs, vous savez ce vers quoi on se dirige ? Vous savez comment ça s’appelle un régime ou les médias sont contrôlés par les puissants (bon, clairement c’est déjà le cas hein, je ne suis pas née de la dernière pluie…) ? Vous savez ce que ça a amené ce type de régime par le passé ?

Vous savez ce que ça veut dire de ne plus pouvoir se foutre de la poire des politiciens ?

Vous savez que la prochaine étape pour les contestataires et les satiriques, c’est le fouet sur la place publique ?

Face à notre impuissance, que nous reste-t-il, sinon le rire?

Ça donne à réfléchir non? C’est peut-être un des moments où on devrait se demander vers quel type de monde on se dirige… non?

Mais non. Tout le monde s’en fout. Tout le monde s’en bat les steaks. Tout le monde s’en tamponne le coquillard comme de sa dernière chaussette.

J’ai envie d’avoir des mains de géante et d’y rassembler le peuple de France pour le secouer en lui hurlant MAIS OU SONT TES VALEURS ? Qu’en as-tu fait ? Est-ce le monde dont tu rêves ? Un monde sans valeurs, sans idéaux, sans combats, sans justice… sans rire ? Est-ce que tu n’en a pas marre à la fin que les autres décident à ta place ?! MAIS RÉVEILLE TOI, MERDE !

Si même LUI le dit...
Si même LUI le dit…

Bref, je vais vous laisser maintenant parce que j’ai aussi une vie à mener et une indifférence à cultiver. Je voulais juste vous raconter une dernière anecdote sur Les Guignols mais hélas mon souvenir est flou. Je n’arrive plus à me rappeler ou j’étais et avec qui, mais bon c’est pas grave, je vais essayer de le reconstituer…

Un jour que je me poilais devant le show, un (ou une) ami  était venu me rejoindre et m’avait demandé ce que c’était. Je lui avais expliqué le principe et cette personne – je ne me souviens plus du tout d’où elle venait… – avait complètement halluciné sur le fait que c’était possible de faire cela en France, de se foutre de la tronche des politiciens, des journalistes et des experts de la sorte sans subir de représailles et m’avait dit que dans son pays, personne n’aurait osé faire ça et aurait été bien puni dans le cas contraire.

J’ai oublié les détails de ce moment mais je n’oublierai jamais la fierté qui m’avait envahie et la joie que j’avais ressentie en mesurant la chance que j’avais d’appartenir à une nation qui permettait cela, ou l’on pouvait rire de tout, même du pire –  surtout du pire -, et je pensais alors que personne ne nous enlèverait ce droit.

A la lumière des événements de ces derniers mois, je dois reconnaître que j’avais tort.

Je vous quitte avec les mots de Philippe Lançon, un des rescapés de la tuerie de Charlie Hebdo, quelques jours après le drame :

« Et nous étions tous là parce que nous étions libres, ou voulions l’être le plus possible, parce qu’on voulait rire et nous affronter sur tout, à propos de tout, une petite équipe homérique et carnassière, et c’est justement cela que les hommes en noir, ces sinistres ninjas, ont voulu tuer (…) Il faut que nous puissions tous rire et informer de nouveau et plus que jamais pour eux, (…) loin des pouvoirs et de leurs excès ».

#JesuislesGuignols

Pas touche...
Pas touche…

8 gros mensonges sur l’amour (et le rétablissement de la choquante vérité) – partie 2

Démontons les idées recues sur l’Amour. La suite de mes réflexions sur le sujet… Encore plus subversif que la première partie (à retrouver ici).

5. « Etre fidèle, cela veut dire ne coucher qu’avec une seule personne »

Il me semble que la fidélité est un concept bien plus large que ce à quoi on la résume dans les relations sentimentales, c’est-à-dire à l’exclusivité sexuelle. La preuve, on dit bien que le chien est un animal fidèle, et pourtant on ne couche pas avec nos canidés (enfin, j’espère pour vous…).

Certes, on pourrait me rétorquer que le chien est fidèle à un seul maitre dans le sens où il le reconnait, ne répond qu’à lui et se sent mal d’être séparé de lui mais cela ne l’empêche pas de sauter sur le premier visiteur pour lui faire la fête et on serait fou de croire que cela enlève quoi que ce soit à la fidélité qu’il témoigne à son maitre et qu’il serait normal que ce dernier soit jaloux que son chien batifole autour de quelqu’un d’autre que lui.

J’ose affirmer qu’en amour, c’est pareil. Tant que vous êtes fidèle au projet de couple que vous avez bâti avec votre conjoint-e, que vous l’aimez, que vous êtes là pour lui/elle et que vous n’avez aucune raison ni intention de partir, il faudrait qu’on m’explique en quoi c’est gravissime de sauter sur un autre de temps en temps. Voire plus, mais là il faudra peut-être rediscuter le projet de couple, qui évolue, de toutes façons, au rythme des partenaires, la grande différence étant qu’entre humains, on peut discuter de ce que l’on veut et on n’a pas à obéir sans réfléchir à « Assis » et « Couché » (ni à s’aboyer dessus).

Donc moi je dis: à chaque couple de discuter de ce qu’il veut mettre derrière le concept de « Fidélité ». Et si l’exclusivité sexuelle en fait partie, pourquoi pas, mais cela n’a pas à aller de soi parce que notre environnement culturel nous y conditionne. Et, comme tout contrat, ca peut toujours se renégocier à un moment donné.

6. « Tromper, c’est mal »

Bon, pour commencer, petit point sur l’infidélité car je crains avoir une mauvaise nouvelle pour vous:

L’infidélité, selon les études, toucherait entre 1 couple sur 2 et 1 couple sur 3 et je suis sûre que l’effet prohibition fait qu’il y en a bien plus que cela qui n’osent avouer qu’ils ont « trompé ». Si vous comptez le nombre de couples que vous avez formés dans votre vie, statistiquement, vous avez donc de grandes chances d’être touché(e) par l‘infidélité au moins une fois. Par le cancer aussi, certes, mais l’infidélité, vous ne risquez pas d’en mourir donc autant se faire à l’idée et accepter le fait que ce n’est pas la fin du monde.

J’ai en horreur l’image de l’infidélité qu’on nous montre dans la plupart des films et séries. J’enrageais, il y a quelques jours, devant une série américaine où l’héroïne passe 4 épisodes à s’auto flageller avec des branches d’aubépines parce qu’elle a entretenu une liaison de 3 semaines avec son ex, ce qui a mis fin d’une part à son couple et d’autre part au mariage de son ex. Comme si elle y pouvait quoique ce soit au fait que son mec ait décidé de partir suite à l’aveu de cette infidélité, alors qu’il est clair qu’il est toujours amoureux d’elle et qu’elle l’est de lui. Comme si elle y pouvait quoique ce soit au fait que le mariage de son ex, déjà foireux à la base anyway, soit parti en vrille à la suite de la liaison (« You ruined my marriage ». Huh… I think you ruined it yourself). Et puis comme si elle y pouvait quoique ce soit, de manière générale, à la complexité des sentiments humains face à la rigidité des carcans sentimentaux dans lesquels on voudrait nous imposer de rentrer, quitte à se contorsionner et à se faire mal partout.

Pourquoi est-on si prompts à affirmer de manière péremptoire que « Tromper, c’est mal » ? Est-ce par paresse intellectuelle ? Peurs irrationnelles sur lesquelles on refuse de se pencher? Idéalisme de contes de fée ? Ou carrément en vertu de cette aberration éthique qui prétend que l’autre nous appartient corps et âme ?

Est-ce mal parce que ça encourage le mensonge ? Bon, ok, mentir c’est pas top mais d’une part, il est difficile d’imaginer une société sans AUCUN mensonge. D’autre part, si tout le monde se mettait d’accord sur le fait qu’une infidélité, c’est pas la fin du monde, les infidèles n’auraient pas à mentir pour protéger la personne qu’ils aiment ou par peur de se faire larguer parce que c’est ce qui se fait. Donc c’est pas vraiment un argument, c’est plutôt le serpent qui se mord la queue.

Est-ce mal parce que ça fait mal à l’autre ? Mais on peut faire mal à l’autre de plein d’autres manières et on ne légitime pas systématiquement toutes ces souffrances (par exemple moi j’ai très mal quand mon amoureux mange un bébé animal mort mais bon, je ne vais quand-même pas être une control freak au point de me mêler de ce qu’il met dans son assiette, si?) (et pis j’avoue, moi aussi je kiffe l’agneau de temps à autre…). Bref, de toutes façons moi je considère que cette souffrance – la jalousie sous toutes ses formes – est illégitime et fondée sur des croyances archaïques et immorales (« Ton corps est à moi, je décide de ce que tu en fais ») et qu’elle devrait être combattue au lieu d’être normalisée, voire encouragée.

Est-ce mal parce que c’est une trahison, un coup de poignard dans le contrat de fidélité qu’on a signé en se mettant en couple ? Mais qu’a-t-on signé de son propre chef au juste ? J’ai plus l’impression qu’on signe sans trop y réfléchir une charte élaborée par la société sur fond de peurs irrationnelles collectives, une promesse tacite à laquelle on n’a pas vraiment pensé, un contrat d’abstinence hors-conjugale dont on ne se rend pas bien compte, au moment où, des coeurs plein les yeux et des papillons plein le ventre, on se déclare officiellement « en couple », à quel point il va être difficile à tenir. En tout cas, il est toujours temps d’en rediscuter avant de tout plaquer.

Dans tous les cas, si on est incapable de pardonner à l’autre d’avoir succombé à la faiblesse la plus naturelle, la plus courante, la plus irrésistible – et j’ose ajouter: la plus belle et la plus agréable d’entre toutes -, c’est que l’union ne valait pas bien cher à la base… (et par pitié, que l’on m’épargne les discours d’ascétisme puritain du genre « Le corps c’est le mal et céder à ses pulsions, c’est être faible »… Si, pour vous, le sexe doit être la cilice moderne, chacun son truc, je juge pas, mais très peu pour moi…).

7. « Le sexe n’est pas le plus important dans un couple »

Nuance : Je pense que ça n’est ni vrai, ni faux et que ça dépend juste des couples et des personnes.

En fait je pense que le sexe n’est pas important pour tout le monde de la même manière. Nous ne sommes pas tous pareils. Certains s’épanouissent dans des activités intellectuelles alors que d’autres sont fous de sports extrêmes. Certains aiment la plongée, d’autres s’éclatent en faisant du théâtre. Pour certains, rien ne remplace un bon bouquin pendant que d’autres ont des besoins viscéraux de randonnées en montagne.

Et certains aiment follement le sexe, ils y trouvent quelque chose que d’autres trouvent ailleurs (sans dire que ces derniers s’en passent pour autant).

Dans tous les cas, c’est certain que ce qui fonde un couple, c’est loin d’être uniquement le fait que les partenaires couchent ensemble, mais ça reste souvent une composante essentielle d’une union heureuse et épanouie. Et donc, sans être le fondement ultime du couple, l’entente sexuelle est quand-même très importante dans le cas de la plupart des couples, c’est-à-dire dans le cadre d’un engagement exclusif.

Du coup, tout peut se mettre à déconner le jour où, pour une raison ou pour une autre, les libidos ne s’accordent plus, et hélas il semble que cela touche inexorablement un certain nombre de couples à un moment ou à un autre…

Donc, à moins de s’accommoder du désert sexuel à durée indéterminée et de finir par signer fatalement un contrat de chasteté, la responsabilité incombe aux partenaires de gérer cette situation comme ils l’entendent plutôt que de laisser s’installer une insatisfaction sexuelle chronique qui pourra à terme avoir raison de leur couple.

Je reprends une fois de plus les mots si justes d’Audren :

« Un couple où les besoins sexuels de l’un ou l’autre ne sont pas raisonnablement satisfaits est un moteur sans huile : le moindre défaut cause des frictions et des échauffements qui peuvent irrémédiablement endommager la mécanique (alors qu’au début de la relation, quand il y avait davantage de sexe, ça tournait comme il faut, malgré tout un tas d’imperfections). Alors mettons de l’huile plutôt que de ne travailler que sur les imperfections ».

Mais surtout:

« Et si malgré tous nos efforts on n’arrive pas à refaire de l’huile au sein du couple, il n’est pas honteux d’aller emprunter de l’huile à l’extérieur : il s’agit quand même de la survie d’un couple ».

8. « Ça change tout de savoir que la personne par laquelle je suis attiré(e) est maquée. Question de respect »

Ça m’exaspère d’entendre cela. Si vous vous retrouvez dans une situation où il y a une attirance entre vous et une personne qui est déjà en couple (en couple « normal », donc exclusif) et que cette personne, qui n’est pas forcément d’accord avec cet accord d’exclusivité qu’on lui impose de l’extérieur (parce que la société a décidé que C’est comme ça, ou que son/sa partenaire a décidé que son corps lui revenait de droit), ne laisse pas son couple être un rempart entre vous, je ne vois pas pourquoi cela serait à vous de vous mêler de sa vie et de jouer les héros de la vertu en vous refusant à elle sous prétexte que Le Couple serait cette instance suprême à préserver à tout prix au dépend des désirs des individus qui le composent.

Ça peut paraitre amoral mais c’est tout le contraire. Refuser de coucher avec quelqu’un uniquement parce que cette personne a déjà quelqu’un dans sa vie, c’est pas juste lui mettre un râteau. C’est lui nier son droit à disposer de son corps comme elle l’entend. Donc c’est tout sauf la respecter. Bien sûr il peut y avoir d’autres raisons pour lesquelles se taper cette personne ne vous semblera pas être une bonne idée : parce que la situation vous est inconfortable, par peur des représailles ou tout simplement – la meilleure des raisons – parce que vous n’êtes pas attiré(e). Mais dire que c’est par respect pour son couple, pour son partenaire ou – plus patriarcale tu meurs – pour elle-même, c’est juste du gros foutage de gueule.

Voilà, ma petite liste est terminée. J’ai du me faire violence pour l’écourter, j’ai encore un paquet de contre-vérités en stock mais que voulez-vous, je suis bloggueuse, pas thésarde en Amour… (hélas) J’espère que cela vous aura fait réfléchir et qu’au lynchage en règle que je mériterais amplement d’après Walt Disney ou Charles Perrault se substitueront des réflexions intelligentes entre adultes consentants…

Une fois de plus, vraiment, je vous encourage à réagir si vous avez des choses à dire. Ne vous contentez pas, si vous n’êtes pas d’accord avec moi, de me maudire dans votre coin de saper vos rêves de Prince-sse Charmant-e et de démollir votre croyance au mythe de l’âme soeur avec mon pragmatisme déprimant 🙂 Ce blog est un espace d’expression et je suis totalement ouverte au dialogue si on le mène dans le respect mutuel et l’honnêteté intellectuelle. La parole est à vous! (je préfère que vous réagissiez dans les commentaires ci-dessous que sur facebook mais c’est vous qui voyez)

Ah oui, et dernière remarque… Si mon blog se pare aujourd’hui de réflexions théoriques sur l’Amour, il ne faut pas forcément croire que je mets tous ces beaux principes en oeuvre dans ma vie pratique, ni que je juge qui que ce soit de ne pas le faire.

Vous le savez aussi bien que moi: la plus grande vérité, c’est que l’Amour, c’est compliqué 🙂

 

L'amour se nourrit de si petites choses qu'on ne les voit meme plus...
L’amour se nourrit de si petites choses qu’on ne les voit meme plus…

8 gros mensonges sur l’amour (et le rétablissement de la choquante vérité) – partie 1

Au cours de ma (plutôt) longue expérience du couple et de l’amour – qui, dans mon cas présent, va avec – j’ai eu des dizaines et des dizaines de conversations sur la question avec tout un tas de personnes et dans des contextes très différents, du chat facebook avec une amie maquée à l’autre bout du monde au dialogue alcoolisé avec un célibataire sur un comptoir de bar, des discussions profondes avec l’homme de ma vie à celles, plus légères, avec les copains-copines, des prises de bec avec les insupportables donneur-ses de leçons aux fils de commentaires de la blogosphère…

Si je me suis enrichie de toutes ces discussions, beaucoup d’entre elles m’ont néanmoins laissé un petit goût de frustration et m’ont donné à penser que dans notre culture sentimentale, bercée par les contes de fée et le cinéma hollywoodien, c’est surtout l’immaturité amoureuse, l’illusion fusionnelle et une vision erronée du couple qui prédomine.

Donc histoire de remettre les points sur les i, je me suis dit qu’une petite mise au point amoureuse ne ferait de mal à personne.

NB : même si je parle de « vérité », cet article ne reflète que mon opinion. Je vous invite à réagir si vous n’êtes pas d’accord mais dans la joie et la bonne humeur, en vous affranchissement des jugements à 2 balles et avec arguments à l’appui. Je censurerai sans état d’âme tout commentaire à caractère judgmental (pourquoi ce mot très pratique n’existe-t-il pas en français ?), insultant ou juste naze. Merci.

Voilà donc 8 grosses contre-vérités sur l’amour que j’ai pu entendre au cours de ma jeune vie et l’explication de Pourquoi c’est pas vrai (qui ne va peut-être pas vous plaire) 😉

Is this love...?
Is this love…?

1. « On ne peut pas aimer et être attiré ailleurs »

Ce n’est pas pour rien que je commence par ce mensonge là : c’est un des trucs les plus débile que j’ai (trop souvent) entendu sur la question et qui sert hélas de pierre angulaire à bien trop d’autres réflexions.

Cette idée que lorsqu’on ne désire plus ou pire, que l’on désire ailleurs, cela veut dire que l’amour est mort et que la relation est finie est idiote et dangereuse. Elle conduit au déchirement de milliers de couples, à la culpabilisation des individus et à des drames sans fin. Il faut être complètement maso pour rester convaincu que c’est vrai.

Alors comment dire…? Déjà quand on aime, on le sait, et ce ne sont pas des facteurs extérieurs (« On ne baise plus ») qui en décident ; c’est juste le cœur qui le dit, et le cœur ne se trompe jamais.

Ensuite, il semblerait (et des études sont là pour le montrer) que la baisse du désir soit un phénomène inéluctable – bien que non encore scientifiquement exploré et expliqué – dans une bonne majorité de « vieux » couples. Rien n’indique en revanche que l’amour ait déserté les ménages en question ; juste : on ne se saute plus dessus sauvagement 3 fois par jour comme du temps des premier(e)s semaines/mois/années insouciant(e)s de notre amour.

Donc rassurez-vous si cela vous arrive : ceci est parfaitement normal et je pense même que c’est biologique. Une question de production hormonale qui se tarit à un moment, inévitablement.

Par ailleurs, la croyance que le désir est quelque chose de fini et figé qui, une fois qu’il s’est porté sur la personne avec laquelle on a choisi d’être, n’en délogera plus est tout simplement fausse. Le désir est infini et l’amour ne connait pas non plus de limites. Si le désir s’est amenuisé pour la personne qu’on aime, cela ne veut pas dire qu’il a totalement disparu et il est tout à fait possible qu’une autre personne vienne le réveiller. Cela ne veut pas dire qu’on aime plus puisque aimer et désirer sont deux choses différentes.

Ce qui est marrant c’est de voir à quel point on accepte facilement le contraire : Désir ≠ Amour (en tous cas c’est vrai dans mon entourage ou ça couche à tout va sans qu’il ne soit question de sentiments amoureux). Cela prouve bien qu’être attiré et aimer sont deux chose dissociables.

Et, en toute logique mathématique, si c’est vrai dans un sens, cela devrait être vrai dans l’autre… (en tous cas il me semble, mais j’ai fait hypokhâgne)

2. « L’amour passionnel, ça peut durer toute la vie »

Ils me font doucement rigoler ces gens qui, des étoiles dans les yeux, sont encore persuadés qu’un jour l’Amour va leur tomber dessus au coin de la rue et que le reste de leur vie ne sera qu’éternelle béatitude.

Pourquoi se fait-on du mal et enchaine-t-on les déceptions amoureuses en se forçant à croire que l’amour est un truc de dingue qui arrive une fois dans sa vie le jour où on trouve « The One », notre héros, notre sauveur, celui qu’on attendait pendant tout ce temps et qui va faire de notre vie un long fleuve à la fois tranquille et tumultueux, une mer à la fois calme et pleine de remous, une passion à la fois sereine et dévorante…

Ahem… Oui ça arrivera sans doute un jour, et même plusieurs fois, mais il est strictement impossible que cela dure toute la vie et si c’est ce que vous cherchez vous risquez bien de le chercher longtemps.

Au bout d’un temps, la passion s’apaise et on y peut rien. L’amour reste mais il est moins enflammé, moins urgent, moins viscéral. Il est plus doux, plus rassurant, plus profond. Plus monotone aussi. C’est comme ça.

La passion à vie impliquerait l’obsession de l’autre et la fusion totale jusqu’à ce que la mort nous sépare. Je ne vois pas comment cela peut être possible à l’échelle d’une vie (ou même de plusieurs années) et je n’y vois d’ailleurs rien de très sain : comment peut-on penser que l’autre va combler toutes nos attentes infiniment alors que nous sommes tous des êtres humains par définition imparfaits, incomplets, en évolution permanente ?

J’ai toujours trouvé cela monstrueusement orgueilleux de considérer qu’on pouvait représenter le monde pour une seule personne et répondre à toutes ses attentes – affectives, matérielles, sexuelles… – pendant toute notre vie. Le couple est un bien trop petit clan pour assumer tout cela. Et puis pourquoi se mettre une telle pression ? En tous cas clairement, moi, je n’ai pas peur de le dire: je ne m’en sens pas capable. Et si l’homme de ma vie trouve des choses que je ne peux pas lui apporter ailleurs (y compris dans les bras d’une autre à l’occasion), à moi d’être assez intelligente pour ne pas laisser mon ego s’en mêler et mes craintes irrationnelles tout bousiller. Parce que comme je l’aime, je veux aussi continuer d’être avec lui.

J’ajoute que si certains s’accommodent très bien de la disparition de la passion – au sens de cette puissante et inexplicable exaltation qu’on peut ressentir au début d’une relation amoureuse et qui nous submerge – dans leur vie et ne s’en portent que mieux, c’est beaucoup plus difficile pour d’autres. A chacun d’agir en conséquence et de trouver son équilibre, en sortant des normes « morales » s’il le faut (et fuck les donneurs de leçons).

3. « La jalousie, c’est légitime »

La jalousie naît d’une croyance à mon sens complétement erronée que, parce que vous aimez l’autre, qu’il vous aime, que vous êtes ensemble, il vous appartient, et réciproquement et que vous avez donc un droit de regard sur tout ce qu’il fait de sa vie – et surtout de son corps.

Dans certains pays, cette croyance justifie qu’on cache les femmes sous des burkas. Dans d’autres, elle légitime le pétage de câble et le lynchage en règle de l’infidèle qui aura disposé de son corps comme il/elle l’entend.

Comment peut-on excuser la jalousie dans le dernier cas tout en conchiant celle du premier?

Autrement dit, comme l’écrit très bien mon bloggeur de l’amour fétiche dans cet article : « Comment sait-on que la limite fixée dans la culture occidentale – essentiellement la relation sexuelle – a vocation à être une norme universelle ? Il y a tout un monde de nuances entre par exemple savoir tolérer un sourire innocent à une extrémité de la gamme, et accepter une cohabitation en trio à l’autre extrémité. Comme on ne peut pas savoir où est la bonne limite ; et puisqu’il faut bien condamner certaines manifestations de la jalousie, il me semble plus rationnel de considérer toute jalousie comme une pulsion archaïque qu’il faut savoir dompter ou désamorcer, pour le bien de la société ».

Donc je suis désolée les jaloux, mais la jalousie, ça craint du cul.

La bonne nouvelle, c’est que ça se soigne et je pense d’ailleurs qu’il est bien plus facile de guérir de sa jalousie que de guérir de sa sexualité (on pourrait demander aux homos qu’on a voulu « guérir » du temps ou l’homosexualité était considérée comme une maladie ce qu’ils en pensent…).

Donc si dans un couple, il y a un jaloux chronique et un infidèle chronique, il y a de fortes chances qu’il faille plutôt travailler sur la jalousie de l’un que sur les infidélités de l’autre pour que les choses marchent à long terme. Après si l’infidélité est une rupture déguisée parce que le couple ne fonctionne pas ou plus, pas besoin de travailler sur quoi que ce soit, il vaut mieux juste se séparer. 

4. « La jalousie, c’est une preuve d’amour »

Encore une connerie sur la jalousie qui permet de – pas très subtilement – contourner ce phénomène pour éviter de se pencher dessus et de le désamorcer.

Quand vous aimez quelqu’un, normalement, vous voulez qu’il soit heureux. Bien sûr vous voulez aussi qu’il soit là pour vous et qu’il vous aime. Mais ça s’arrête à peu près la. En toute logique, si vous sentez que votre partenaire vous aime et que vous pouvez compter dessus, il n’y a pas de raisons d’être jaloux lorsqu’il trouve un peu de bonheur ailleurs, et auprès de qui que ce soit, puisque, comme j’ai dit plus haut, vous ne pouvez pas tout lui apporter. Tant que cela ne met pas en péril votre union, cela ne vous enlève rien, à vous.

Si vous vous sentez délaissé, abandonné, que vous avez l’impression de ne plus être aimé ou désiré, c’est un autre problème que la jalousie qui est juste un moyen assez pervers de reporter sur l’autre un problème qu’il n’appartient qu’à nous de régler. La preuve c’est que cela peut arriver sans qu’il y ait une tierce personne impliquée. Cette tierce personne vient souvent exacerber un sentiment qui existait déjà à la base de toutes façons, et qui a souvent une origine inconsciente et irrationnelle.

Il n’y a pas du tout d’amour (à part l’amour de son propre égo) dans ce réflexe de possessivité qui est le moteur de la jalousie, au contraire, et on peut très bien aimer, et même aimer follement, sans être jaloux parce que l’amour, le vrai, est inconditionnel. On aime follement nos enfants et pourtant on est bien contents pour eux lorsqu’ils trouvent l’amour à leur tour, même si cela les éloigne de nous (et que ça fait un peu mal au bide)…

La suite au prochain épisode. Stay tuned.

Y a-t-il de petites injustices?

Il y a quelques jours, j’ai eu une discussion révoltée avec mon amoureux et une de mes meilleures amies sur, en gros, les injustices sociales à l’œuvre au sein de l’humanité.

Si mon indignation partait à la base, comme souvent, du constat récurrent du marasme dans lequel baigne ma situation professionnelle – et en l’occurence celle de plusieurs de mes amis -, mon discours a vite viré au classique : « De toutes façons, on va tous mourir parce qu’on est bien trop cons pour se rendre compte qu’on se fait enculer de partout. On nous tond la laine sur le dos et lorsqu’on sera à poil dans la neige, il ne nous restera plus que nos yeux pour pleurer et ça sera bien fait pour nous. BOUHOUHOUHOUHOUHOUHOUH » (j’ai une légère tendance au catastrophisme depuis que j’ai perdu la foi).

Mon amoureux, même s’il en a marre de mes pleurnichages, était plutôt d’accord avec moi mais ma copine avait un discours bien plus modéré et soutenait que, quand-même, on a beau jeu de se la ramener avec nos lamentations et nos jérémiades mais que franchement, nous en tous cas, petits français, on est pas les plus à plaindre et que c’est vraiment une attitude d’enfants gâtés de s’apitoyer sur notre sort alors qu’on vient d’un pays démocratique avec la sécu, la protection sociale, la liberté de la presse, l’égalité des chances, la justice et le droit de vote, qu’on est plutôt bien lotis par rapport à tant de peuples sur la planète et qu’on devrait un peu plus souvent se rendre compte de la chance que l’on a…

Au-delà de sa tendance légèrement culpabilisante, il a pas mal de raisons pour lesquelles je ne me retrouve pas vraiment dans ce type de discours et je vais tenter de m’en expliquer ici. Entendons-nous bien, le but ici n’est pas de déterminer qui avait raison et qui avait tort, ou de faire un débat sur La France est-elle encore une démocratie ? (clairement non) ou Jeunes actifs au chômage ou petits africains, qui est le plus à plaindre sur cette planète ? (les jeunes actifs bébés baleines).

Non, le but est plutôt de s’interroger sur le sens véritable de cette injonction a toujours reconnaitre la chance qu’on a lorsqu’on se permet de se plaindre de son infortune ou de s’indigner de celle des autres.

Un raisonnement qui se mord la queue

Je suis la première à reconnaitre que j’ai de la chance pour tout un tas de raisons que je ne vais pas vous citer et qu’effectivement, par rapport à (beaucoup) d’autres, je suis plutôt bien lotie.

Pour autant, je ne me prive jamais de râler, de m’indigner, de m’offusquer, d’empatir, de me rebeller ou de résister face à toutes les formes d’injustices, qu’elles me concernent directement ou non, et je ne vois pas en quoi la reconnaissance de ma « chance » devrait me priver de ce droit.

Le problème de ce raisonnement, à mon sens, c’est qu’il tourne en rond et qu’il est sans fin, pour la simple et bonne raison qu’on trouvera toujours plus malheureux que soi. Si notre « chance » doit toujours être relativisée par rapport à ceux qui ne l’ont pas, eh bien tout le monde – ou presque – peut s’estimer chanceux dans une certaine mesure parce que ça pourrait toujours – ou presque – être pire.

Et donc, si on prend le raisonnement dans le sens inverse, on pourrait se demander pourquoi se battre pour quoi que ce soit puisqu’on pourra toujours trouver une injustice plus grave que celle qu’on a décidé de combattre? Ainsi, pourquoi s’indigner contre le chômage des jeunes en France alors que c’est bien pire en Grèce ? Et pourquoi s’indigner de la situation en Grèce quand on sait ce qui se passe dans les usines du Cambodge ? Et pourquoi s’indigner de ce qui se passe dans les usines du Cambodge quand on sait qu’au Bangladesh, le Rana Plaza s’est effondré sur ses ouvrières et les a presque toutes tuées. Au moins, au Cambodge, les usines tiennent debout…

Vous me suivez ?

Il y aura toujours quelque chose de pire sur quoi s’indigner…

Pourquoi hiérarchiser les injustices ?

Le problème, lorsqu’on se met à hiérarchiser les injustices, à se dire qu’elles ne se valent pas toutes, que certaines sont quand-même plus acceptables, plus supportables, plus admissibles que d’autres, c’est qu’on oublie une chose fondamentale: il n’y a pas d’injustice tolérable. L’injustice en elle-même, et sous toutes ses formes, est intolérable et doit être combattue.

Toutes les injustices.

Donc moi, ça m’agace quand je m’indigne face à l’injustice de ma situation ou de celle de certains de mes potes et qu’on me rétorque que Ya quand-même pire dans le monde que cela.

Ça m’agace qu’on hiérarchise les injustices en en classant certaines dans la colonne de celles pour lesquelles il vaut la peine de se battre et celles qui relèvent juste de petits caprices d’enfants gâtés – et d’ailleurs, qui, dans le monde, a la légitimité de décider de cela ?

Pour moi, il n’y a pas de petites injustices et il n’y a pas de petits combats. Toutes les injustices valent la peine qu’on s’en indigne et qu’on les combatte et tous ces combats valent la peine d’être menés. Ne nous tirons pas dans les pattes, ne nous trompons pas d’ennemi.

Est-ce « avoir de la chance » que de mener une vie décente ?

En ce qui me concerne, je considère que tous les humains ont droit au bonheur et à une vie décente et je trouve cela un peu tordu de prétendre que je devrais m’estimer chanceuse de, moi, pouvoir avoir accès à cela pour la seule raison que ce n’est pas le cas de tout le monde. Je le fais pourtant, mais je trouve que ce n’est pas normal. Le droit au bonheur et à une vie décente devrait être un droit inconditionnel et indiscutable de tout être humain, et non pas « une chance ». Certes, dans le monde actuel, ça l’est, et c’est bien le cœur du problème : tant que l’on continuera à croire que c’est une chance et pas un droit, rien ne changera et les injustices perdureront.

Je considère donc aussi que j’ai le droit d’avoir dans ma vie une activité – professionnelle ou autre – qui me plait, m’épanouie et m’assure une vie décente, et une activité que j’ai choisie. Non pas parce que j’ai fait des études, que je suis intelligente, motivée, bosseuse, enthousiaste, généreuse, que j’ai un beau CV ou autre. Mais juste parce que la liberté de choisir la vie que l’on veut mener (dans des limites légales et éthiques bien sur) est un Droit de l’Homme qui ne devrait jamais avoir à être remis en question.

Et donc lorsqu’un soir, je m’indigne parce que moi et certains de mes potes, nous nous retrouvons à devoir faire des boulots de merde sous-payés que l’on déteste parce que ce foutu chômage fabriqué de toute pièce nous y condamne, je ne veux pas qu’on vienne me dire que je n’en ai pas le droit. Je ne veux pas qu’on me culpabilise de me révolter de cette situation sous prétexte qu’il y a bien d’autres raisons de s’indigner que celle-ci. Je ne veux pas qu’on vienne me dire que je devrais plutôt remercier le ciel d’en être là, même si je me lève tous les matins à 7h pour passer la moitié de ma journée à m’aliéner devant mon écran à faire un boulot stérile et inutile, parce qu’à la place, j’aurais très bien pu avoir la malchance de naitre dans un camp de réfugiés au Soudan…

Je veux bien reconnaitre que ma situation est enviable par rapport à d’autres. Mais je ne veux pas admettre qu’il n’y a rien, dans ma petite vie de chanceuse à moi, qui ne vaille la peine qu’on s’en indigne (ce qui ne veut pas non plus dire que je demande à ce qu’on me plaigne, pas du tout).

Il n’y a pas de petites injustices…

Du danger de la relativisation

Jusqu’à quand pourra-t-on se dire que cela pourrait être pire et à partir de quand sera-t-il légitime de se plaindre et de se révolter ? Peut-on rationnellement décider de ces limites ?

C’est bien de relativiser mais le problème c’est qu’on peut relativiser à l’infini car on trouvera toujours moins chanceux que soi. Est-ce une raison de prétendre qu’on ne devrait jamais se plaindre et se révolter, y compris de sa propre vie, et même si elle est enviée par la majorité des gens de cette planète ?

Je pense que non…

Par ailleurs, à trop vouloir relativiser sur les injustices dont nous sommes victimes – et même si celles-ci ne font pas non plus de nos vies un enfer sur terre – on en oublierait presque de s’indigner et de se battre pour préserver ce qui est juste et maintenir ce que l’on a durement acquis.

Notre « chance » n’est pas quelque chose d’absolu, de définitif, de conquis et d’acquis pour toujours. Si on n’y prend pas garde, elle peut nous être retirée. Or, en ce moment, de nombreux indices (par exemple: CA) me portent à croire qu’on est sacrément en train de nous la raboter. Et si à chaque fois qu’on rogne un peu plus sur nos libertés, on se penche sur ce qui nous reste en se disant que c’est quand-même pas mal par rapport à d’autres, il finira bien vite par ne plus rien nous rester du tout… Et à ce moment-là, il sera trop tard.

Donc se dire qu’on a de la chance d’être là où on est, c’est bien beau, et c’est bien de s’en rendre compte, mais cela ne doit pas devenir un argument pour culpabiliser les contestataires de tous bords, étouffer l’indignation, ringardiser la révolte et tuer dans l’œuf toute tentative de résistance et de rébellion.

Ce discours n’est pour moi ni plus ni moins qu’un énieme voeu d’abandon et d’acceptation d’un système qui nous assouvit plutot qu’il nous protège. Embrasser ces discours, c’est condamner toute réflexion pour le glissement vers un autre système ou, en tout cas, pour la mise en place de mesures qui sont motivées par le bien-être des personnes et qui pourraient réellement améliorer la vie sur terre.

Remonter à la cause des causes

Et puis à perdre son temps à classifier les injustices et à se dire que, à la lumière de ce classement, nos injustices à nous paraissent bien dérisoires, on perd de vue que les causes de ces inégalités et de ces injustices sont en fait toujours les mêmes : l’impuissance politique et le fait qu’une infime minorité décide à la place des autres ce qu’ils devraient faire, comment ils devraient agir et même ce qu’ils devraient penser. Et que tous ces autres se laissent faire…

En tous cas, plus j’en découvre, plus je suis persuadée que tout découle de cela.

Donc au lieu de se demander pour quelles causes il conviendrait de s’indigner et quelles causes n’en valent pas la peine, il faudrait plutôt se poser la question de reprendre notre destin en main.

Au lieu de les hiérarchiser, acceptons que toutes ces injustices proviennent des mêmes sources et qu’elles ne sont pas fondamentalement différentes les unes des autres. Que le combat des grecs est aussi celui des français. Que l’indignation contre le fascisme d’un Lepen rejoint celle contre le totalitarisme d’un Hun Sen. Que les révolutions du monde entier sont aussi les nôtres. Que toutes les luttes contre tous les abus de pouvoir se valent dans le fond. Battons-nous donc plutôt contre les causes au lieu de perdre notre temps à échelonner les conséquences.

Ne nous reposons pas sur nos acquis, quel qu’ils soient. L’injustice est quelque chose d’intolérable. Toute injustice. Et je pense fortement que les hiérarchiser, c’est régresser intellectuellement et politiquement.

Notre « chance » n’est pas un acquis. C’est un combat qui ne doit jamais oublié d’être mené.

A nous de jouer.

MLK